Syrie : Une Commission d'enquête » de l'ONU regrette « l'impasse au Conseil de sécurité »

Écouter /

M. Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie (photo d’archives: ONU/J. M. Ferré).

Les civils syriens continuent d'être la cible d'attaques délibérées, de privation d'aide humanitaire et de services de santé essentiels. Devant le Conseil des droits de l'homme ce lundi à Genève, le Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie a dénoncé aussi les arrestations et disparitions forcées du fait de toutes les parties au conflit en Syrie.  En mettant au jour ces atrocités, la Commission espère faire avancer la cause de la justice pour les victimes, a souligné M. Paulo Sergio Pinheiro.

 

Le Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie a souligné que la fin probable de la bataille de Raqqa ne devait pas faire croire aux États qu'une victoire sur l'État islamique signifierait la fin de la guerre en Syrie. L'État islamique n'a jamais fait partie d'une solution politique à ce conflit, a fait remarquer Paulo Sergio Pinheiro.  L'incapacité à traiter les causes profondes de l'extrémisme violent, ainsi que l'impunité dont ses auteurs jouissent, ne pourra qu'aider les groupes terroristes à trouver de nouvelles recrues pour ce conflit toujours plus asymétrique, a mis en garde M. Pinheiro.

Le Président de la Commission internationale d'enquête a ainsi appelé la communauté internationale à donner clairement la priorité au peuple syrien, à ses droits et à ses aspirations légitimes. Selon Paulo Pinheiro, il était temps de trouver une solution politique tenant compte de l'avis de tous les Syriens. « Après six ans de guerre, au cours de laquelle nous avons publié plus de 20 rapports, nous sommes préoccupés par le fait que les États membres ont si peu contribué à demander des comptes aux auteurs présumés d'exactions », a-t-il souligné non sans regretter que « l'impasse au Conseil de sécurité en Syrie » soit « répréhensible, parfois, étonnante ».

D'autant que sur le terrain, la Commission a constaté que « les belligérants ont continué d'assiéger des populations et d'instrumentaliser l'aide humanitaire afin de saper les bases de soutien civil et d'obtenir la reddition de leurs adversaires ». Dans ce contexte, la Commission a constaté que la passation de trêves locales, si elle a permis de mettre fin à des sièges de villes, a aussi été le prétexte de déplacements forcés de population.  Cela a été notamment le cas dans les villes de Barza, Qaboun et Tishreen, a précisé M. Pinheiro.  Les civils de ces cités ne sont pas partis de leur plein gré, a assuré le Président de la Commission : ils ont fui parce qu'ils n'avaient pas le choix et craignaient des représailles.

La Commission a par ailleurs documenté des violations des droits de l'homme commises par l'état islamique notamment contre des minorités religieuses, dans des villes sous son contrôle aussi bien que sous le contrôle du Gouvernement.

La grande majorité des morts de civils est imputable à l'utilisation illégale d'armes classiques, a ajouté M. Pinheiro, en particulier les bombardements aériens de zones civiles par des munitions à fragmentation.  Les forces gouvernementales sont également accusées d'avoir utilisé des armes chimiques contre des civils dans des zones tenues par les rebelles, y compris à Khan Cheikhoun le 4 avril. La Commission indique avoir récolté de nombreuses preuves, y compris des dizaines d'entretiens, et l'examen de débris et de photographies satellites, a précisé M. Pinheiro.  La Commission a conclu qu'un avion syrien avait largué une bombe remplie de sarin sur cette ville, faisant 80 morts, en majorité des femmes et des enfants, et blessant des centaines d'autres personnes.

Par ailleurs, la Commission a constaté également que la Coalition menée par les États-Unis n'avait pas pris les précautions nécessaires pour protéger les civils lors de l'attaque contre des supposés terroristes dans la mosquée d'Al Jinnah, dans la province d'Alep, le 16 mars dernier.

Face aux accusations de la Commission d'enquête, le Représentant permanent de la Syrie auprès de l'ONU à Genève a rappelé que  son pays avait toujours alerté sur les conséquences d'une approche sélective des mécanismes du Conseil des droits de l'homme. L'Ambassadeur Hussam Edin Aala a ainsi réfuté toutes les accusations figurant dans le rapport, y compris celles relatives au déplacement forcé de populations.

(Extrait sonore : M. Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
16/10/2017
Loading the player ...