Désespérés, des réfugiés rohingyas fuient le Myanmar à bord de radeaux de fortune (HCR)

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Désespérés, les réfugiés rohingyas ont recours à des radeaux de fortune pour traverser la rivière Naf jusqu'au Bangladesh. (Photo: HCR / Andrew McConnell)

Au cours des 10 derniers jours, plus d’un millier de Rohingyas sont arrivés au Bangladesh à bord de 30 radeaux de fortune, a indiqué vendredi le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

Près de trois mois après le début de la crise dans l’Etat de Rakhine, les Rohingyas continuent de fuir le Myanmar, beaucoup via des moyens de plus en plus désespérés.

« Les réfugiés n’ont pas les moyens de payer pour la traversée. De ce fait, ils construisent des radeaux à l’aide de ce qu’ils ont sous la main – majoritairement des perches de bambou et des jerricans vides attachés avec de la corde et recouverts de bâches en plastique. Ils utilisent des rames faites de bambou et de débris de plastique », a déclaré un porte-parole du HCR, William Spindler, lors d’un point de presse à Genève.

Selon le HCR, certains de ces radeaux ont réussi à rejoindre la localité de Shahporir Dwip, au Bangladesh, après une traversée d’environ quatre heures. L’estuaire de la rivière Naf qui sépare les deux pays est large d’environ trois kilomètres.

« Plus de 100 réfugiés rohingyas auraient trouvé la mort par noyade lors du naufrage de leurs embarcations et d’autres incidents de navigation depuis le début de la crise, le 25 août dernier », a déclaré M. Spindler. « Les personnes récemment arrivées nous ont déclaré avoir attendu plus d’un mois dans des conditions désespérées sur les côtes du Myanmar, où la nourriture et l’eau sont des denrées rares ».

 

Forte congestion des sites d’accueil des réfugiés au Bangladesh

Environ 620.000 réfugiés rohingyas ont fui au Bangladesh depuis le 25 août. La majorité d’entre eux se sont établis dans le district de Cox’s Bazar, frontalier du Myanmar.

Etabli peu après le début de l’afflux massif de réfugiés, le site ‘Extension de Kutupalong’ est désormais fortement congestionné. Environ 335.000 nouveaux arrivants y sont hébergés. « C’est plus de la moitié des personnes arrivées jusqu’à présent », a précisé M. Spindler.

« Actuellement, 13 quartiers sur 20 dans la zone ‘Extension de Kutupalong’ sont plus densément peuplés que certains quartiers de Dhaka », a ajouté le porte-parole du HCR. Le quartier ‘Block CC’ abrite par exemple plus de 95.000 personnes au kilomètre carré. Selon les données de l’ONU-Habitat, la densité de population de la capitale bangladaise s’élève à 44.500 personnes au kilomètre carré.

Malgré des efforts concertés pour assurer davantage d’aide et de services, le surpeuplement et les conditions de vie difficiles dans les camps de fortune augmentent les problèmes de santé, d’assainissement et les risques d’incendie ainsi que la violence et la traite d’êtres humains.

« Des terrains supplémentaires et davantage d’espace sont nécessaires pour les abris et l’infrastructure pour fournir des services et de l’aide – y compris des points d’eau, des latrines, des zones de baignade, des points de distribution, des espaces sûrs et conviviaux pour les enfants, les femmes et les jeunes filles, des centres communautaires », a souligné M. Spindler.

Le HCR a déjà livré des centaines de milliers d’articles de secours, notamment des tentes, des bâches en plastique, des couvertures, des matelas, des moustiquaires, des ustensiles de cuisine, des seaux et des jerricans.

Avec la forte densité de la population réfugiée, les risques en matière de protection augmentent rapidement et en particulier le risque de violence sexuelle et sexiste (SGBV). Le HCR fait participer tous les segments des communautés réfugiées à la sensibilisation et la prévention contre les SGBV.

« Avec nos partenaires, nous travaillons à mettre en place des systèmes d’orientation pour les femmes, les survivants de SGBV, ainsi que des espaces sûrs pour les femmes et les jeunes filles », a dit M. Spindler. « Les besoins en matière de protection des adolescents, garçons et filles, doivent être inclus dans tous les programmes humanitaires », a souligné le porte-parole.

 

 

(Interview : William Spindler, porte-parole du HCR; propos recueillis par Alpha Diallo)

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13/12/2017
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