Soudan du Sud : d’énormes défis restent à relever, estime David Shearer

Écouter /

David Shearer, Représentant spécial du Secrétaire général et chef de de la MINUSS, la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud,informe le Conseil de sécurité (Crédit: Photo ONU/Cia Pak)

« Alors que nous approchons de la saison des pluies, le Soudan du Sud demeure confronté à des défis sociaux, économiques et humanitaires », a affirmé David Shearer Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan du Sud. Le Gouvernement paraît avoir gagné en confiance avec ses récents gains militaires, y compris dans certains bastions de l 'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) dans l'opposition fidèle à Riek Machar, a-t-il poursuivi.

Il a indiqué que l'opposition demeurait profondément divisée et avait subi des revers militaires importants ces derniers mois. Alors que la tenue d'élections est évoquée, le Représentant spécial a affirmé que celles-ci devaient être inclusives, crédibles et transparentes et devaient consolider un processus de paix authentique.

Il s'est dit très préoccupé par la situation humanitaire, estimant à 7,6 millions le nombre de personnes ayant besoin d'une aide dans le pays. Le plan de réponse humanitaire de 1,64 milliards de dollars n'a été financé qu'à hauteur de 66 %, a-t-il noté.

David Shearer a précisé que le nombre de personnes déplacées avait atteint les quatre millions lors des premiers six mois de cette année. Le Représentant spécial a souligné l'effet négatif de l'éclatement de l'opposition sur l'acheminement de l'aide, un convoi humanitaire en route pour Yambio ayant désormais besoin de 13 permissions séparées de la part des groupes armés.

Dix-huit travailleurs humanitaires ont été tués au Soudan du Sud en 2017, a-t-il déploré. Il a exhorté le Gouvernement sud-soudanais à adopter une attitude plus positive vis-à-vis des partenaires humanitaires et à éliminer les obstacles bureaucratiques qui entravent leur travail.

Il a indiqué que la MINUSS allait s'installer à Yei et renforcer sa présence à Torit et Yambio pour permettre un retour des personnes déplacées. Une réduction de la présence de la Mission à Wau et possiblement à Bor est envisagée, a-t-il poursuivi.

David Shearer a mentionné les efforts de la MINUSS pour passer progressivement de l'accomplissement de tâches statiques vers une projection au sein des communautés qui ont le plus besoin de la Mission. « En fin de compte, tout dépendra de la manière dont le Gouvernement et les forces d'opposition se comporteront. »

Le Représentant spécial a évoqué la Force de protection régionale, en indiquant que le positionnement de celle-ci à l'aéroport de Djouba demeurait une question controversée. Le mandat de la Force, tel qu'établi par le Conseil, est sans ambiguïtés, a-t-il dit.

David Shearer a affirmé que les menaces sécuritaires dans la capitale n'émanaient plus de la présence de deux armées face à face comme il y a un an mais d'une potentielle insurrection civile en raison de la crise économique. Le renforcement de la MINUSS grâce à la Force de protection régionale devrait permettre à la Mission de se consacrer à la protection des civils dans certaines zones, a-t-il précisé.

Sur le plan politique, le Représentant spécial a déclaré que l'espace pour un compromis s'agissant de l'Accord de paix de 2015 était étroit. Les parties ont montré peu d'intérêt à s'engager dans de sérieuses négociations, malgré les différentes initiatives visant à trouver une solution politique, a déploré David Shearer.

Il a précisé que l'ONU continuerait d'appuyer le Dialogue national avec prudence, dépendant de la transparence de ce processus. « Je reconnais que ce processus peut paraître partisan à une opposition de plus en plus fracturée et désenchantée, mais ces derniers mois, il a fourni une plateforme utile pour des discussions ouvertes d'une importance capitale. »

Notant qu'il ne restait plus que quelques mois avant la fin de la période transitoire visée par l'Accord de paix, David Shearer a souligné que le processus de paix avait besoin d'un « élan extérieur ». Il est essentiel que la communauté internationale montre un front uni afin d'appuyer la mise en œuvre d'un processus de paix ouvrant la voie à la tenue d'élections crédibles dans les délais impartis, mais après seulement une période de transition marquée par une véritable stabilité, a-t-il lancé.

En conclusion, David Shearer a déclaré que le Soudan du Sud avait besoin d'efforts unifiés et de l'attention du Conseil et précisé que la région avait un rôle crucial à jouer pour l'obtention d'une solution pacifique.

« Nous, collectivement, devons délivrer un message clair et unifié aux parties sur la marche à suivre », a –t-il dit. David Shearer a affirmé que les consultations de ces derniers jours avaient été encourageantes. « Mais nous appuyons un processus qui doit urgemment gagner en substance. »

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

 

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
21/11/2017
Loading the player ...