Venezuela : l'ONU dénonce une politique de la terreur visant à réprimer les « les voix critiques »

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De droite à gauche: le Chef des droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein aux côtés des membres de son équipe, Hernan Vales et Mme Mara Steccazzini (photo: ONU/ V. Martin).

La démocratie au Venezuela « doit être à peine vivante, si elle est encore en vie ». Lors d'une conférence de presse ce mercredi à Genève, le Haut-Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme a accusé Caracas de « réprimer des voix critiques ». Le président Nicolas Maduro « a été élu par le peuple », a reconnu Zeid Ra'ad Al Hussein, mais les récentes actions du gouvernement « donnent l'impression que ce qu'il reste de la vie démocratique au Venezuela est en train d'être écrasé ».

Cette réaction du Chef des droits de l'homme de l'ONU intervient le jour même de la publication ce mercredi à Genève d'un rapport des Nations unies dénonçant un usage excessif de la force de la part des autorités du Venezuela. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme (HCDH) note qu'avec « ces violations des droits de l'homme », les autorités vénézuéliennes « cherchent à mater les voix critiques ».

 

Les violations massives des droits de l'homme commises contre les manifestants au Venezuela démontrent « l'existence d'une volonté politique de réprimer des voix critiques et d'instiller la peur parmi la population et afin de mettre un terme aux protestations». Ce rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme rendu public ce mercredi souligne que «le recours généralisé et systématique à une force excessive pendant les manifestations, et la détention arbitraire de manifestants et d'opposants politiques présumés, indiquent qu'il ne s'agit pas d'actes isolés et illégaux de la part de quelques officiers».

Une politique de la terreur illustrée par les 124 décès liés au mouvement de contestation et sur lesquels le ministère public enquêtait en date du 31 juillet, 46 pouvaient être imputés aux forces de sécurité et 27 aux colectivos, des groupes armés pro-gouvernementaux. Pour les 51 morts restants, aucune responsabilité n'a pu encore être établie. Des groupes de manifestants anti-gouvernementaux organisés de manière informelle ont eux aussi versé dans la violence, utilisant des armes improvisées allant du lance-pierres aux cocktails Molotov et mortiers artisanaux. Au moins quatre personnes auraient été tuées par ces groupes ou individus hostiles au pouvoir en place et, selon le gouvernement, neuf membres des forces de sécurité avaient été tués au 31 juillet.

Par ailleurs, le document a relevé de « graves violations du droit à un procès équitable et de traitements dégradants assimilables dans certains cas à de la torture». Le document dénonce le recours aux « décharges électriques, à des pratiques de suspension par les poignets pendant de longues périodes, à l'asphyxie par le gaz, et à des menaces de mort, voire des menaces de violence sexuelle ». D'après les estimations d'une ONG locale, plus de 5.000 personnes ont été détenues depuis le 1er avril, et plus de 1.000 étaient encore détenues au 31 juillet, selon le rapport. Au moins 609 civils arrêtés dans le contexte des manifestations ont été déférés devant des tribunaux militaires. «La réaction des autorités vénézuéliennes aux récentes protestations s'est faite aux dépens des droits et des libertés des citoyens, a déclaré le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, M. Zeid Ra'ad Al Hussein. Ce dernier a ainsi dénoncé les attaques menées par les forces de sécurité contre les journalistes et les travailleurs des médias afin de les empêcher de couvrir les manifestations.

Tout en reconnaissant que le nombre de manifestations, d'arrestations et de décès a diminué depuis le 1er août, Le Haut-Commissaire Zeid s'est dit préoccupé par les récentes mesures prises par les autorités pour criminaliser les leaders de l'opposition politique.  Le Chef des droits de l'homme de l'ONU a ainsi averti que la persistance de la crise socio-économique et les tensions politiques croissantes risquent d'aggraver la situation du Venezuela.

En conclusion, « le rapport invite le Conseil des droits de l'homme de l'ONU à envisager de prendre des mesures afin d'empêcher que la situation des droits de l'homme au Venezuela, qui siège actuellement au Conseil, ne se détériore encore plus ».

(Interview : Mara Steccazzini, Experte au Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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