Mali : L'élan retrouvé de l'Accord pour la paix et la réconciliation

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Mahamat Saleh Annadif (à droite sur l’écran), Représentant special du Secrétaire génnéral et chef de la MINUSMA au Mali informe le Conseil de sécurité. Le Conseil a également entendu Abdoulaye Diop (à gauche sur l’écran), Ministre des affaires étrangères du Mali. (Crédit photo: ONU/Kim Haughton)

Le Conseil de sécurité a examiné ce jeudi matin, à New York, la situation au Mali. Les quinze ont entendu l'exposé du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies dans le pays.

S'exprimant de Bamako par vidéoconférence, Mahamat Saleh Annadif a fait valoir que les trois derniers mois ont été marqués par le débat sur le projet de révision de la constitution et les affrontements armés entre la Plateforme et la CMA, qui sont les deux coalitions signataires de l'Accord.

Deux évènements, qui de l'avis-même du Représentant spécial ont failli remettre en cause tout le processus de la mise en œuvre de l'Accord pour la paix et la réconciliation, issue du processus d'Alger.

Le Représentant spécial a indiqué que les efforts conjugués des principaux acteurs maliens, y compris les responsables des mouvements signataires, ajoutés à ceux de la communauté internationale ont permis de dénouer les deux crises.

Pour ce qui est du débat sur le projet de révision constitutionnelle, la décision du Président Ibrahim Boubacar Keita d'ajourner le referendum a apaisé les tensions sociales et mis fin aux manifestations.

S'agissant des affrontements entre la CMA et la Plateforme, après avoir signé des trêves renouvelables le 23 août et le 6 septembre, les deux coalitions sont parvenues à signer le 20 septembre, «l'Engagement » qui consacre une cessation totale et définitive des hostilités. La mise en œuvre des clauses de cet Engagement se poursuit dans de bonnes conditions.

C'est dans cette ambiance des dénouements heureux que le Gouvernement du Mali et les Nations Unies ont convoqué une Réunion de Haut niveau sur la mise en œuvre de l’Accord le 20 septembre à New York. Cette Réunion de Haut niveau, coprésidée par Le Président du Mali et le Secrétaire General des Nations Unies a vu également la participation des responsables de la CMA et de la Plateforme. Les participants ont souligné la nécessité d’accélérer la mise en œuvre de l’Accord, notamment la création de la deuxième chambre du Parlement et l’opérationnalisation des collectivités territoriales, le lancement du cantonnement et du processus de DDR, l’élaboration d’une feuille de route de la Réforme du Secteur de Sécurité (RSS) et le redéploiement progressif des Forces de Défense et de Sécurité Maliennes reconstituées.

Depuis le 19 septembre, Le Gouverneur Kidal a pris fonction, symbolisant ainsi le retour de l'Etat. Ce nouvel élan doit être capitalisé pour que ce retour soit synonyme de la délivrance des services sociaux de base et une réelle relance de mise en œuvre de l'Accord.

Le Représentant spécial a indiqué que la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) demeure confrontée à des défis importants caractérisés par les activités des groupes extrémistes et terroristes ainsi que des réseaux criminels. Ceux-ci constituent les principaux obstacles au retour de la paix, en particulier la mise en œuvre de l’Accord. La perte quasi-quotidienne des soldats de la paix des Nations Unies, causée par des engins explosifs improvisés ou mines, en particulier sur les principaux axes d’approvisionnement de la Mission devient insupportable.

Le décès de trois soldats de la paix ainsi que la blessure de quatre autres et d'un contractuel civil à Gao le 24 septembre en est la parfaite illustration. De nombreuses questions sont sans réponse, y compris sur l’identité des auteurs. C'est pourquoi, nous avons exhorté le Gouvernement et les groupes signataires à accélérer la mise en œuvre de l’Accord et les efforts de réconciliation, d'abord pour savoir qui est qui, mais aussi mutualiser nos capacités pour faire face à cette situation.

Face à l'ensemble des menaces auxquelles font face la MINUSMA et l’ensemble de la famille des Nations Unies au Mali, le Représentant spécial a réitéré les besoins en financement, qui sont croissants, en vue d’investissements dans la protection contre les attaques indirectes, l’amélioration des systèmes de surveillance, de détection, d’alerte précoce et d'alarme. Celles-ci sont quelques-unes des mesures de protection pour atténuer les pertes en vies humaines dues aux attaques indirectes sur les camps de la MINUSMA.

Abordant la question de la mise en place de la Force Conjointe du G5 Sahel, Mahamat Saleh Annadif a estimé qu'elle constitue une opportunité pouvant concourir à la création d'un climat propice à la bonne exécution du mandat de la MINUSMA. Selon lui, il est important de noter qu'une approche holistique, allant au-delà de la force militaire, assurant la cohérence avec le processus de paix, les initiatives de développement et l'Architecture de paix et de sécurité de l'Union Africaine est nécessaire.

A la demande du Secrétaire-Général, une mission exploratoire comprenant des représentants de la MINUSMA, du Département des Opérations de Maintien de la Paix, du Département de l'Appui aux Missions, du Département des Affaires Politiques, du Haut-Commissariat aux Droits de l'Homme et du Bureau des Nations Unies pour l'Afrique de l'Ouest et le Sahel a visité les capitales des pays du G5 Sahel ainsi qu'à Sevaré, au Quartier-Général de la Force, début septembre. Cette Mission a constaté l'engagement des pays de la région à opérationnaliser la Force Conjointe.

En ce qui concerne l'aide humanitaire, en 2017, les agences ont lancé un appel de fonds de 305 millions de dollars pour répondre aux besoins dans les secteurs de la santé, de l'eau, de la nutrition, de la sécurité alimentaire, de la protection, de l'éducation et de l'abri.

Cependant, le Plan de réponse humanitaire n'a été financé qu'à un peu plus de 35%, ce qui a tout de même permis au Gouvernement et à ses partenaires d'assister des milliers de citoyens dans le Nord, affectés par le conflit.

(Extrait sonore : Mahamat Saleh Annadif, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies au Mali et chef de la MINUSMA)

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24/11/2017
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