Radio des Nations Unies

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 23 Janvier 2010
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Nourrir l'âme du peuple d'Haïti

La tragédie haïtienne du 12 janvier dernier a inspiré le Représentant permanent du Cap Vert aux Nations Unies qui a écrit un poème qu'il dédie à titre personnel et au nom du Cap Vert au peuple d'Haïti. .

Niñas haitianas

Niñas haitianas

Dans une interview accordée a la Radio des Nations Unies, l'ambassadeur poète souligne qu'il souhaite contribuer à nourrir l'âme du peuple d'Haïti. Aussi espère-t-il au travers de sa plume et de sa voix inviter «le peuple fier», longtemps habité par un grand élan de survie, à renouer avec l'espoir.

(Interview d'Antonio Pedro Monteiro Lima, Représentant permanent du Cap vert auprès des Nations Unies et auteur d'Haïti chérie au micro de Maha Fayek)

Haïti Chérie

Soudain
La terre a tremblé ce jour de janvier 2010

Soudain
L'effondrement des jours
Le vacarme assourdissant du néant
La quête vaine d'une parcelle de vie

Et le silence dans la pestilence du petit matin

Et plus rien n'est plus pareil
Et plus rien ne ressemble à rien

Les yeux hagards des survivants se hasardent
Parmi les ombres empreintes de poussières
Dans l'asservissement d'une brisure de vie

Là une main surgie au milieu des débris
Ici un visage à la bouche béante à jamais silencieuse
Un peuple entier enseveli
Un pays à l'agonie

Haïti, Haïti chérie,
Pitié
Pour ce pays de lumière et d'ombre
Pitié
Pour ce peuple au parcours singulier
Pris dans l'étau sanglant
D'une histoire dépossédée

De Généraux embrigadés héritiers de Flibustiers
En tristes sires bardés de tontons macoutes
Empaillés dans le costume emprunté d'une sanglante méprise
D'une évidente dérive

Noire est la nuit encastrée du destin
Partir est un rêve frustrant
Et rester nourrit le cauchemar

L'espoir bafoué
L'espoir contrarié

Mais l'espoir vivifié, toujours recommencé
Le désir d'avenir toujours en avant des cœurs
Toujours là où l'esprit le dispute au poison de la discorde

La nuit est longue mais la lumière vient
Me susurre à l'oreille mon frère en Mina
A luta continua e a victoria é certa
Me glisse a voix basse mon frère du Kizombo
Et l'esprit de Cabral habite tous nos frères en diaspora
En ce janvier de larmes et de sang

L'Afrique souffre la ou crie un de ses fils
Et cette douleur qui nous habite
Et ce mal ancestral commun qui nous ronge
D'une aspiration toujours frustrée
Toujours castrée

Et puis soudain

Cet enfant tire de sous les décombres
Et qui, émerveillé d'une renaissance inespérée
Lève les bras vers le ciel pour saluer la terre
Et dessiner à l'écran le V de la victoire
Et de l'avenir de ce peuple de foi
Gouverneur de la rosée

Ce sont bien là les enfants de Toussaint Louverture
Qui fit mettre genou à terre
Les grognards de l'Empereur
Ce sont bien là les descendants de Dessalines
Qui proclama contre la nuit esclave
La première République Noire « doubout »

Ah ces voix claires de femmes assouvies
Ces cris d'hommes rassasiés
Ce chant guttural monté des ténèbres d'un passé
Emmuré dans la mémoire

La résilience d'un peuple insoumis
Habité de l'épopée de ses ancêtres d'Afrique
Mandingues, Ouoloffs, Mandes, Umbundus,
Qui ont franchi les mers enchaînés
Qui ont croisé le fer avec le feu d'un Dieu diaphane
Et ont découvert la vérité du monde

Qui ont surmonté
L'humiliation forcée
La vindicte raciale dépassée
Dans une négritude apaisée
Sur les décombres du Code Noir

Non pas pitié « pou moun la »
Pas pitié mais fierté
Pour ce peuple d'Haïti

Haïti chérie

Antonio Pedro Monteiro Lima
New York, 21 Janvier 20