Ukraine : après quatre ans de conflit, les déplacés sont toujours dans l'incertitude (HCR)

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Des enfants dans une école du village de Staromykhailovka, situé sur la ligne de front entre les villes de Donetsk et Mariyanovka, en Ukraine. Photo: UNICEF Ukraine / Aleksey Filippov

Quatre ans après le début du conflit en Ukraine, près de 1,6 million de déplacés internes ukrainiens luttent toujours pour leur sécurité, trouver un logement décent et gagner leur vie, a rappelé vendredi le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).

« La sécurité reste un souci majeur pour près de 800.000 personnes vivant à proximité de la ligne de contact dans les régions de Donetsk et de Luhansk, à l’est du pays », a déclaré un porte-parole du HCR, Andrej Mahecic, lors d’un point de presse à Genève.

Dans les zones proches de la ligne de contact, les tirs d’artillerie continuent d’endommager les infrastructures civiles, provoquant de nouveaux besoins humanitaires et des risques de déplacements de populations.

Selon les témoignages de résidents des communautés proches du front recueillis par le HCR, des maisons civiles sont réquisitionnées à des fins militaires. Le stationnement d’armes et de combattants dans des zones résidentielles met la population civile en danger lors des combats.

« Le HCR réitère son appel à toutes les parties au conflit à veiller à protéger les civils et les installations civiles des conséquences des combats et des tirs d’artillerie et à ne plus utiliser les logements civils à des fins militaires » a dit M. Mahecic.

Dans l’est de l’Ukraine, la destruction des logements civils est bien plus importante que prévu. « Dans certaines communautés proches de la ligne de front, 40 à 60 maisons sont endommagées chaque semaine », a déploré M. Mahecic, soulignant que plus de 10.000 maisons endommagées doivent être remises en état.

En 2017, le HCR et ses partenaires ont contribué à la réparation de plus de 1.000 logements civils, « ce qui ne représente qu’une fraction des besoins vu que les tirs d’artillerie persistants et le manque de sécurité empêchent d’accéder à nombre des nouveaux quartiers démolis », a dit son porte-parole.

Traversée de la ligne de partage : de longues files d’attente et d’importants retards

Le HCR craint pour la liberté de mouvement des civils, surtout durant la traversée de la ligne de conflit.

En juin dernier, le service national ukrainien des gardes-frontières (SBGS) a enregistré plus de 1,1 million de personnes qui ont traversé la ligne de partage dans l’est de l’Ukraine.

« Il y a fréquemment de longues files d’attente et d’importants retards aux points de contrôle », a indiqué M. Mahecic. « Les personnes qui attendent de pouvoir traverser n’ont qu’un accès limité aux services essentiels tels que des points d’eau potable, des latrines, des abris contre les intempéries et des soins médicaux ».

Le HCR souligne que cette situation génère des souffrances accrues pour les personnes à mobilité réduite ou ayant des besoins spécifiques, notamment les personnes âgées et les mères qui voyagent avec de jeunes enfants.

Cette année, l’agence onusienne a apporté une assistance technique pour améliorer les conditions dans l’ensemble des points de passage et réduire ainsi les délais d’attente.

Les personnes âgées et handicapées particulièrement affectées par les déplacements

Les déplacements en Ukraine touchent surtout les groupes vulnérables. Depuis le début de l’année 2016, près de 586.000 retraités et personnes âgées résidant dans la zone de conflit ne touchent plus leur pension de retraite suite aux procédures de vérification mises en place par le gouvernement ukrainien.

« Cette décision a été lourde de conséquences pour les groupes les plus vulnérables, car nombre d’entre eux n’ont pas d’autre source de revenu que leurs retraite et allocations sociales », a alerté M. Mahecic. « Les personnes qui vivent dans des zones échappant au contrôle gouvernemental doivent se faire enregistrer en tant que déplacés internes auprès des autorités ukrainiennes pour pouvoir toucher les pensions de retraite et les allocations sociales auxquelles elles ont légitimement droit ».

Les personnes handicapées comptent également parmi les groupes de déplacés les plus vulnérables. Plus de 50.000 d’entre elles ont été forcées de fuir leur foyer. Outre le manque d’accès aux services élémentaires, ces personnes sont souvent confrontées à des difficultés supplémentaires et à des discriminations fondées sur leur handicap, leur origine ethnique ou leurs croyances religieuses.

Accès réduit aux services publics

Le HCR et ses partenaires plaident pour que les personnes déplacées aient pleinement accès aux services et aux allocations publics quel que soit leur lieu de résidence.

« Au moins 40 communautés proches de la ligne de partage n’ont qu’un accès réduit aux services médicaux », a déclaré M. Mahecic, précisant qu’environ 150 centres de santé ont été endommagés depuis le début du conflit et que le personnel médical a quitté la zone.

Les enfants vivant dans les zones touchées ont difficilement accès à l’éducation étant donné l’absence de sécurité et le délabrement des bâtiments scolaires. Au moins 700 écoles ont été endommagées depuis le début du conflit, dont 55 ont été directement touchées depuis le début de l’année. « En 2017, 89 écoles ont pu être réparées avec l’assistance du HCR », a indiqué le porte-parole.

(Extrait sonore : Andrej Mahecic, porte-parole du HCR à Genève)

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14/12/2017
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