Venezuela : l'ONU dénonce un usage excessif de la force et des détentions arbitraires

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Ravina Shamdasani, porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme (HDCH). Photo ONU/Daniel Johnson

L'ONU a dénoncé mardi à Genève « un usage excessif de la force » au Venezuela et accusé les forces de sécurité d'être responsables de la mort d'au moins 46 manifestants antigouvernementaux. « Depuis le début des manifestations en avril, on constate une tendance évidente à l'usage excessif de la force à l'encontre des manifestants », a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein dans un communiqué. « Plusieurs milliers de personnes ont été placées en détention arbitraire, beaucoup auraient été victimes de mauvais traitements et même de torture », a-t-il ajouté.

 

Pour le moment, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'ONU note qu'il s'agit d'un document préliminaire et que le rapport complet devrait être publié à la fin de ce mois d'août. En attendant, cette enquête préliminaire a été produite sans un accès des équipes onusiennes sur le terrain.  Les autorités vénézuéliennes ayant refusé l'accès du pays aux enquêteurs de l'ONU, M. Zeid a ainsi chargé une équipe de spécialistes des droits de l'homme d'interviewer à distance quelque 135 victimes et leurs familles, ainsi que des témoins, des journalistes, des avocats, des médecins, et des membres du Bureau de la procureure générale.

Les conclusions de ces entrevues réalisées font état de schémas de violations des droits de l'homme, y compris des raids violents dans des maisons ainsi que des cas de torture et de mauvais traitements à l'égard des personnes détenues en lien avec les manifestations.

Des témoins ont évoqué l'utilisation de grenades lacrymogènes et de tirs de chevrotine par les forces de l'ordre sur les manifestants anti-gouvernementaux, et ce sans aucun avertissement. Les forces de l'ordre auraient aussi eu recours à une force meurtrière à l'encontre des manifestants.  Les témoignages suggèrent que les forces de l'ordre, principalement la garde nationale, la police nationale et les forces de police locales, ont systématiquement recouru à une force disproportionnée pour faire naître la peur, écraser la contestation et empêcher les manifestants de se rassembler et de rejoindre les institutions publiques afin d'y présenter des pétitions. « Il est rare que les autorités gouvernementales condamnent de tels incidents ».

Concernant le nombre de personnes détenues, aucun chiffre officiel n'a été publié. Mais « des estimations fiables suggèrent qu'entre le 1er avril, date à laquelle ont commencé les manifestations de masse, et le 31 juillet, plus de 5.051 personnes ont été placées en détention arbitraire ». Plus de 1.000 personnes seraient encore en détention. Dans plusieurs des cas examinés par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, plusieurs rapports crédibles font état de traitements cruels, inhumains ou dégradants à l'encontre de ces détenus par les forces de l'ordre, s'apparentant dans certains cas à des actes de torture.  Les tactiques utilisées incluaient des décharges électriques, des passages à tabac, y compris avec des casques et des bâtons alors que les détenus étaient menottés, des pratiques de suspension par les poignets pendant de longues périodes, l'asphyxie par le gaz, et des menaces de mort – dans certains cas, des menaces de violence sexuelle – à l'encontre des détenus ou de leurs familles.

«Depuis le début des manifestations en avril, on constate une tendance évidente à l'usage excessif de la force à l'encontre des manifestants », a déclaré le Haut-Commissaire Zeid. Plusieurs milliers de personnes ont été placées en détention arbitraire, beaucoup auraient été victimes de mauvais traitements et même de torture, tandis que plusieurs centaines ont été amenées devant des tribunaux militaires et non des juridictions civiles. «Et la tendance ne semble en rien s'essouffler », avertit le Chef des droits de l'homme de l'ONU.

Au sujet du bilan des morts, le rapport indique qu'au 31 juillet, le Bureau de la procureure générale enquêtait sur 124 décès dans le cadre des manifestations. D'après l'analyse de l'équipe des droits de l'homme des Nations Unies, les forces de l'ordre seraient responsables d'au moins 46 de ces décès tandis que 27 autres décès seraient imputés à des groupes armés pro-gouvernementaux, dénommés «colectivos» armés. Les coupables des autres décès n'ont pas été clairement identifiés. Le Bureau de la procureure générale enquêtait également sur au moins 1.958 cas de blessures signalés, bien que le nombre réel de blessés soit probablement bien plus élevé. Selon les renseignements recueillis par l'équipe, lors des manifestations, les colectivos armés circulent à moto, en brandissant des armes à feu et en harcelant la population, tirant parfois même sur les individus.

Par ailleurs, les services du Haut-Commissaire Zeid notent que certains groupes de manifestants ont également eu recours à la violence, avec des attaques signalées contre des agents de sécurité. Huit policiers ont été tués dans le contexte des manifestations.

Dans tous les cas, « ces violations se produisent alors même que s'effondre l'État de droit au Venezuela, dans un climat d'attaques constantes du gouvernement contre l'Assemblée nationale et la procureure générale ». « Les responsables gouvernementaux les plus haut placés sont responsables des violations des droits enregistrées par nos services », a dénoncé M. Zeid. Le Haut-Commissaire a exhorté les autorités de Caracas à « stopper sans délai tout recours excessif à la force contre les manifestants, à mettre un terme aux détentions arbitraires et à libérer toutes les personnes détenues arbitrairement ». En conclusion, le Haut-Commissaire Zeid Ra'ad al Hussein demande à toutes les parties de rechercher une solution à l'exacerbation rapide des tensions dans le pays, de renoncer à la violence et de prendre les mesures nécessaires à un véritable dialogue politique.

(Interview : Ravina Shamdashani, porte-parole du HCDH; propos recueillis par Alpha Diallo)

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17/10/2017
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