Malala Yousafzai, prix Nobel de la paix, invite à redoubler d'efforts pour l'éducation des jeunes filles dans le monde

Écouter /

Le Secrétaire général de l'ONU António Guterres avec la militante des droits des femmes et lauréate du prix Nobel de la paix, Malala Yousafzai (archives). Photo ONU/Eskinder Debebe

La militante des droits des femmes et prix Nobel de la paix Malala Yousafzai a invité à redoubler d’efforts pour l’éducation et l’autonomisation des jeunes filles dans le monde, dans un entretien accordé récemment à ONU Info à New York.

Elle a aussi confirmé que l’ONG qu’elle a créée, le "Malala Fund", va investir trois millions de dollars pour financer l’éducation de jeunes filles dans plusieurs pays à travers le monde.

« Nous travaillons déjà au Pakistan, en Afghanistan, au Nigéria, ainsi que dans des camps de réfugiés syriens. Nous voulons (…) augmenter (notre) investissement et soutenir les intervenants locaux », a-t-elle expliqué. Pour cela, « nous avons trois millions de dollars et nous voulons élargir notre réseau, redoubler d’efforts et (…) donner à autant d’intervenants que possible, car ce sont eux qui apportent un véritable changement dans leur communauté ».

La jeune Pakistanaise de 20 ans a reçu le prix Nobel de la paix en 2014, devenant la plus jeune lauréate de l’histoire du prix. En avril, l’ONU l’a nommée Messagère de la paix de l’ONU sur la question de l’éducation des filles.

Le Malala Fund a déjà obtenu des résultats concrets au Nigéria, où une campagne pour relever l’âge de scolarité obligatoire de 9 à 12 ans a été couronnée de succès, entraînant le vote d’une loi en ce sens. « Nous organisons des campagnes similaires au Pakistan et en Afghanistan », a dit Malala Yousafzai. La jeune activiste a cité d’autres outils, comme la formation des enseignants, ou le développement de l’apprentissage en ligne.

« Mon père m’a encouragé »

Originaire de la vallée du Swat, dans le nord-est du Pakistan, Malala Yousafzai a grandi en souffrant de l’absence d’opportunités pour les jeunes filles dans sa région d’origine, bien que son père l’ait continuellement soutenue dans ses efforts.

« Mon père est une source d’inspiration », confirme-t-elle. « Ses cinq sœurs n’ont pas pu aller à l’école. Il a donc décidé de permettre à sa fille unique d’aller à l’école pour avoir une éducation et pouvoir s’exprimer », a-t-elle raconté. « Nous avons commencé notre campagne (pour l’éducation des filles) dans la vallée du Swat en même temps que le terrorisme s’est propagé et que l’éducation des jeunes filles a été interdite. Beaucoup d’autres filles voulaient s’exprimer, mais leurs parents ou leurs frères les en empêchaient. Mon père, lui, m’a encouragé ».

En 2009, Malala tient, à 11 ans, un blog en langue urdu pour la British Broadcast Corporation (BBC). Sous un pseudonyme, elle raconte sa vie quotidienne dans la vallée du Swat durant son occupation par les talibans. Ses comptes rendus attirent l’attention de la presse internationale.

En octobre 2012, la jeune activiste est victime d’une tentative de meurtre par balle par un extrémiste taliban. Touchée à la tête et au cou, elle est soignée à Birmingham, au Royaume-Uni. Son histoire fait le tour du monde. Elle tire de son expérience un livre, "Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans", qui deviendra un best-seller.

"Mes assaillants ont eu peur de ma voix" 

« J’ai commencé à m’exprimer quand j’avais 11 ans. Je ne savais pas si ma voix aurait un impact. Mais quand j’ai été attaquée, je me suis rendue compte que ma voix était puissante, qu’elle a déstabilisé mes assaillants et qu’ils en avaient peur. Alors croyez en votre voix », a-t-elle expliqué.

Aux chefs d’Etats croisés lors de la 72e Assemblée générale de l’ONU, elle a rappelé « leurs responsabilités face à leur peuple et aux générations futures », et « leur devoir d’éduquer les garçons et les filles. (…) Ils doivent augmenter les investissements pour l’école et une éducation de qualité, sinon nous ferons face à une génération perdue. Cela aurait un impact non seulement sur les enfants, mais sur nous tous. Nous devons investir dans les 130 millions de filles encore non scolarisées, nous devons les soutenir, modifier la loi et agir ».

Interrogée sur son futur après la prestigieuse université d’Oxford, où elle étudiera à partir du mois prochain, Malala assure que sa mission et son objectif « sont très clairs, ils sont de continuer à lutter pour l’éducation des filles, leur autonomisation, leurs droits ». Survivre, poursuit Malala, a donné un sens à sa vie. « On ne vivra que 70 ou 80 ans, alors pourquoi ne pas vivre pour une bonne cause ? »

La lauréate du prix Nobel de la paix a terminé l’entretien par un conseil aux hommes, en souhaitant qu’ils « croient en leurs filles, en leurs soeurs, et les laissent libres de leur choix. Comme dit mon père, ‘il ne faut pas intervenir, ne pas leur couper les ailes (…), mais les laisser voler et réaliser leurs rêves’ ».

(Interview: Malala Yousafzai, militante des droits des femmes et prix Nobel de la paix; propos recueillis par Ben Dotsei Malor)

 

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
23/11/2017
Loading the player ...