Cameroun : le Comité des droits de l'homme de l'ONU se penche sur la situation des régions anglophones

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Le Président du Comité des droits de l’Homme, Yuji Iwasawa (à gauche) et M. Anatole Fabien Marie Nkou, Représentant permanent du Cameroun auprès des Nations Unies à Genève (Photo: capture d’écran du webcast de l’ONU)

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU a achevé, ce mercredi à Genève, l'examen du cinquième rapport du Cameroun entamé hier mardi après-midi. Yaoundé a rappelé les efforts entrepris pour améliorer la situation des droits humains, mais certains de ces efforts se heurtent à un environnement sécuritaire marqué par la lutte contre le terrorisme et une situation humanitaire préoccupante, ainsi que par la crise sociale qui secoue certaines régions du pays. En effet, le Cameroun subit depuis 2013 les affres du groupe terroriste Boko Haram, dont les attaques ont déjà fait 2000 morts, a précisé M. Anatole Fabien Marie Nkou, Représentant permanent du Cameroun auprès des Nations Unies à Genève. Cette situation, couplée à la situation sécuritaire dans les pays voisins, a provoqué un afflux massif de réfugiés et de personnes déplacées au Cameroun : le pays comptait plus de 345.000 réfugiés au décompte du 31 août 2017 et 240.000 personnes déplacées internes.

 

Plusieurs dossiers ont été abordés lors de l'examen du rapport du Cameroun, notamment la lutte contre le terrorisme et surtout face aux exactions de Boko Haram dans tout le Bassin du Lac Tchad. De nombreux experts du Comité des droits de l'homme se sont également prononcés sur les allégations de torture dans les centres de détention, le problème de la polygamie, la dépénalisation de l'homosexualité et des délits de presse. Ce rendez-vous au Palais Wilson a été également l'occasion d'aborder le problème de la lutte contre la corruption, plus précisément les contours de l'opération épervier au cours de laquelle des anciens ministres ont été accusés de détournements de fonds publics. Mais certains experts se sont demandés si cette lutte n'aurait pas été instrumentalisée à des fins politiques.

Mais lors de l'examen du rapport, il a été question aussi des événements dans les deux régions anglophones du Cameroun.  Alors que l'État avait engagé le dialogue et adopté des mesures structurelles et fonctionnelles pour y apporter des solutions, ces revendications ont été déportées sur le champ politique avec la réclamation violente de la partition du Cameroun par un courant sécessionniste. « Mieux encore, le 1er octobre dernier au nom de la prétendue déclaration d'indépendance des régions susmentionnées, les attaques conduites par de bandes armées ont été enregistrées visant ainsi des institutions sur l'intégrité du territoire national, et les forces de l'ordre », fait remarquer l'Ambassadeur Anatole Fabien Marie Nkou. Selon le Représentant permanent du Cameroun à Genève, « ces dernières ont eu recours à la force, nécessaire mais proportionnée par rapport à l'attaque pour préserver l'intégrité du territoire, la sécurité des personnes et des biens ».  En tout état de cause, les enquêtes ont été ouvertes « pour faire la lumière sur ces événements et d'en poursuivre les auteurs dans le respect des règles du procès équitable ».

Toutefois, selon un expert du Comité, cette crise anglophone a connu son épisode sanglant le dimanche 1er octobre dernier. Et des Camerounais auraient été tués par les forces de sécurité lors des manifestations organisées dans une quarantaine de villes et villages du nord-ouest et du sud-ouest du pays. Selon Olivier de Frouville, membre du Comité des droits de l'homme, « trente décès auraient été recensés dans le contexte de la répression des manifestations et dans le contexte des violences qui ont eu lieu ce jour du 1er octobre, des allégations de trente décès qui auraient lieu le 1er octobre 2017 ». Est-ce que vous pourriez éventuellement nous apporter des clarifications sur ces différentes séries d'allégations », a-t-il interrogé.

Mais pour Yaoundé, les événements dans les deux régions anglophones avaient fait officiellement 17 décès, et non trente comme l'avait dit l'expert. Ces morts ne sont pas tous dus aux balles, mais aussi à la bousculade. Pour le Colonel Rose Yvette Yaka du Ministère de la défense du Cameroun, « dans des mouvements de foule, il y a toujours des gens qui tombent et les gens se marchent dessus. Donc il serait souhaitable que les uns et les autres retiennent ici que quand on dit de dix-sept morts, il ne s'agit pas de dix-sept morts absolument par balles. Il y a des morts par balles, mais il y a aussi des morts des suites de bousculade ».

Dans tous les cas, force reste à la loi selon le Ministère de la défense. Une façon de rappeler aussi que les éléments des forces de défense qui se rendent coupables de torture ou d'exactions en mission font toujours l'objet d'enquête et de sanction si nécessaire. « Chacun doit être responsable des actes qu'il commet devant les juridictions compétentes. Donc je crois que nous ne mentons pas quand nous disons que le Cameroun est un Etat de droit », a indiqué le Colonel Rose Yvette Yaka.

Le Comité des droits de l'homme de l'ONU rendra ses conclusions et observations finale sur le rapport du Cameroun le jeudi 9 novembre.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec des extraits sonores de M. Anatole Fabien Marie Nkou, Représentant permanent du Cameroun auprès des Nations Unies à Genève ; Colonel Rose Yvette Yaka du Ministère de la défense du Cameroun ; et Olivier de Frouville, membre du Comité des droits de l'homme de l'ONU)

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24/11/2017
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