RDC : plus de 250 personnes dont des enfants victimes d'exécutions dans le Kasaï

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Depuis avril 2017, des milliers de personnes de la RDC ont traversé la frontière et sont arrivées dans la province angolaise de Lunda Norte, fuyant les violences du Kasaï. Ici, un groupe d’enfants jouent dans un «Espace amical des enfants» fourni par l’UNICEF dans le centre d’accueil de Mussungue à Dundo, dans le nord de l’Angola. (Photo : UNICEF/UN068197/Wieland)

Plus de 250 personnes ont été victimes d'exécutions sauvages entre mars et juin au Kasaï, dans le centre de la République démocratique du Congo (RDC). Parmi ces victimes figurent 62 enfants, dont 30 avaient moins de 8 ans, indique un communiqué du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme publié ce vendredi à Genève. Selon cette équipe d'enquêteurs onusiens, les exécutions ont été soit « extra-judiciaires » et commises par des agents de l'Etat, soit commises par des milices de tous bords ou des rebelles.

La violence qui sévit dans les provinces du Kasaï, en République démocratique du Congo (RDC), a pris une dimension ethnique inquiétante. Selon le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, les informations recueillies durant le mois de juin par une équipe d'enquêteurs des Nations Unies suggèrent que par leur nature et leur échelle, certaines des violations des droits de l'homme et abus commis pourraient constituer des crimes contre l'humanité.

Les exécutions ont été commises entre le 12 mars et le 19 juin, précise le Haut-Commissariat, qui ajoute que sa Mission en RDC a recensé «au moins 80 charniers dans la région». Le rapport se fonde sur des entretiens menés par les enquêteurs avec 96 personnes, qui ont fui vers l'Angola voisin, pour échapper aux violences en cours au Kasaï. Les personnes interrogées ont indiqué que les forces de l'ordre locales et d'autres agents de l'État ont activement fomenté, alimenté et parfois même dirigé les attaques sur la base de l'appartenance ethnique.

L'équipe a vu des personnes gravement blessées ou mutilées, dont un garçon de sept ans amputé de plusieurs doigts coupés et totalement défiguré. Une femme dont le bras avait été coupé a raconté comment elle a réussi à s'échapper, en se cachant plusieurs jours dans la forêt avant d'atteindre la frontière angolaise et d'être évacuée par les airs et transportée à l'hôpital. Certains réfugiés ont supplié l'équipe des Nations Unies d'écouter leurs témoignages, et deux des personnes interrogées sont décédées peu après de leurs blessures.

Selon le rapport, «les Bana Mura aurait initié une campagne visant à éliminer l'ensemble de la population Luba et Lulua dans les villages pris d'assaut.» Dans bon nombre des incidents signalés à l'équipe, des soldats des FARDC étaient à la tête des groupes de la milice Bana Mura lorsque les villages ont été assaillis. Arborant des bandanas blancs fabriqués à partir de moustiquaires et des bracelets en feuilles, les miliciens Bana Mura s'en seraient pris aux habitants Luba et Lulua, décapitant, mutilant et abattant leurs victimes, certaines ayant même été brûlées vives dans leurs maisons.

«Les survivants ont évoqué les cris de personnes brûlées vives, la vision de leurs proches traqués puis abattus, et leur propre fuite, terrorisés», a d'ailleurs déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme Zeid Ra'ad al Hussein. «Ces bains de sang sont d'autant plus terrifiants qu'il semblerait que les populations sont toujours plus souvent ciblées en raison de leur appartenance ethnique», a-t-il ajouté. Face à l'ampleur des abus, le Haut-Commissaire adresse un «avertissement très sérieux» au gouvernement de la RDC, «afin d'agir sans délai pour empêcher que cette violence ne bascule dans un processus de purification ethnique à plus grande échelle». Le Chef des droits de l'homme de l'ONU appelle ainsi Kinshasa « à prendre toutes les mesures nécessaires pour s'acquitter de son obligation première de protection des personnes de toutes origines ethniques dans le Grand Kasaï.»

L'équipe a aussi recueilli des témoignages de viols et d'autres formes de violence sexuelle.

Tous les faits documentés par l'équipe de l'ONU impliquent des garçons et filles, âgés de 7 à 13 ans, engagés comme combattants par les Kamwina Nsapu. Des témoins ont également rapporté que des groupes de filles, les «Lamama», accompagnaient la milice, agitant leurs jupes de paille et buvant le sang des victimes dans le cadre d'un rituel magique censé rendre le groupe invincible.

Face à cette situation, les services du Haut-Commissaire soulignent la nécessité pour l'équipe d'experts internationaux sur la situation dans la région du Kasaï, établie en juin dernier par le Conseil des droits de l'homme, de se voir accorder un accès sûr et sans restriction aux informations, aux sites et aux personnes nécessaires dans le cadre de leur mission.

(Interview : Scott Campbell, Chef de la Section Afrique Centrale au Haut-Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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