UNICEF : les enfants migrants venus d'Afrique n'avaient pas pour intention initiale d'aller en Europe

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Un groupe de garçons gambiens lors d’une promenade à Pozzallo, en Sicile, où ils resident dans un centre d’accueil du gouvernement pour les mineurs non accompagnés. Photo : UNICEF/UN020035/Gilbertson

Les enfants qui se rendent en Europe en provenance d’Afrique prennent eux-mêmes la décision de quitter leur pays et n’ont pas l’intention initialement d’aller en Europe, selon une étude commandée par le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Pour la majorité de ces enfants, les traumatismes et les abus systématiques qu’ils ont observés ou vécus en Libye les ont amenés à fuir en Europe et à prendre la terrifiante route maritime de la Méditerranée centrale, selon cette étude réalisée par REACH.

Environ 75% des enfants réfugiés et migrants interrogés en Italie dans le cadre de l’étude ont pris la décision d’entreprendre seuls ce voyage. Le voyage lui-même peut prendre deux ans ou plus pour ces enfants.

L’une des principales raisons données par ces enfants pour expliquer leur départ est la violence à la maison, mais aussi les privations et les conflits. Le mariage des enfants est également signalé comme la principale raison de partir par une jeune fille sur cinq parmi celles interrogées.

Selon l’étude, les déplacements de ces enfants en Europe ont été souvent fragmentés et leur destination a changé en cours de route.

« Ce qui frappe à propos de cette étude, c’est que l’on montre pour la première fois qu’il y a beaucoup plus de raisons qui poussent les enfants à quitter leurs domiciles que ce qu’on pensait auparavant, et moins de facteurs d’attraction qui les poussent vers l’Europe », a déclaré le Directeur régional de l’UNICEF pour l’Europe et l’Asie centrale, Afshan Khan.

L’objectif de l’étude est de fournir aux décideurs, aux partenaires et aux gouvernements des preuves sur ce qui oblige les enfants à fuir leurs pays et leurs domiciles. Les entretiens ont été menés dans les deux principaux points d’entrée en Europe, l’Italie et la Grèce, soit un total de 850 enfants, âgés de 15 à 17 ans.

Les enfants réfugiés et migrants en Italie ont déclaré à l’unanimité que le temps qu’ils ont passé en Libye a été la partie la plus traumatisante de leur voyage terrestre. Près de la moitié d’entre eux (47%) ont été enlevés contre rançon en Libye et un enfant sur quatre (23%) a été arbitrairement arrêté et détenu en prison sans inculpation. La majorité provient de divers pays d’Afrique subsaharienne, mais certains viennent de pays lointains comme le Bangladesh.

« Pour ceux qui cherchaient à venir sur le continent, l’attrait de l’Europe était la possibilité de poursuivre leurs études, de voir leurs droits respectés et de progresser dans la vie. Cependant, une fois qu’ils atteignent l’Europe, la réalité est tristement très différente et leurs attentes sont brisées », a déclaré Afshan Khan, de l’UNICEF.

En Grèce, l’étude révèle qu’un parent sur trois a déclaré que les études étaient la raison principale pour laquelle ils ont quitté leur pays pour l’Europe. Cependant, l’enquête auprès des enfants réfugiés et migrants montre que de longues procédures et une confusion au sujet de leurs droits ont conduit de nombreux enfants à quitter les systèmes d’accueil italiens et grecs, abandonnant ainsi les études et s’exposant à de grands risques d’abus et d’exploitation.

Sur les 12.239 enfants arrivés en Italie au cours des six premiers mois de cette année, 93% ont voyagé seul.

(Interview: Sarah Crowe, porte-parole de l’UNICEF à Genève; propos recueillis par Laetitia Kouassi)

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13/12/2017
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