Réunion à Genève sur la sorcellerie : des experts dénoncent les meurtres superstitieux d'albinos

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Un enfant atteint d'albinisme suit des cours à l'école à Niambly, en Côte d'Ivoire, mais dans de nombreux, ils sont agressées en raison de croyances erronées. Photo HCR/H. Caux

Des experts originaires des différentes régions du monde se penchent depuis hier sur la question de la sorcellerie et des droits de l'homme. Cet atelier, qui prend fin ce vendredi au Palais Wilson à Genève, est l'occasion pour ces experts de trouver des solutions à cet épineux problème à l'origine de tueries atroces, de mutilations et qui affecte chaque année des milliers de personnes.

Dans un entretien accordé à ONU-Infos, la Rapporteuse spéciale sur les défenseurs des droits humains à la Commission africaine des droits de l'homme a insisté sur la transversalité de cette thématique qui englobe, selon elle, la « question de la culture, de la discrimination, mais aussi la réponse que doivent adopter les Etats pour mieux protéger les personnes atteintes d'albinisme ». Mais Mme Reine Alapini-Gansou s'est surtout préoccupée du sort des albinos souvent accusés à tort de sorcellerie et victimes de persécutions, en raison notamment de croyances erronées selon lesquelles leurs organes seraient pourvus de vertus magiques et de pouvoirs guérisseurs.

«Dans de nombreux pays à travers le monde, les pratiques néfastes liées à la sorcellerie entraînent des violations graves des droits de l'homme, telles que diverses formes de torture et de meurtre, discrimination et exclusion, y compris le bannissement des communautés», a également déclaré L'Experte indépendante sur l'exercice des droits de l'homme par les personnes atteintes d'albinisme, Ikponwosa Ero. « Ces attaques et violations, qui ciblent souvent les personnes particulièrement vulnérables, notamment les personnes atteintes d'albinisme, sont singulières dans leur brutalité », a-t-elle souligné.

Il faut juste rappeler que lors de la 35e session du Conseil des droits de l'homme, l'Experte indépendante sur l'exercice des droits de l'homme par les personnes atteintes d'albinisme avait présenté en mars dernier un rapport sur l'exercice des droits de l'homme par les personnes atteintes d'albinisme. Mme Ikponwosa Ero entendait ainsi étudier les incidences de la sorcellerie sur les droits de l'homme des personnes atteintes d'albinisme en tant que pratique  traditionnelle préjudiciable et comme l'une des causes profondes des attaques rituelles. A cet égard, elle avait rappelé que les enfants atteints d'albinisme sont souvent la cible d'attaques particulières en raison de la croyance fondée sur la sorcellerie selon laquelle l'innocence d'une victime dont des parties du corps sont prélevées augmente la puissance de la potion pour laquelle les organes sont utilisés. D'après des cas signalés par la société civile, les enfants représentent une grande partie des victimes d'agressions rituelles.

Il a largement été signalé et expliqué que les personnes atteintes d'albinisme sont pourchassées et agressées en raison de mythes courants et de croyances erronées selon lesquels, notamment, des parties de leur corps confèrent santé, chance et succès politique si elles sont utilisées dans des rituels et des potions, ou comme amulettes.

Parmi les autres mythes dangereux qui alimentent la violence figurent ceux liés à l'apparence de ces personnes et la façon dont elles sont perçues, y compris l'opinion erronée et le mythe selon lesquels les personnes atteintes d'albinisme ne sont pas des êtres humains mais des fantômes, qu'elles sont des êtres inférieurs et qu'elles ne meurent pas mais disparaissent. La société civile signale une recrudescence de ces agressions, dites «rituelles», en période électorale.

Depuis 2007, des organisations de la société civile ont fait état de centaines d'agressions de personnes atteintes d'albinisme dans 25 pays. Lors d'une conférence de presse hier mercredi à Genève,  Mme Ikponwosa Ero a indiqué avoir documenté près de 800 cas d'attaques contre les albinos au cours de la dernière décennie en Afrique subsaharienne, où une telle violence liée à la sorcellerie est la plus fréquente. Mais selon elle, toutes ces agressions physiques semblent être liées, au moins en partie, à des croyances erronées et à des mythes liés à des pratiques de sorcellerie. Mais le nombre élevé de cas signalés par la société civile ne représente, à n'en pas douter, qu'une fraction des agressions commises contre des personnes atteintes d'albinisme. Le secret qui entoure souvent les attaques rituelles, la complicité parfois de membres de la famille peuvent constituer des obstacles à la dénonciation et à la visibilité de ces attaques.

Par ailleurs, L'appât du gain fait que des albinos peuvent être enlevés avec la complicité d'un membre de leur famille. L'Experte onusienne, qui reprend des données de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge datant de 2009, souligne qu'il existe un marché pour les organes de personnes atteintes d'albinisme. Ils seraient vendus au niveau local et à l'étranger. Le prix de ces organes irait de 2.000 dollars pour un membre à 75.000 dollars pour un «ensemble complet » ou un cadavre.

(Extrait sonore : Mme Reine Alapini-Gansou, Rapporteuse spéciale sur les défenseurs des droits de l'homme en Afrique à la Commission africaine des droits de l'homme et des peuples ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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