RDC : le Conseil des droits de l'homme de l'ONU se penche sur la crise aux Kassaï et sur l'impasse politique

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Des personnes revenues au village de Kasala, dans la province de Kasai, en RDC, attendent une distribution alimentaire par l'ONG COPROMOR et Christian Aid. Photo: Joseph Mankamba / OCHA-RDC

Le Conseil des droits de l'homme a poursuivi, ce mercredi matin à Genève, son débat sur la situation en République démocratique du Congo (RDC). A cet égard, la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l'homme, Mme Kate Gilmore, a rappelé qu'il y a une année, elle s'était adressée au Conseil immédiatement après l'action brutale et systématique de l'armée et de la police congolaises qui, une semaine auparavant, avait fait des dizaines de morts parmi les civils à Kinshasa et dans d'autres villes.  Elle a regretté qu'aujourd'hui, son exposé dépeigne un tableau tout aussi sombre dans lequel le système judiciaire n'a pas fait montre d'indépendance, l'impunité n'a pas été prise à bras le corps et la violence a été à nouveau perpétrée par les forces de sécurité à l'encontre de la population congolaise.

 

« La situation dans les Kassaï reste comme l'une des pires crises des droits humains dans le monde ». Devant le Conseil des droits de l'homme en fin de journée hier à Genève, Mme Kate Gilmore n'a pas mâché ses mots sur la situation aux Kassaï où certaines informations font état de 5.000 personnes tuées cette année. La Haut-Commissaire adjointe a ainsi dénoncé les activités des milices et des forces de sécurité congolaises dans cette région Kasaï qui ont conduit à une grave crise humanitaire dans une zone déjà gravement affectée par la pauvreté. Mme Gilmore revient notamment sur la centaine de villages détruits et le déplacement d'un 1,6 million de personnes dont 35.000 réfugiés en Angola.

Même son de cloche chez le chef de la Mission des Nations Unies en RDC qui s'est dit « profondément choqué par la brutalité du conflit en cours et la nature des violations commises ». Le Représentant spécial s'est dit également préoccupé par la situation sécuritaire dans certaines régions de l'ouest de la République démocratique du Congo, notamment dans le Kasaï, et « profondément choqué par la brutalité du conflit en cours et la nature des violations commises ». Il a condamné fermement les attaques de la milice Kamuina Nsapu, le recrutement d'enfants et le ciblage des écoles, des églises et autres sites protégés. M. Sidikou a aussi fait part de sa préoccupation devant les allégations d'usage disproportionné de la force et le ciblage délibéré des civils par l'armée congolaise. « Il n'y a pas de solution militaire à la crise dans le Kasaï et il faut mettre fin à la violence. Rien ne peut justifier la tragédie humaine qui se déroule sous nos yeux », a-t-il dit.

M. Sidikou, qui a souligné les efforts de l'ONU dans la lutte contre l'impunité, a reconnu les progrès accomplis par le Gouvernement de Kinshasa pour traduire les coupables en justice. Mais « des mesures fortes seront requises de la part du Gouvernement » à cet égard. Il a dit sa satisfaction que la Commission nationale des droits de l'homme ait été établie il y a plus de deux ans. Elle manque malheureusement des ressources nécessaires, a-t-il relevé. Le Représentant spécial du Secrétaire général et chef de la MONUSCO s'est enfin félicité de la mise sur pied, en juin dernier, du groupe d'experts chargé d'enquêter sur la violence dans les Kasaï. Il en appelé au déploiement de l'équipe complète dans les plus brefs délais.

Mais « le tableau brossé sur les droits de l'homme dans mon pays est tellement sombre que l'on donne l'impression qu'il n'y a plus d'espace pour respirer en République démocratique du Congo, a réagi la ministre congolaise des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa. Et pourtant, on y respire, on y exerce des activités économiques, des enfants vont à l'école, les ONG exercent leurs activités, et même près de 600 partis politiques et une soixantaine de chaînes de télévision fonctionnent en toute liberté. » Elle a ajouté que les autorités de Kinshasa seraient ravies d'accueillir, en octobre, l'équipe d'experts internationaux envoyée par le Conseil des droits de l'homme pour faire la lumière sur ce qu'il s'est passé dans les provinces du Kasaï.

Sur la situation politique et sécuritaire, la ministre précise que « l'accord du 31 décembre 2016 est en train d'être mis en œuvre ». Et rappelle que le président Kabila a confirmé à l'Assemblée générale de l'ONU que « les élections auront bel et bien lieu. Mais ça sera, ajoute-t-elle, sans interférences étrangères. »

En conclusion, la Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine, Mme Minata Samate Cessouma, a souligné la situation des droits de l'homme dans la République démocratique du Congo exige une synergie d'actions fortes de la part de la communauté internationale  pour inciter les acteurs congolais au respect strict de leurs engagements internationaux et régionaux en matière des droits de l'homme, ainsi que des dispositions constitutionnelles pertinentes aux fins d'éviter toute escalade préjudiciable à la bonne tenue des prochaines échéances électorales.

(Mise en perspective d'Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec des extraits sonores de la Haut-Commissaire adjointe aux droits de l'homme, Mme Kate Gilmore ; du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies en République démocratique du Congo et chef de la Mission de l'ONU pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), M. Maman Sidikou; de la Commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine, Mme. Minata Samate Cessouma; du Président de l'Association congolaise pour l'accès à la justice, M. Georges Kapiamba ; et de Marie-Ange Mushobekwa, Ministre des droits humains de la République démocratique du Congo)

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21/11/2017
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