Myanmar : le chef de l’ONU appelle à mettre fin à la “tragédie” qui frappe les Rohingyas

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Vue générale du Conseil de sécurité (Crédit photo/ONU/Manuel Elias)

Au Myanmar, la situation dans l’État de Rakhine s’est transformée en une crise de réfugiés et en un cauchemar humanitaire et pour les droits de l’homme, a déclaré jeudi le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, au Conseil de sécurité.

Suite aux attaques menées le 25 août dernier par l’Armée du salut des Rohingya de l’Arakan (ARSA) contre les forces du Myanmar, la situation s’est nettement détériorée dans l’Etat de Rakhine. Au moins 500.000 civils ont cherché refuge au Bangladesh et 94 % des personnes déplacées sont des Rohingyas.

Soulignant la nécessité d’une « action rapide », le Secrétaire général a appelé les membres du Conseil à présenter un front uni et à appuyer les efforts urgents visant à mettre fin à ce qu’il a qualifié de « tragédie ».

Des violences et violations des droits de l’homme « inacceptables »

M. Guterres a de nouveau exhorté les autorités du Myanmar à mettre fin aux opérations militaires, à garantir un accès humanitaire sans entraves et à permettre un retour sûr, volontaire et digne des personnes déplacées.

Nous avons reçu des témoignages glaçants de personnes déplacées faisant état de violences excessives et de sérieuses violations des droits de l’homme, a déploré le chef de l’ONU. « Cela est inacceptable et doit cesser », a dit M. Guterres, demandant que les auteurs des violations des droits de l’homme soient appelés à rendre des comptes.

Depuis le 5 septembre, date à laquelle les opérations militaires auraient cessé selon les autorités, les déplacements ont continué, a affirmé le Secrétaire général, ajoutant que des villages musulmans auraient été brûlés. « Les autorités du Myanmar, elles-mêmes, ont indiqué qu’au moins 176 des 451 villages musulmans dans le nord de l’État de Rakhine ont été totalement abandonnés », a-t-il dit.

Le Secrétaire général a relevé « une tendance très préoccupante » à la violence et à des déplacements massifs forcés d’un groupe ethnique. Il a mis en garde contre une contagion au centre de l’État de Rakhine, où 250.000 musulmans pourraient faire face à des déplacements forcés. La violence à Rakhine, que cela soit du fait des militaires ou des éléments radicaux au sein de chaque communauté, doit cesser, a déclaré M. Guterres.

Le chef de l’ONU a rappelé aux autorités que tout usage de la force devait être proportionné aux menaces à l’ordre public et veiller à minimiser les pertes en vies humaines.

L’ONU intensifie son action humanitaire au Bangladesh

Préoccupé par les tensions entre l’ONU et les organisations non-gouvernementales, le Secrétaire général a jugé « profondément regrettable » que les autorités du Myanmar n’autorisent pas la reprise d’un accès humanitaire sans entrave dans l’Etat de Rakhine.

M. Guterres a indiqué que les Nations Unies intensifiaient leur action humanitaire au Bangladesh, avant de souligner la nécessité d’une coopération renforcée entre Dacca et Naypyidaw. Il a insisté sur l’importance d’un partenariat efficace avec les autorités du Myanmar pour aller de l’avant, en particulier avec les militaires.

Le chef de l’ONU a exhorté les membres du Conseil à garantir un retour volontaire et sûr des personnes déplacées. Pour M. Guterres, l’enregistrement des réfugiés au Bangladesh constitue la première étape d’un tel retour.

Une crise lourde de dangers pour la région

Pour le Secrétaire général, l’apatridie prolongée des Rohingyas et les discriminations qui l’accompagnent sont la cause profonde de la situation actuelle.

Les musulmans de l’État de Rakhine devraient recevoir la nationalité, a-t-il affirmé, ajoutant que cela n’était que partiellement le cas selon la loi en vigueur au Myanmar. M. Guterres a encouragé les autorités à se conformer à la pratique internationale et préconisé que ceux qui ne peuvent pas prétendre à la nationalité puissent bénéficier d’un statut juridique leur permettant de mener une vie normale.

La crise est lourde de dangers pour la région, en particulier le danger de tensions intercommunautaires, a prévenu le chef de l’ONU. « Nous ne devons pas nous étonner si des décennies de discriminations et d’une approche de type `deux poids deux mesures’ dans le traitement des Rohingyas constituent un terreau favorable à la radicalisation », a-t-il dit.

 

(Mise en perspective: Cristina Silveiro)

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23/11/2017
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