Soudan du Sud : le Conseil de sécurité est invité à appuyer sans réserve et dans l'unité les initiatives régionales de paix

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El Ghassim Wane, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix s’adresse au Conseil de sécurité. (Crédit photo : ONU/Manuel Elias)

Le Conseil de sécurité a examiné ce matin la situation au Soudan du Sud, toujours en proie au conflit deux ans après l'Accord de paix, alors que se déploie progressivement la Force de protection régionale (FPR) autorisée par la résolution 2304 (2016) et que l'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a appelé à mettre en place un Forum de revitalisation de l'Accord de paix.

Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, El Ghassim Wane, l'Envoyé spécial pour le Soudan et le Soudan du Sud, Nicholas Haysom et le Président de la Commission mixte de suivi et d'évaluation (JMEC), Festus Mogae, ont surtout insisté sur la nécessité de relancer le processus de paix et demandé au Conseil de sécurité de se montrer uni pour appuyer sans réserve les efforts de paix dans la région.

Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix a expliqué que le déploiement de la Force de protection régionale (FPR) n'avait pas connu de développement significatif depuis un mois, tout en précisant que la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) continuait de discuter avec le Gouvernement sud-soudanais afin d'accélérer le processus.

Sur le plan politique, les intervenants ont surtout constaté l'absence de mise en œuvre de l'Accord de paix signé le 26 août 2015 entre le Président sud-soudanais, Salva Kiir et son ancien premier Vice-Président et principal opposant, Riek Machar. Le Président de la Commission mixte de suivi et d'évaluation (JMEC), qui s'exprimait aujourd'hui par visio-conférence depuis la base de la MINUSS à Djouba, a rappelé que cet Accord aurait dû ouvrir la voie à des progrès considérables dans la paix et la gouvernance, avant de déplorer qu'il ait fallu « depuis le premier jour », tenter de persuader chaque partie de contribuer à sa mise en œuvre, aucune d'entre elles ne se montrant prête à faire des compromis. Le résultat, a-t-il déploré, est la très faible mise en œuvre d'un Accord qui doit être revitalisé.

Le problème, a expliqué Nicholas Haysom, l'Envoyé spécial pour le Soudan et le Soudan, qui était, lui, à Addis-Abeba, vient de ce que les gains engrangés sur le champ de bataille continuent de guider la stratégie tant du Gouvernement que de ses opposants. « A côté de ses efforts de pacification militaire, le Gouvernement fait croire à des efforts de réconciliation, y compris la libération limitée de prisonniers politiques », a-t-il ajouté, estimant en outre que l'insécurité actuelle, l'absence d'institutions solides et la fragmentation ethnique grandissante contrecarrent l'organisation d'élections crédibles d'ici un an et sont de nature à aggraver encore le conflit.

De fait, l'insécurité continue de régner dans plusieurs régions, d'autant qu'il n'existe toujours pas de cessez-le-feu. Comme l'a expliqué le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, les combats se poursuivent notamment dans l'État du Haut-Nil, alors que les Forces gouvernementales essayent toujours de s'emparer de Pagak, la place-forte des opposants de l'Armée populaire de libération du Soudan dans l’opposition (SPLA/IO).

Ces combats ont une incidence directe sur les civils ainsi que sur les opérations humanitaires destinées à soulager leurs souffrances. En juillet, la communauté humanitaire a ainsi recensé 136 incidents, soit le chiffre mensuel le plus élevé depuis décembre 2013, dont 49 impliquaient des violences contre le personnel ou les biens des acteurs humanitaires. Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix a notamment mentionné six incidents majeurs de pillage qui ont entrainé la perte de plus de 670 tonnes de nourriture destinées aux populations civiles les plus vulnérables. Comme l'a rappelé le représentant du Japon, un Sud-Soudanais sur trois est réfugié ou déplacé.

Les initiatives en faveur de la paix sont pourtant nombreuses. L'Envoyé spécial pour le Soudan et le Soudan du Sud a longuement décrit les différents efforts régionaux dont l'initiative de l'Ouganda, axée sur la réunification de certaines factions du parti SPLM, qui n'a pas abouti à ce stade, du fait de l'absence de la faction « dans l'opposition » de M. Riek Machar. L'Envoyé spécial a aussi indiqué que le Haut-Représentant de l'Union africaine (UA) et ancien Président du Mali, M. Alpha Oumar Konaré, attendait l'adoption de la stratégie globale de l'UA pour le Soudan du Sud, tout en défendant la primauté de solutions internes et une présence robuste de la Force régionale de protection.

Mais c'est surtout des initiatives de l'IGAD dont il a été question. L'Envoyé spécial a fait état de l'élan suscité par la décision prise le 12 juin dernier par les Chefs d'État de l'organisation régionale de convoquer un Forum de revitalisation de haut-niveau pour l'accord de paix de 2015. Il s'agit de rassembler le Gouvernement et les groupes d'opposition sud-soudanais dans un dialogue sur la manière de mettre en œuvre l'Accord de 2015. L'Envoyé spécial a dit voir dans cette initiative dispose « un réel potentiel. »

Il s'est toutefois dit préoccupé de la prudence avec laquelle l'IGAD engage les acteurs de l'opposition, ce qui pourrait finir par alimenter les doutes sur l'impartialité de l'organisation régionale. Il a également déploré que le Président Salva Kiir, faisant fi de ses engagements vis-à-vis de l'IGAD, continue de donner la priorité au Dialogue national et à la réunification des branches du parti SPLM, le processus de revitalisation étant cantonné à un « rôle supplétif ». C'est également l'observation que le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix a faite après la visite du Chef de son Département, M. Jean-Pierre Lacroix, qui était à Djouba du 1er au 3 août.

Pour l'Envoyé spécial, il est crucial de voir les initiatives de l'IGAD et de l'Union africaine comme complémentaires. « Avec la logique sous-jacente du Dialogue national, le processus de réunification des SPLM, le Forum de revitalisation de l'IGAD et le Plan d'action de l'Union africaine, on pourrait avoir l'impression que ces initiatives sont de nature à s'affaiblir l'une l'autre », a-t-il reconnu. Pour l'éviter et en promouvoir au contraire la complémentarité, l'Envoyé spécial a souligné l'importance d'un engagement clair en faveur d'un processus de paix inclusif et crédible.

Le Président de la Commission mixte de suivi et d'évaluation (JMEC) a pour sa part expliqué que sa tâche consistera à aider l'IGAD à organiser le Forum. Toutefois, a-t-il fait observer, on ne sait pas sur quoi les choses déboucheront même si des objectifs ont été fixés. À ces yeux, le Forum permet d'étudier les moyens de relancer le processus de paix « en tenant compte des réalités actuelles ».

Les trois intervenants principaux l'ont tous rappelé : pour que le processus de paix réussisse, il faut que les différents acteurs fassent preuve de volonté politique. M. Wane a ainsi estimé que les mêmes hommes qui « assument une responsabilité directe » dans le conflit et les malheurs de la population « peuvent sortir le pays du gouffre, mais il faut pour cela une véritable volonté politique de mettre fin aux opérations militaires de négocier pacifiquement et faire les compromis nécessaires pour parvenir à une paix durable. »

C'est pourquoi le Sous-Secrétaire général a appelé le Conseil de sécurité à se prononcer « fermement, à l'unanimité et sans réserve » en faveur des efforts de paix dans la région, y compris ceux de l'IGAD et du Forum de revitalisation, tout en jugeant « plus que nécessaire » d'assurer une étroite coordination entre l'IGAD, l'Union africaine, les Nations Unies et la communauté internationale dans son ensemble pour mettre fin aux souffrances de la population civile et aider le pays à retrouver une trajectoire plus positive.

(Extrait sonore : El Ghassim Wane, Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix)

 

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19/10/2017
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