Genève : l'appel à l'aide de l'ONU pour la Centrafrique

Écouter /

Des enfants réfugiés centrafricains jouent à l'extérieur des huttes dans le village de Nzakara, sur la rive congolaise du fleuve Ubangi (photo: HCR/John Wessels).

Des violences meurtrières ont touché en début de semaine dernière la ville de Kembé (sud-est de la Centrafrique), entre Alindao et Bangassou. Et selon le dernier rapport de situation du Bureau de l'ONU de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) en date du 16 octobre, ces affrontements entre groupes armés à Kembé ont « des implications sur le plan humanitaire ». Selon OCHA, des sources locales font état de personnes déplacées vers Dimbi et en brousse. C'est dans ce contexte que la Coordonnatrice de l'action humanitaire en République centrafricaine s'est rendue hier à Berne. Car face à la dégradation brutale de la situation dans le pays, l'ONU manque de moyens financiers pour répondre aux besoins humanitaires.

 

Lundi, Mme Najat Rochdi a rencontré dans la capitale helvétique le délégué du Conseil fédéral à l'aide humanitaire Manuel Bessler et des représentants du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Aux autorités suisses hier et ensuite lors de sa rencontre avec la presse au Palais des Nations ce mardi à Genève, le message de la numéro trois de la Mission de stabilisation multidimensionnelle intégrée des Nations Unies en République centrafricaine (MINUSCA) est resté le même : « il ne faut pas oublier la Centrafrique ».

D'autant que la reprise des violences en Centrafrique a fait exploser à nouveau le nombre de déplacés et la malnutrition ces derniers mois.  Le nombre de déplacés dépasse depuis juillet les 600.000 et a augmenté de près de 50% par rapport à janvier. Les réfugiés qui étaient rentrés dans l'ouest du pays sont repartis. Au total, plus de 500.000 Centrafricains se sont réfugiés dans les pays voisins, notamment au Cameroun, au Tchad et en République démocratique du Congo où plus de 85.000 ont franchi la frontière congolo-centrafricaine entre la mi-mai et la fin août.

« A chaque fois qu'il y a des violences comme celles qui se sont passées à Kembé, ou avant comme à Gambo, à Zemio et à Bangassou, ce sont plus de déplacés internes qui viennent et beaucoup plus de problèmes humanitaires », a fait remarquer Mme Najat Rochdi lors d'un entretien avec ONU-Infos.

Selon la Coordonnatrice de l'action humanitaire en RCA, la situation reste d'ailleurs plus préoccupante dans le sud-est. Une dizaine d'enfants seraient décédés récemment de malnutrition sévère aiguë dans des hôpitaux qui ont dû être abandonnés par le personnel menacé par les groupes armés. Une façon pour elle de rappeler les conditions dans lesquelles travaillent les humanitaires sur le terrain et dans certaines zones, « il n'était pas possible pour ces derniers de rester là ».

Dans ces conditions, les humanitaires onusiens se sont adaptés à cette nouvelle donne, contraints finalement de modifier leur mode opératoire. Désormais, des centres ont été renforcés là où la sécurité le permet et des missions spéciales d'équipes d'intervention rapide et d'urgence qui sont déployées dans les régions les plus difficiles. L'une d'entre elles sera d'ailleurs dépêchée cette semaine dans le sud-est du pays.

Car dans l'ensemble du pays, la malnutrition chronique dépasse parfois 40%, mais sans donner de chiffres. Or les coûts restent élevés avec parfois une aide acheminée par avion. Dans le même temps, seuls 30% de l'appel lancé ont étés honorés par les donateurs, soit plus de 151 millions sur les 497 millions de dollars de l'Appel de fonds pour la RCA.

C'est la raison pour laquelle, « ce n'est pas le moment d'abandonner la RCA parce que le coût de ne rien faire serait de loin supérieur au coût de faire aujourd'hui ». « Donc le message aux donateurs, c'est rappeler que l'assistance humanitaire n'est pas la réponse, ce n'est pas la stabilité. Mais que sans l'assistance humanitaire et sans sortir la population de sa vulnérabilité, il n'y aura pas de réconciliation », a indiqué à ONU-Infos Mme Najat Rochdi. « Il y a beaucoup trop de souffrances, beaucoup trop de désespoir. On ne construit pas la paix et la stabilité avec des gens désespérés et des gens vulnérables », met en garde la Coordonnatrice de l'action humanitaire en République centrafricaine.

(Extrait sonore : Najat Rochdi, Coordonnatrice de l'action humanitaire en République centrafricaine ; Propos recueillis par Alpha Diallo)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
17/11/2017
Loading the player ...