L'ONU dénonce des destructions systématiques et une répression de l'armée conçue pour expulser les Rohingyas du Myanmar

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Les Rohingyas rencontrent d’énormes difficultés pour fuir les violences au Myanmar et se réfugier au Bangladesh (Photo: HCR/Paula Bronstein).

« Les attaques brutales contre les Rohingyas dans la partie septentrionale de l'Etat Rakhine ont été bien organisées, coordonnées et systématiques, avec l'intention non seulement de pousser la population en dehors du Myanmar, mais aussi de les empêcher de revenir chez eux ». Dans un rapport publié ce mercredi à Genève, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme a dénoncé cette campagne de répression « systématique » contre les Rohingyas qui a été conçue pour expulser définitivement la minorité musulmane de l'Etat Rakhine.

Les conclusions de l'enquête sont basées sur les interviews de réfugiés arrivés au Bangladesh entre le 14 et le 24 septembre. Les services du Haut-Commissaire Zeid ont précisé que les enquêteurs avaient parlé à des centaines de personnes au cours de 65 interviews, certaines individuelles et d'autres avec des groupes allant jusqu'à 40 personnes. L'enquête a montré que la dernière vague d'opérations de nettoyage militaires dans cet Etat de l'ouest du pays avait en fait commencé avant le 25 août, peut-être début août, ce qui contredit les affirmations des autorités de Naypyidaw selon lesquelles la campagne de répression visait uniquement à répondre aux attaques de rebelles rohingyas le 25 août dernier. De façon générale, les enquêteurs ont dessiné les grandes lignes d'une campagne militaire destinée à expulser définitivement les Rohingyas du Myanmar, où ils ont souffert de persécutions depuis des décennies.

Les enquêteurs ont également reçu des témoignages sur des meurtres, des exécutions extrajudiciaires, des disparitions forcées des violences sexuelles, des cas de torture et d'attaques contre des lieux de culte. Des informations font également état de nombreux meurtres dont certaines victimes ont été délibérément ciblées et d'autres tuées par des explosions, des tirs et des balles perdues. En outre, des données crédibles montrent que les propriétés et des villages entiers des Rohingyas ont été volontairement détruits par les forces de sécurité et des individus bouddhistes.

Des violences « pas seulement pour faire fuir la population massivement mais aussi pour empêcher les victimes rohingyas de revenir chez elles », font remarquer ces enquêteurs de l'ONU. D'ailleurs à en croire le Haut-Commissariat, un retour semble « quasiment impossible » tant les destructions ont ciblé des maisons, des zones agricoles, des stocks alimentaires ou même du bétail. « Des efforts ont été entrepris pour effectivement effacer des repères dans la géographie du paysage et de la mémoire rohingyas de telle façon qu'un retour sur leurs terres n'aboutirait à rien d'autre qu'un terrain désolé et méconnaissable », a souligné cette équipe de trois membres du Haut-Commissariat aux droits de l'homme

Dans certains cas, avant et pendant les attaques, des mégaphones ont été utilisés pour annoncer : « Vous n'êtes pas d'ici – allez au Bangladesh. Si vous ne partez pas, nous allons brûler vos maisons et vous tuer », a indiqué l'ONU dans son rapport. « Des enseignants, ainsi que des responsables culturels, religieux et communautaires ont également été visés dans la récente campagne de répression » avec la volonté de rabaisser « l'histoire, la culture et les connaissances des Rohingyas », poursuit le rapport.

Il faut juste rappeler qu'après la contre-offensive de fin août de l'armée du Myanmar, le Haut-Commissaire Zeid Raad al-Hussein avait estimé que la répression récente semblait à un « modèle de nettoyage ethnique ». Au total, plus de 520.000 réfugiés sont arrivés depuis un mois et demi au Bangladesh.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève).

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22/11/2017
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