Utilisation d'armes chimiques en Syrie : le Mécanisme d'enquête demande « qu'on lui laisse faire son travail »

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Edmond Mulet (à gauche), chef du Mécanisme d'enquête conjoint de l'ONU et de l'OIAC sur l'utilisation d'armes chimiques en Syrie. Photo: ONU / Mark Garten

Soulignant que ses membres travaillent dans un environnement hautement politisé, le groupe de trois experts chargé d’enquêter sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie a appelé jeudi la communauté internationale à lui permettre d’accomplir son travail de manière indépendante, impartiale et professionnelle.

« Nous recevons, malheureusement, des messages directs et indirects, tout le temps, de plusieurs côtés, nous expliquant comment faire notre travail. Mon message à nouveau, au Conseil (de sécurité) aujourd’hui a été ‘s’il vous plaît laissez-nous faire notre travail’ », a déclaré Edmond Mulet, le chef du Mécanisme d’enquête conjoint de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et de l’ONU.

« Nous avons une équipe hautement professionnelle », a rappelé M. Mulet lors d’un point de presse au siège de l’ONU à New York, en présence de deux autres membres du groupe, Judy Cheng-Hopkins et Stefan Mogl. « Nous présenterons nos résultats en fonction des faits et de la science ».

Le Mécanisme enquête actuellement sur l’attaque survenue le 4 avril 2017 sur la ville syrienne de Khan Shaykhun. Les images de cet incident ont montré des enfants qui luttaient pour respirer en raison de l’utilisation possible du gaz sarin. Sont également examinés les incidents survenus le 16 septembre 2016 à Umm Hawsh, où de la moutarde au soufre a peut-être été utilisée.

S’adressant aux journalistes à la suite d’une séance d’information à huis clos au Conseil de sécurité sur le sixième rapport d’étape du Mécanisme, le groupe a déclaré que le point de départ de leur enquête est la détermination par une mission d’enquête antérieure selon laquelle un incident spécifique en Syrie impliquait ou était susceptible d’impliquer l’utilisation de produits chimiques comme armes.

Le Mécanisme recueille actuellement toutes les informations pertinentes concernant les deux incidents signalés et souligne l’importance d’obtenir un retour du gouvernement syrien concernant les journaux de bord des vols, les notes sur les mouvements et les listes de personnes interrogées.

« Nous travaillons avec le gouvernement syrien à ce sujet, et nous espérons que nous aurons les outils nécessaires pour faire notre travail », a déclaré M. Mulet, encourageant tout autre gouvernement, organisation ou entité à partager des informations sur ces incidents avec le Mécanisme.

M. Mulet a ajouté que les trois membres du Mécanisme « condamnent absolument » l’utilisation d’armes chimiques et s’efforcent d’identifier les auteurs présumés. Les résultats devraient être présentés au Conseil de sécurité à la mi-octobre, a déclaré le chef du mécanisme.

Astana : des progrès enregistrés en vue des pourparlers de Genève

Le même jour à Astana, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Staffan de Mistura, a souligné que « quelques progrès » ont été enregistrés dans la dernière série de négociations organisées dans la capitale kazakhe. Ces derniers devraient contribuer, selon lui, à appuyer les prochains pourparlers inter-syriens qui doivent reprendre à Genève lundi.

« Nous avons déjà tenté à trois reprises (d’établir) un cessez-le-feu en Syrie ces trois dernières années. Nous voulons vraiment donner une chance à ce qui est en train de se faire ici et nous croyons que les efforts ont généré des progrès », a dit M. de Mistura lors d’une conférence de presse.

Les discussions à Astana incluent les questions de mesures de rétablissement de confiance, du déminage humanitaire, des détenus, des enlèvements et des personnes qui ont disparu pendant le conflit.

Il y a eu des discussions et des réunions techniques, a déclaré M. de Mistura, qui ont permis d’apporter « une certaine clarté » et « une certaine forme d’unité » au sein de l’opposition.

Le diplomate onusien a noté que la réunion du G20 qui débute vendredi à Hambourg, en Allemagne, serait « une bonne occasion » pour les dirigeants mondiaux d’aborder la question du conflit syrien.

Les travaux de M. de Mistura sont guidés par la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité, qui a approuvé une feuille de route pour un processus de paix en Syrie, incluant les questions de gouvernance, de constitution et d’élections.

(Extrait sonore : Mise en perspective par Jérôme Longué)

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20/10/2017
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