Genève : ouverture d'une conférence de donateurs sur la crise des réfugiés rohingyas

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Une femme rohingya dans les rizières près du point de passage frontière d'Anjuman Para entre le Myanmar et le Bangladesh (photo: HCR/ Roger Arnold).

Une conférence internationale s'est ouverte ce lundi à Genève afin de rassembler des fonds pour venir en aide à des milliers de Rohingyas réfugiés au Bangladesh après avoir fui les violences dont ils sont victimes au Myanmar. La « Conférence de promesses pour la crise des réfugiés rohingyas », organisée par des agences de l'ONU, l'Union Européenne et le Koweït, s'est fixée pour objectif de collecter un total de 434 millions de dollars d'ici février 2018, dont 100 millions ont déjà été versés ou promis. Les organisateurs de la réunion, l'Union européenne et le Koweït, ont promis à eux deux l'équivalent de 50 millions supplémentaires.

 

A l'ouverture de cette conférence des donateurs lundi à Genève, les différents orateurs ont appelé à un financement d'urgence face à une crise sans précédent qui est « loin d'être terminée ». « Nous avons besoin de davantage d'argent pour maintenir le rythme » de l'aide face à l'arrivée de quelque 600.000 réfugiés en près de deux mois, a dit le chef du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA), Mark Lowcock, au début de la conférence. Plus de 300.000 personnes avaient rejoint les camps de Cox's Bazar lors de précédentes vagues de violences. En plus de ces 900.000 nouveaux et anciens réfugiés rohingyas, ces 434 millions de dollars permettront aussi de venir en aide aux 300.000 habitants locaux vivant dans le district de Cox's Bazar. Soit au total, 1,2 million de personnes entassées au sud du Bangladesh. « Il s'agit d'une crise massive de réfugiés. Il faut donc une réponse globale à une crise des réfugiés fondée sur les normes internationales. Tous les partenaires travaillent ensemble pour fournir une aide efficace et aujourd'hui nous souhaitons justement mobiliser des ressources pour sauver des vies et protéger les personnes », fait d'ailleurs remarquer Mark Lowcock.

En attendant, le soutien des donateurs fait déjà une grande différence sur le terrain et les organismes humanitaires travaillent dur pour empêcher une autre crise dans cette crise des réfugiés. En effet, « plus de 580.000 Rohingyas qui sont arrivés ont eu accès à de la nourriture, à de l'eau potable ainsi qu'à des mesures d'hygiène qui ont été prodiguées à 370.000 personnes et une assistance sanitaire à près de 280.000 réfugiés. La vaccination, notamment face aux risques de choléra et de rougeole, doit éviter « une crise dans la crise », selon M. Lowcock.  « Mais les besoins changent constamment. Les nouveaux arrivants sont extrêmement mal nourris, notamment des enfants souffrant de malnutrition grave », a ajouté le Chef d'OCHA. Dans ces conditions, les agences des Nations Unies devront continuer à s'adapter face aux besoins et l'appel de fonds pourrait être modifié dans les semaines qui viennent. « Nous devons avoir plus de fonds pour faire face aux besoins croissants », a rappelé Mark Lowcock.

Dans tous les cas, la réponse à la crise nécessite une mobilisation de tous, a pour sa part estimé le Directeur général de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) William Lacy Swing, de retour du Bangladesh. Ce dernier a aussi exhorté les dirigeants de la planète « à entamer un processus politique qui permettra à tous ces réfugiés de retourner volontairement chez eux ». « Nous savons qu'il n'existe pas de solutions humanitaires pérennes à une crise politique ou à des problèmes politiques », a souligné le Chef de l'Agence des Nations Unies pour les migrations.

De son côté, le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés a mis en garde sur l'adoption de seules réponses à court terme. Car « si on ne trouve pas une solution aux causes profondes, la crise ne connaîtrait pas de fin et nous allons devoir revenir devant les donateurs pour leur demander de nouvelles ressources ». Pour le Chef du HCR, il faudra mettre l'accent sur les solutions pérennes. Filippo Grandi a ainsi réitéré l'appel du secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres de mettre un terme aux violences et aux abus mais aussi de garantir un accès à l'Etat de Rakhine, ainsi qu'un retour « sûr et volontaire » pour les Rohingyas. Face à la question de la citoyenneté pour des personnes considérées comme apatrides, « il faut donc créer les solutions aux problèmes de citoyenneté et sur le moyen terme, régler le problème du sous-développement dans l'Etat Rakhine », a répété M. Grandi.  « Les Rohingyas ont souffert depuis trop longtemps”, a renchéri par vidéo le Commissaire européen à l'aide humanitaire Christos Stylianides.

Le Représentant permanent du Bangladesh auprès de l'ONU de Genève a ainsi rappelé les propos prononcés le 21 septembre dernier par la Premier ministre de son pays, Sheikh Hasina lors de la 72e session de l'Assemblée générale de l'ONU à New York. Dhaka réitère son appel à l'ONU et la communauté internationale pour prendre des mesures immédiates et efficaces pour trouver une solution permanente à la crise prolongée des Rohingya.  À cet égard, M. Shameem Ahsan a exhorté le Myanmar à cesser la violence et la pratique du nettoyage ethnique une fois pour toutes, avant d'engager le Secrétaire général de l'ONU à dépêcher immédiatement une mission d'établissement des faits au Myanmar.  Il a appelé à ce que tous les citoyens, quelle que soit leur religion ou leur ethnie, soient protégés au Myanmar et a suggéré, à cette fin, que des « zones sécurisées » soient créées au Myanmar sous la supervision de l'ONU.  Il a également réclamé la garantie du retour durable de tous les Rohingya déplacés de force dans leur foyer au Myanmar, le pleine application, immédiate et inconditionnelle, des recommandations du rapport de la Commission Kofi Annan.

Selon l'ONU, 603.000 Rohingyas, dont des femmes et des enfants, ont franchi la frontière depuis le 25 août dernier, obligeant les autorités du Bangladesh et les agences de l'ONU à installer de nouveaux camps. Trois agences de l'ONU sont à l'origine de cette conférence qui s'achèvera dans la soirée : l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Haut-Commissariat aux Réfugiés (HCR) et le bureau de la coordination des affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

(Extrait sonore : Mark Lowcock, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d'urgence de l'ONU)

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22/11/2017
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