RCA : le Président centrafricain plaide pour une levée partielle de l'embargo sur les armes et un renforcement des effectifs militaires de la MINUSCA

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M. Faustin-Archange Touadéra, Président de la République centrafricaine, lors de sa conférence de presse à Genève (Photo: ONU/J. M. Ferré).

Au Palais des Nations, le chef d'Etat de la RCA a affiché sa détermination à œuvrer pour la réconciliation nationale et sa ferme volonté de mettre fin à l'impunité. Lors d'un point de presse ce mercredi à Genève, le Président Faustin Archange Touadéra a ainsi décrit une situation dans son pays caractérisée par des violences, des crimes graves et des abus massifs des droits humains.  Et selon le Président centrafricain, ce regain de tension n'est pas étranger à la prolifération de groupes armés qui se battent pour le contrôle des ressources naturelles.

« La République centrafricaine est un pays où il y a beaucoup de ressources naturelles. Et les groupes armés font de la prédation, occupent les zones minières pour leur exploitation illicite, provoquant ainsi entre eux des conflits, des combats dont malheureusement les populations civiles se trouvent être les victimes et subissent les effets collatéraux de ces conflits entre les groupes armés ».

Malgré la mission d'entraînement et de formation offerte aux forces centrafricaines par l'Union européenne, Bangui regrette la faible puissance de riposte de ses forces face aux violences des groupes armés. Et au vu de l'immensité du territoire, le chef d'Etat centrafricain a plaidé pour une levée partielle de l'embargo sur les armes, non sans appeler la communauté internationale à revoir à la hausse, les effectifs militaires de la MINUSCA.

« Nous demandons la levée partielle de cet embargo. Nous travaillons pour que les forces centrafricaines qui sont formées puissent être équipées, nous permettant d'être à côté de la MINUSCA pour protéger la population. Et lors de la récente 72e Assemblée générale de l'ONU qui vient de se tenir à New York, nous avons demandé un renforcement de la MINUSCA parce que ce sont les forces de l'ONU qui sont présentement sur le terrain. Ce renforcement de sa capacité va permettre de protéger globalement nos populations puisque le pays est grand et qu'au jour d'aujourd'hui,  il y a des contingents qui sont partis et diminuent les forces de la MINUSCA sur le terrain ».

D'autant que sur le terrain, de nouvelles factions armées émergent, mettant en danger la vie des civils, surtout dans le Sud-Est de la RCA. Cette insécurité exacerbe la haine et beaucoup d'observateurs redoutent le réveil des vieux démons des violences intercommunautaires. Toutefois, le Président Touadéra a estimé que parler de génocide en Centrafrique n'est pas justifié.

« Génocide est peut-être pour nous un mot très fort. Il y a des violences. Les communautés qui s'affrontent à Bangassou sont pratiquement de la même famille. Selon ce que nous savons sur cette question, il n'y a pas une programmation. Et la situation globale en République centrafricaine varie selon les villes et les régions. Donc parler à cette étape d'un génocide en RCA, nous pensons que c'était trop avancé ».

M. Touadéra a expliqué que ces propos avaient été tenus par M. O'Brien après une visite dans son pays, où il avait visité la ville de Bangassou (sud-est), « où il y avait effectivement des violences, surtout intercommunautaires ». « Des gens de même ethnie se trouvent de part et d'autre dans les communautés qui se battent », a-t-il ajouté.

Dans tous les cas, Bangui reconnaît que « la situation sécuritaire et humanitaire demeure fragile » en Centrafrique. Et à Genève, le Président Touadéra a une nouvelle fois demandé à la communauté internationale de ne pas oublier la Centrafrique. Cet appui de la communauté internationale est d'ailleurs attendu pour rendre plus opérationnelle la Cour pénale spéciale. Créée légalement en 2015 et devant instruire et juger les multiples crimes contre l'humanité et les crimes de guerre commis en Centrafrique depuis 2003, le Président a déclaré que cette Cour serait très bientôt opérationnelle, d'ici la fin de l'année.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations Unies/Genève ; avec des extraits sonores de M. Faustin-Archange Touadéra, Président de la République centrafricaine)

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21/11/2017
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