Agnès Callamard : dénoncer les violations du droit à la vie

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Agnès Callamard, Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraries (Crédit photo : Florence Westergard)

Retour sur l'actualité et l'audition des rapporteurs spéciaux et experts des droits de l'homme par la Troisième Commission de l'Assemblée générale. Agnès Callamard, Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires vient de présenter ces derniers jours un rapport spécifiquement consacré à la « mort illégale de réfugiés et de migrants, un phénomène encore peu documenté.

Pour autant, souligne la Rapporteuse spéciale, par sa nature-même, le mandat qui lui a été confié il y a près d'un an est beaucoup plus large, comme elle l'a expliqué au micro d'Agnese Pastorino. Elle revient notamment sur les violences aveugles commises par les forces de sécurité aux Philippines lors d'opérations censées mettre un terme aux trafics des drogues, en citant notamment le cas emblématique d'un jeune adolescent de 15 ans abattu pour avoir résisté aux injonctions des forces de l'ordre.

Lors de sa présentation devant la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations Unies, Agnès Callamard a dit être consciente de l'importance de son mandat dans le contexte international actuel et compte tenu que beaucoup de personnes comptent sur elle. Elle a ensuite dit avoir, dans ce cadre, adressé environ 130 communications aux États, en son nom propre mais aussi au nom d'autres mandats. Malheureusement, moins de 50% de ces recommandations ont reçu des réponses, a-t-elle déploré, appelant ces États à coopérer en répondant aux communications.

Mme Callamard a ensuite présenté son rapport, qui porte sur la mort illicite de migrants et réfugiés, en expliquant que ce phénomène était peu documenté. Combien sont exécutés, tués, noyés ou ont perdu la vie des suites de déshydratation ou de faim? Combien ont été torturés, sont morts de désespoir ou se sont vus refuser des traitements pouvant les sauver?, a-t-elle demandé, avant de répondre que nous n'en savons rien, en dépit des multiples efforts pour avoir des données, y compris de la part de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et de son projet Migrants disparus.

La mort illicite de migrants impliquant des acteurs étatiques ou non étatiques déclenche rarement une enquête approfondie, a en outre affirmé Agnès Callamard. Pourtant, certaines normes internationales sont particulièrement importantes lorsqu'elles sont appliquées aux morts illégales dans le contexte de mouvements massifs de population, y compris dans le cadre du trafic de migrants ou de traite des personnes. C'est aussi pour cela que le rapport met en évidence ces normes internationales et quelques bonnes pratiques en termes d'identification, de localisation de familles et de sépulture.

Le rapport contient également des recommandations aux États et aux acteurs internationaux, notamment que le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et le pacte mondial sur les réfugiés incorporent des mécanismes de prévention et de réponse à la privation arbitraire de la vie des migrants. La Rapporteuse spéciale recommande également que les organes régionaux et internationaux comme INTERPOL et l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) assistent les États pour les enquêtes concernant les cas graves de trafic de migrants. Elle recommande enfin aux États de coopérer pour établir des données régionales et internationales et pour mettre en place des mécanismes pour lier ces données aux efforts des familles de migrants disparus.

(Interview : Agnès Callmard, Rapporteuse spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ; propos recueillis par Agnese Pastorino pour ONU Info)

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20/11/2017
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