Bangladesh : la malnutrition en forte hausse chez les enfants rohingyas, selon l'Unicef

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Un enfant rohingya, rescapé du naufrage d’un bateau, dans la zone d'Imamerdail du sous-district d'Ukhia au sud de Cox's Bazar. (photo: HCR / Roger Arnold).

Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance, le taux de malnutrition sévère aiguë des enfants a doublé par rapport à une série de dépistage menée en mai dernier. Cette nouvelle enquête a été menée dans le camp de Kutupalong entre les 22 et 28 octobre dernier.

Après cette évaluation sur la malnutrition des enfants menée au centre de Kutupalong auprès de 405 familles, le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF) prévoit déjà deux études additionnelles sur d'autres sites en novembre. En attendant, les résultats de cette première enquête sont préoccupants. Selon cette Agence de l'ONU, le taux de malnutrition potentiellement mortelle a augmenté de façon dramatique chez les enfants rohingyas ayant fui le Myanmar vers le sud du Bangladesh, où le nombre d'enfants souffrant de la faim a doublé en quelques mois. « Des données préliminaires issues d'une estimation conduite la semaine dernière dans le camp de Kutupalong à Cox's Bazar, au Bangladesh, montre un taux de 7,5% de malnutrition aiguë sévère potentiellement mortelle – un taux deux fois plus important que celui observé parmi les enfants réfugiés rohingyas en mai 2017 », explique l'organisation dans un communiqué.

Dans l'Etat de Rakhine d'où sont arrivés plus de 607.000 Rohingyas depuis fin août, dont 4.000 de mercredi à vendredi matin, le seuil d'urgence a été dépassé depuis longtemps.  « Je viens juste de rentrer du Bangladesh, et c'est quelque chose que l'on constate vraiment, particulièrement à la frontière : la situation de ces enfants qui continuent à arriver est très préoccupante », a indiqué le porte-parole de l'Unicef, lors d'un point de presse ce vendredi à Genève. « Il s'agit de la première estimation concernant la nutrition nous permettant de dire clairement que la malnutrition, la malnutrition sévère et aiguë, est en augmentation », a ajouté Christophe Boulierac, précisant que les enfants concernés par l'étude sont âgés de moins de cinq ans.

« Les enfants rohingyas du camp – qui ont déjà survécu à des horreurs dans le nord de l'Etat Rakhine et au cours de leur dangereux voyage jusqu'ici – sont déjà au cœur d'une catastrophe », a souligné le Représentant de l'Unicef au Bangladesh, cité dans le communiqué. Selon Edouard Beigbeder, « ceux qui souffrent de malnutrition sévère risquent maintenant de mourir d'un mal entièrement évitable et traitable ».

Face à ces données inquiétantes, l'Unicef et ses partenaires traitent déjà plus de 2.000 enfants sévèrement atteints dans une quinzaine de centres et sont en train de mettre en place six antennes supplémentaires pour les prendre en charge. D'autant que sur le terrain, les organisations humanitaires s'inquiétaient déjà du dépassement des seuils d'urgence des taux de malnutrition parmi les enfants rohingyas du nord de Rakhine réfugiés à Cox Bazar. En plus, leur état s'est encore détérioré en raison du long voyage à travers la frontière et des conditions de vie dans les camps.

Dans ces conditions, l'Agence onusienne continue de procéder à des « dépistages immédiats pour identifier les enfants qui ne vont pas bien ». « Il faut bien comprendre qu'il y a des enfants qui sont au bord de la mort dans ces endroits-là. Il y a quelques personnes qui vont très mal », a déclaré le porte-parole de l'UNICEF lors d'un point de presse ce vendredi à Genève. Selon Christophe Boulierac, sur la base des données dont dispose l'UNICEF, 7.500 enfants sévèrement mal nourris ont été ciblés pour bénéficier urgemment d'un traitement.

Au total, 26.000 enfants se trouvent actuellement au camp de Kutupalong et manquent de nourriture et d'eau. Ils sont confrontés à une situation sanitaire difficile et à des maladies diarrhéiques ou des infections respiratoires.  Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), moins de 20% de l'eau est conforme aux standards du Bangladesh et de l'organisation. Un peu moins de 40 cas de rougeole ont été confirmés. En revanche, aucun cas de choléra n'a été observé pour le moment. La seconde partie de la vaste campagne de vaccination auprès de centaines de milliers de personnes doit débuter samedi, a également indiqué l'organisation.

(Extrait sonore : Christophe Boulierac, porte-parole de l'UNICEF à Genève)

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17/11/2017
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