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 8 Février 2010
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CNUCED : une croissance plus «propre» possible dans les pays en développement

Dans un nouveau rapport, la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) recommande aux pays en développement de tirer parti des tensions liées à la crise financière mondiale ainsi que des préoccupations suscitées par les changements climatiques et les prix des denrées alimentaires pour se réorienter vers une croissance «propre».

économie verte

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Le Rapport sur le commerce et l'environnement affirme que si, selon les idées reçues, les crises économiques doivent être l'occasion d'adopter des mesures d'austérité et de réduire les coûts, il faut faire l'inverse dans la situation actuelle. L'urgence de la crise donne aux gouvernements des pays les plus pauvres l'occasion de réorienter leurs ressources vers une croissance plus efficace sur le plan économique, meilleure pour l'environnement, plus équitable du point de vue social et plus prometteuse sur le long terme.

Parce que si peu de choses ont été faites dans ces pays, toujours selon le Rapport, l'amélioration de l'efficacité énergétique, le perfectionnement des méthodes d'agriculture durable et le recours facilité à des énergies renouvelables hors réseau dans les zones rurales pourraient apporter beaucoup. Mises en œuvre avec intelligence, de telles améliorations permettraient de réaliser des économies, voire de générer rapidement des profits. En outre, selon le rapport, une réorientation vers une croissance «propre» devrait créer des emplois. Toutefois, pour que les choses se réalisent, les gouvernements doivent en finir avec les politiques et les obstacles commerciaux qui empêchent les capitaux d'affluer dans ces secteurs prometteurs.

Les auteurs de l'étude soutiennent que nombre de pays à faible revenu et de pays les moins avancés peuvent procéder à d'importantes améliorations en matière d'efficacité énergétique et ce pour un coût net négatif. Par exemple, il est possible de recourir à des techniques de construction rationnelles du point de vue énergétique en utilisant des matériaux locaux, ce qui contribuera dans de nombreux cas à réduire les dépenses de chauffage et autres dépenses connexes. La plupart des emplois créés dans le secteur le seront au niveau local, souvent dans des petites entreprises (le secteur de la construction représente déjà de 5 à 10 % de tous les emplois au niveau national). Selon l'étude de la CNUCED, les programmes d'efficacité énergétique offrent donc des perspectives particulièrement alléchantes pour les pays sous-développés et les régions ayant un fort taux de chômage.

Des perspectives analogues existent dans le secteur de l'agriculture durable, grâce à des méthodes de production alternative, aux innovations technologiques et à l'évolution des préférences des consommateurs, toujours selon l'étude. Cette dernière recommande aux gouvernements d'encourager diverses formes d'agriculture durable, notamment l'agriculture biologique, l'agriculture durable à faible apport extérieur ou la lutte intégrée contre les ravageurs qui permet de réduire au minimum l'utilisation de produits chimiques. D'après l'étude de la CNUCED, les exploitations agricoles qui se sont lancées dans la production agricole biologique certifiée en Afrique de l'Est ont été sensiblement plus rentables que les exploitations agricoles traditionnelles. Contrairement à ce qu'il se passe dans les pays développés, la conversion à une agriculture biologique dans de nombreux pays africains se traduit par une augmentation plutôt que par une réduction des rendements.

La CNUCED a formulé 35 recommandations concrètes sur les moyens de supprimer les obstacles institutionnels, économiques et politiques à l'agriculture biologique. Un bon nombre portent sur des mesures peu onéreuses. D'après le rapport, les travaux de recherche et de vulgarisation financés par des fonds publics devraient dorénavant être consacrés à «l'agriculture durable fondée sur l'écosystème».

Les mesures visant à fournir des énergies renouvelables «hors réseau», en particulier dans les zones rurales, ouvrent aussi d'importantes perspectives aux pays en développement. Les auteurs du rapport notent que des technologies telles que les panneaux solaires, les éoliennes, les générateurs à biocombustible (utilisant des déchets agricoles) et les petites installations hydroélectriques permettent de fournir de l'électricité aux familles et aux communautés, d'accroître la production agricole, d'améliorer la santé en réduisant la pollution de l'air due aux feux de cheminée, et de créer des emplois.

D'après le rapport, ce ne sont pas les coûts macroéconomiques qui constituent les principaux obstacles à l'adoption d'une croissance «propre», c'est plutôt l'absence de politiques, de réglementations et de structures institutionnelles appropriées pour accompagner cette transition. Le principal enjeu consiste à mobiliser l'investissement privé par le biais de meilleures incitations et à déclencher des progrès technologiques cumulatifs dans les secteurs de croissance «propre», favorisant ainsi la diversification économique ainsi que la création d'emplois et de sources de revenus. Dans ce contexte, le rapport 2009-2010 souligne que les gouvernements doivent jouer un rôle beaucoup plus dynamique et recourir davantage à des politiques industrielles, inversant ainsi la tendance à un désengagement des pouvoirs publics prôné par les politiques néolibérales de croissance. Toujours selon le rapport, pour adopter des politiques industrielles actives, les pays auront peut-être besoin d'une plus grande «marge d'action» que ne leur offrent les règles actuelles du système commercial multilatéral.

(Interview : Ulrich Hoffmann, Chef de la section commerce et développement durable » à la CNUCED; propos recueillis par Alpha Diallo)