Epidémie de peste à Madagascar : 94 morts sur plus de 1.150 cas

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L'OMS fournit 1,3 million de doses d'antibiotiques pour lutter contre la peste à Madagascar (Photo: Bureau régional de l’Afrique de l’OMS).

L'épidémie de peste qui s'est déclarée à Madagascar fin août a fait 94 morts, sur plus de 1.153 cas, a indiqué vendredi l'OMS qui a envoyé 1,3 million de doses d'antibiotiques sur place.  Mais l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) précise tout de même sur ces 1.153 cas de peste signalés, cela inclut aussi bien les cas suspects que les cas confirmés. Ainsi sur les 1.153 cas de peste signalés, 300 ont été confirmés pour l'instant.

« Ce sont des chiffres dynamiques car quand un cas est suspecté, ça peut prendre quelques jours avant la confirmation des échantillons au niveau du laboratoire », a déclaré le Directeur régional pour les urgences en Afrique à l'OMS lors d'un entretien avec ONU Info. Au total, ce sont quatorze régions sur vingt-deux qui sont touchées par l'épidémie. Mais selon Dr Ibrahima Socé Fall, les foyers les plus intenses sont la province de Tamatar et Antananarivo, la capitale malgache. « Ce sont deux localités où la densité de la population est très importante », fait-il remarquer.

Pour l'OMS, la plupart des patients recensés à Madagascar ont été infectés par la peste pulmonaire, une forme plus dangereuse de la maladie, qui touche les poumons et qui se transmet en cas de contact rapproché avec une personne malade qui tousse. La peste bubonique et la peste pulmonaire sont curables si une antibiothérapie courante est administrée précocement. Les antibiotiques peuvent aussi prévenir l'infection chez les personnes qui ont été exposées à la peste.

Pour faire face à cette urgence sanitaire, l'Agence onusienne basée à Genève a livré près de 1,3 million de doses d'antibiotiques et a débloqué 1,5 million de dollars de ces fonds d'urgence pour lutter contre la peste à Madagascar. Les différents types de médicaments seront utilisés à des fins curatives et prophylactiques. Les doses livrées permettent de traiter jusqu'à 5.000 patients et de protéger jusqu'à 100.000 personnes qui pourraient être exposées à la maladie. En outre, les médicaments sont distribués aux établissements de santé et aux dispensaires ambulants dans tout le pays, avec le soutien du Ministère de la santé et de partenaires. L'OMS remédie également à de graves pénuries de produits de désinfection et d'équipements de protection individuelle pour les professionnels de la santé et pour l'organisation d'inhumations sans risque.

Le Chef régional pour les situations d'urgence en Afrique note que Madagascar se trouve dans une phase active de cette épidémie. Donc l'urgence pour les humanitaires présents sur le terrain, est d'arriver à stopper la transmission du virus. « Toutefois, cela ne signifie pas que le risque va disparaître car le virus est endémique dans le pays », avertit Dr Ibrahima Socé Fall. « Même si on peut arrêter l'épidémie », l'OMS appelle à la vigilance. « Nous devons rester vigilants car il sera difficile d'éradiquer le virus dans un pays où plus de 90% de la population vit avec moins de deux dollars par jour ». Une façon de rappeler qu'éradiquer un tel virus est aussi une question de développement.

Par ailleurs, l'OMS souligne que le niveau de transmission de la maladie sur le plan international « est faible parce que c'est une maladie qu'on peut prévenir ». « Mais malgré cela, l'OMS travaille avec les pays voisins de Madagascar pour renforcer la surveillance dans les aéroports pour être sûr que des cas potentiels ne passent pas via les transports aériens », met en garde l'Agence onusienne.

Il faut juste rappeler que la peste réapparaît presque chaque année à Madagascar, généralement de septembre à avril. Mais cette année, l'épidémie a débuté dès août et s'est propagée aux grandes zones urbaines, contrairement aux précédentes épidémies, selon l'OMS. La bactérie de la peste, qui se développe chez les rats, est véhiculée par les puces. Chez l'homme, la forme pulmonaire de la maladie – transmissible par la toux – peut être fatale en seulement 24 à 72 heures. La forme bubonique est, selon l'OMS, moins dangereuse.

L'agence sanitaire de l'ONU a mobilisé, en puisant dans son fonds de contingence, 1,5 million de dollars mais l'OMS estime avoir besoin au total de 5,5 millions de dollars, a expliqué le Dr Ibrahima Socé Fall.

(Interview : Dr Ibrahima Socé Fall, Directeur régional pour les situations d'urgence au Bureau régional de l'Afrique à OMS ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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24/11/2017
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