OMS : 25 millions d'avortements non sécurisés pratiqués dans le monde chaque année

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Près de la moitié des avortements réalisés chaque année dans le monde (25,5 millions sur un total de 55,7) ne se déroulent pas dans des conditions de sécurité suffisantes, s'alarment l'Organisation mondiale de la santé (OMS) et l'Institut Guttmacher dans une étude publiée ce jeudi 28 septembre dans la revue « The Lancet ». La majorité des avortements non sécurisés, soit 97%, ont été pratiqués dans les pays en développement en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

 

Cette étude parue dans « The Lancet » montre que près 55% (30,6 millions) des avortements pratiqués entre 2010 et 2014 dans le monde sont considérés comme sûrs, c'est-à-dire réalisés par un personnel formé et selon une méthode recommandée par l'OMS (administration de médicaments, aspiration, etc). Environ 30,7% (17,1 millions) des avortements sont considérés comme «moins sûrs». C'est le cas s'ils sont réalisés par un personnel formé mais avec une méthode datée (comme par exemple le curetage), ou à l'inverse avec des moyens sûrs mais en l'absence de personnel compétent.

Au bas de l'échelle, on trouve les avortements «les moins sûrs» (14,4%, soit 8 millions), car réalisés par des gens qui ne sont pas formés et utilisent des méthodes dangereuses et/ou invasives (ingestion de substances caustiques ou utilisation de breuvages traditionnels).

Selon l'OMS, la proportion d'avortements «sûrs» est de 25% ou moins dans la plupart des régions d'Afrique et d'Amérique Latine. Cependant, en Amérique Latine, la plupart des avortements considérés comme pas suffisamment sûrs figurent dans la catégorie «moins sûrs», et non «les moins sûrs», contrairement à l'Afrique.

Dans les pays développés, 87,5% des avortements sont considérés comme «sûrs». L'exception notable est l'Europe de l'Est, où la proportion des avortements considérés comme pas suffisamment sûrs est plus élevée qu'en Europe de l'Ouest (14,2% contre 6,5%), «sans doute en raison de la persistance de pratiques médicales datées comme le curetage». Selon l'OMS, la plus haute proportion d'avortements sûrs est observée dans les pays où les lois sont les moins restrictives, qui ont un haut niveau de développement économique et des infrastructures de santé développées.

Dans ces conditions, l'Agence onusienne demande aux pays d'élaborer des politiques d'appui et prendre des engagements financiers pour fournir une éducation sexuelle complète; un large éventail de méthodes contraceptives, y compris la contraception d'urgence; des conseils de planification familiale adéquats; et l'accès à l'avortement sécurisé et légal. «Lorsque les femmes et les filles ne peuvent pas avoir accès à des services de contraception et d'avortement sécurisé, cela entraîne des conséquences graves pour leur propre santé et celle de leur famille. Cela ne devrait pas être le cas », a souligné l'auteur principal de l'étude et scientifique au Département Santé reproductive et recherche. « Malgré les récents progrès technologiques et en matière de bases factuelles, beaucoup trop d'avortements non sécurisés sont toujours pratiqués et un nombre trop important de femmes continue de souffrir et de mourir », conclut Dr Bela Ganatra.

(Extrait sonore : Dr Özge Tuncalp, Scientifique au Département de l'OMS sur la santé reproductive ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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21/11/2017
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