Australie : le Comité des droits de l'homme préoccupé par le traitement offshore des réfugiés

Écouter /

Des demandeurs d'asile devant leur habitation dans le centre de traitement des demandes d'asile à Lombrum, en Papouasie-Nouvelle-Guinée (photo: HCR / Vlad Sokhin).

Le Comité des droits de l'homme a achevé, ce jeudi à Genève, l'examen du rapport présenté par l'Australie sur les mesures qu'elle a prises pour appliquer le Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Les débats ont été largement dominé par la situation des migrants dans ce pays.  Les experts du Comité se sont ainsi préoccupés de la situation dans les lieux de détention ou installations de « traitement offshore », notamment depuis que l'Australie a adopté ses dispositions de « traitement extraterritorial » visant à transférer les réfugiés et les demandeurs d'asile à Nauru et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Des membres du Comité ont ainsi rappelé que plus de 3.100 personnes sont présentes dans des centres de ces deux derniers pays.

Face aux inquiétudes exprimées par les experts, la délégation australienne a affiché sa fermeté en soulignant que « les trafiquants ne peuvent plus agir ainsi en Australie ». « Lorsqu'une personne arrive illégalement, elle devrait pouvoir rentrer chez elle de manière sûre ou être accueillie en attendant l'examen de son dossier. C'est ainsi que nous avons pu réduire les décès en mer. L'Australie entend lutter contre le trafic des passeurs », fait ainsi remarquer Luke Mansfield, du Département de l'immigration et de la protection des frontières. Ce dernier note que près 12.000 femmes, enfants et hommes ont essayé d'atteindre les rives australiennes et beaucoup ont péri en mer.  Entre 2008 et 2014, près de 50.000 migrants sont arrivées illégalement par voie maritime. Mais dès le début de l'opération frontières souveraines en septembre 2013, près de 30.500 personnes sont restées en Australie, sans pour autant que leur statut soit clarifié.

Dans ces conditions, si l'Australie reconnaît que « son approche est assez stricte », elle est toutefois conforme à ses « obligations internationales, notamment en matière du principe de non-refoulement ». « Des mesures ont été prises pour que les personnes interceptées en mer ne risquent pas leur vie. Si les autorités estiment qu'un individu doit être renvoyé dans son pays, il le sera dans les meilleures conditions possibles. Donc pour l'instant, nous n'avons pas l'intention de changer notre politique ou notre législation concernant les interceptions en mer. Car nous pensons que cela pourrait constituer un danger pour davantage de personnes et augmenter le nombre de victimes en mer », a précisé Luke Mansfield.

En outre, Canberra octroie des fonds à Nauru et à la Papouasie-Nouvelle-Guinée en échange du transfèrement des migrants, a expliqué la délégation. Par ailleurs, l'Australie est revenue sur sa politique de diversité culturelle, avec l'accueil de nombreuses nationalités. « Depuis juillet 2015, l'État a accordé la protection permanente à plus de 44.000 personnes dans le cadre du programme des réfugiés », a conclu John Quinn, Représentant permanent de l'Australie auprès de l'ONU à Genève.

C'est dans ce contexte que l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a publié aujourd'hui un communiqué exhortant l'Australie à prendre ses responsabilités et de régler la crise humanitaire des réfugiés et demandeurs d'asile en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le HCR se dit profondément préoccupé par les risques accrus des accords de « traitement offshore » et par leur terrible bilan humain, d'autant que l'Australie cherche à réduire son soutien d'ici la fin du mois d'octobre.

Le HCR a toujours insisté auprès des gouvernements de l'Australie et de Papouasie-Nouvelle-Guinée sur la nécessité de fournir des services essentiels aux réfugiés. Malgré cela, des mesures appropriées pour éviter de nouvelles tragédies et des dommages aux personnes vulnérables n'ont pas été prises. « Après avoir créé la crise actuelle, abandonner maintenant les mêmes êtres humains extrêmement vulnérables serait inadmissible », a déclaré Thomas Albrecht, Représentant régional du HCR à Canberra. « Légalement et moralement, l'Australie ne peut pas s'éloigner de tous ceux qu'elle a transférés de force en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Nauru ».

Environ 3.000 réfugiés et demandeurs d'asile ont été transférés de force par l'Australie vers des installations de « traitement offshore » en Papouasie-Nouvelle-Guinée et à Nauru depuis l'introduction, en 2013, de cette politique. Parmi eux, environ 1.200 se trouvent toujours à Nauru et 900 autres en Papouasie-Nouvelle-Guinée. A la suite de l'accord bilatéral entre l'Australie et les États-Unis sur la réinstallation, le HCR a présenté, ces huit derniers mois, des dossiers de candidature aux Etats-Unis pour la réinstallation de plus de 1.200 réfugiés. Un autre groupe de 500 personnes attend toujours l'issue de la procédure de détermination du statut de réfugié mené par les autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée et de Nauru, selon leur arrangement avec l'Australie.

(Extrait sonore : Luke Mansfield, du Département de l'immigration et de la protection des frontières de l'Australie)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
24/11/2017
Loading the player ...