RDC : la crise des déplacements de populations s'aggrave, selon le HCR

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Une famille congolaise fuyant les violences ethniques à Kamonia, dans la province du Kasaï (photo: HCR / John Wessels).

L'Agence des réfugiés des Nations Unies (HCR) est vivement préoccupée par le déplacement croissant dans plusieurs régions de la République démocratique du Congo (RDC) et l'afflux continu de réfugiés vers les pays voisins. Depuis 2015, le nombre de déplacés internes a plus que doublé. Actuellement, la RDC compte 3,9 millions de déplacés internes dont environ 428.000 au cours des trois derniers mois seulement.  Depuis un an, environ 100.000 Congolais ont également fui vers des pays voisins. Comme pour aggraver la situation humanitaire, le HCR note qu'acheminer de l'aide vers les personnes dans le besoin devient difficile.

 

Selon l'Agence onusienne, de nombreuses régions du pays sont en proie, de la part des milices, à des troubles et des violences qui sont nourris par des conflits ethniques et territoriaux.  Dans la province de Tanganyika par exemple, quelque 584.000 personnes sont déplacées internes à la suite du conflit intercommunautaire entre les groupes Twa et Luba qui a dégénéré l'an dernier. Cette crise dans cette partie orientale congolaise a d'ailleurs débordé cette année dans la province voisine du Haut-Katanga.  « Alors que les affrontements avec l'armée se poursuivent, plusieurs dizaines de civils ont été obligés de fuir les meurtres, les pillages, les extorsions, la torture ou les traitements inhumains », a fait remarquer le porte-parole du HCR, Adrian Edwards lors de la conférence de presse ce mardi au Palais des Nations à Genève.

Certains Congolais ont dû se réfugier en Zambie voisine où 5.400 civils sont temporairement hébergés au centre de transit de Kenani situé près de la frontière. « Alors que la saison des pluies a commencé, il faut d'urgence intensifier l'aide dans les domaines de la santé publique, de l'assainissement et de l'approvisionnement en eau afin d'éviter les épidémies », a souligné Adrian Edwards.

Toujours dans l'est de la RDC, la violence a repris dans les provinces du Nord- et du Sud-Kivu, avec la présence d'une multitude de groupes armés dont la plupart sont locaux. Au Nord-Kivu, plus d'un million de civils sont déplacés internes. Dans le Sud-Kivu, où environ 545.000 personnes sont déplacées internes, la situation sécuritaire s'est détériorée en septembre dernier dans les territoires de Fizi et d'Uvira, du fait d'affrontements entre les milices et les forces armées.  La peur envahit de nouveau la population – y compris environ 30.000 réfugiés burundais qui vivent au camp de Lusenda à Fizi. Des Congolais du Nord-Kivu ont fui principalement vers l'Ouganda et ceux du Sud-Kivu vers la Tanzanie – transitant habituellement par le Burundi afin d'échapper aux attaques se produisant dans leurs villages. Actuellement, l'Ouganda accueille le plus grand nombre de réfugiés de RDC, soit plus de 236 500 individus, surtout dans le sud-ouest du pays.  En Tanzanie, leur nombre atteignait 76.890 à la fin septembre.

Pendant ce temps, dans la région du Kasaï au centre-sud de la RDC, des personnes déplacées et des réfugiés – qui avaient fui la violence ayant débuté il y a plus d'un an – ont commencé à rentrer. En date du 23 octobre, plus de 710.000 personnes étaient rentrées, trouvant souvent leurs habitations en ruines et des proches tués. Le HCR prévient que la situation dans la région de Kasaï est loin d'être stable et que dans de nombreuses zones l'accès humanitaire vient seulement de devenir possible. Au total, environ 762.000 individus sont toujours déplacés dans la zone, alors que la province Lunda Norte en Angola accueille toujours 27.555 Congolais qui ont échappé au même conflit.

Compte tenu de la situation dans ces trois régions, le HCR et ses partenaires ont récemment relevé au niveau 3, la crise alimentaire en République démocratique du Congo, soit le plus haut niveau d'urgence. La situation alimentaire et nutritionnelle est alarmante avec 3,3 millions de personnes en insécurité alimentaire dans le Kasaï, Kasaï Central et Kasaï Oriental selon une enquête réalisée en août. Plus de 280.000 enfants malnutris sévères sont sans assistance. « Beaucoup mangent pas plus d'un repas par jour. Ce sont généralement des mets à base de racines ou de feuilles de manioc, mais pauvres en protéines, en vitamines et en minéraux », a déclaré Bettina Luescher, porte-parole du Programme alimentaire mondial (PAM). Dans ces conditions, l'Agence onusienne entend intensifier son aide d'urgence pour éviter une catastrophe humanitaire. « Nous prévoyons d'atteindre près d'un demi-million de personnes d'ici fin décembre, avec notamment la distribution de rations alimentaires composées de céréales, de légumineuses, d'huile végétale et de sel », a-t-elle ajouté.

Il faut juste rappeler qu'au total, 621.711 réfugiés de RDC se trouvent dans plus de 11 pays africains.  Parallèlement, Kinshasa accueille 526.000 réfugiés originaires du Burundi, de la République centrafricaine et du Soudan du Sud. Et pour financer toutes ces opérations, le HCR note que sur la somme de 236,2 millions de dollars nécessaires pour répondre aux besoins des réfugiés, des personnes déplacées internes en RDC, seuls 49,7 millions de dollars ont déjà été reçus, soit un cinquième des besoins. De son côté, le PAM a besoin de 27 millions pour financer ses opérations jusqu'à la fin de l'année et évalue ses besoins jusqu'au premier semestre de 2018 autour de 135 millions de dollars.

(Interview : Andreas Kirchhof, porte-parole du HCR à Kinshasa ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/11/2017
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