Comité des droits de l'homme : « la RDC n'a rien à cacher sur ses activités au Kasaï », selon une Ministre congolaise

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Mme Marie-Ange Mushobekwa, Ministre des droits humains de la République démocratique du Congo lors de la présentation de son rapport au Palais Wilson à Genève (Photo: Webcast UNTV Geneve)

Le Comité des droits de l'homme a achevé ce mardi à Genève l'examen du rapport de la République démocratique du Congo (RDC) sur les mesures prises par ce pays pour donner effet aux dispositions du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Présentant ce document, Mme Marie-Ange Mushobekwa, Ministre des droits humains de la République démocratique du Congo, a insisté sur l'engagement du Gouvernement de son pays à renforcer la politique de « tolérance zéro » face aux crimes de violence sexuelle. Mais lors des débats, plusieurs experts du Comité ont demandé à Kinshasa de faire toute la lumière sur les fosses communes découvertes dans le pays.

Des experts du Comité ont donc relayé des informations émanant d'une organisation non gouvernementale qui soulignent que sur plus d'un an de conflit au Kasaï, plus d'un million et demi de civils ont été victimes de violences – y compris deux experts des Nations Unies, Michael Sharp et Zaida Catalan, assassinés alors qu'ils enquêtaient. Le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme a recueilli pour sa part de nombreux témoignages de personnes déplacées par le même conflit et a établi qu'au moins 280 personnes avaient été tuées pour des motifs liés à leur appartenance ethnique.

En réponse à ces questions, la Ministre des droits humains a indiqué que la justice congolaise ne ménageait aucun effort pour faire la lumière sur les circonstances exactes des crimes commis par un « mouvement mystico-tribal dénommé Kamuina Nsapu », qui s'est servi de la population civile –  y compris d'enfants – comme bouclier humain et s'est attaqué aux personnes et aux édifices publics qui symbolisent l'autorité de l'État, semant la terreur et procédant à la décapitation d'agents des forces de l'ordre.  En outre, la République démocratique du Congo attend dans les prochains jours l'arrivée de l'équipe d'experts des Nations Unies et de l'Union africaine pour l'application de la résolution 35/33 du Conseil des droits de l'homme de juin 2017 portant assistance technique à la République démocratique du Congo et l'établissement des responsabilités concernant les événements dans la région du Kasaï.

Une façon pour Marie-Ange Mushobekwa de rappeler que Kinshasa n'a rien à cacher sur ses activités au Kasaï, non sans ajouter qu'il est « erroné de dire que la justice congolaise rechigne à enquêter ».  Les experts internationaux désignés par le Conseil des droits de l'homme en juin dernier mèneront leurs enquêtes sur des faits qui seront ensuite jugés par les tribunaux congolais, a-t-elle rappelé.

« Il y a eu meurtre. Il y a eu mort d'hommes en République démocratique du Congo. Et il n'y a pas eu qu'une seule personne qui a été tuée, mais il y a eu des milliers de morts. Pour nous, c'est 1.300 personnes qui ont été tuées dans ces atrocités du Kassaï, essentiellement tuées et décapitées par ce que les médias internationaux appellent les miliciens. Mais si ça se passait en Europe, en Suisse où je suis présentement, en Belgique ou en France, on parlerait de terrorisme. Ce sont des actes de terrorisme et on ne peut pas les qualifier autrement », fait-elle remarquer.

Selon la Ministre, « alors, il y a eu mort d'hommes et on ne peut pas nous demander de mener des enquêtes et de les boucler en trois mois alors que dans d'autres pays considérés comme civilisés, on peut prendre deux ans pour mener à bien une enquête et être sûr que toutes les responsabilités sont établies et que ces personnes soient jugées et droit à un procès équitable. Pourquoi on veut faire pression sur le gouvernement congolais pour que ces enquêtes ne durent que trois ou six mois alors que dans d'autres pays du monde, on donne du temps. Nous sommes d'accord qu'il faut la justice, qu'il faut lutter contre l'impunité, mais on doit aussi respecter toutes les procédures.  Parlant de ce qui s'est passé au Kassaï, si le gouvernement de la RDC avait des choses à cacher, il n'aurait jamais accepté que le FBI, la police fédérale américaine soit impliquée dans les enquêtes ».

D'autres questions soulevées par les membres du Comité ont porté sur les dispositions prises par les autorités congolaises pour assurer le respect du droit à manifester. Selon les experts du Comité, les manifestations de l'opposition sont quasiment toujours interdites, ce qui n'est pas le cas des manifestations en faveur du Gouvernement. Mme Mushobekwa a donc souligné que son pays est résolument engagé dans le processus électoral, comme en témoigne l'inscription de 22 millions d'hommes et de 20 millions de femmes sur les listes électorales.  La Ministre congolaise a précisé que la Commission nationale électorale indépendante avait quasiment fini d'enregistrer les électeurs. Son retard dans cette démarche s'explique par la difficulté de procéder à l'enregistrement au Kasaï, qui représente 10% de l'électorat congolais et qui est, de plus, un fief de l'opposition. L'enregistrement devrait cependant être achevé dans les deux à trois mois et le calendrier électoral sera publié dans les jours qui suivent, a-t-elle indiqué.

(Extrait sonore : Mme Marie-Ange Mushobekwa, Ministre des droits humains de la République démocratique du Congo)

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24/11/2017
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