RDC : il faut redoubler d’efforts pour la mise en œuvre de l’Accord politique du 31 décembre 2016

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Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Pierre Lacroix, devant le Conseil de sécurité le 11 juillet 2017. Photo : ONU/Manuel Elias

On trouvera ci-dessous le texte de l'intervention faite le 11 juillet 2017 par Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de paix, concernant la situation en République démocratique du Congo.

Monsieur le Président,

Distingués membres du Conseil,

Je vous remercie de l'opportunité de faire avec vous le point sur la situation en République démocratique du Congo (RDC).

Mon propos s'articulera autour de trois points.

En premier, il portera sur la situation politique et précisément sur la mise en œuvre de l'Accord du 31 décembre 2016 censée régir la transition en cours et baliser le chemin vers les élections. Ainsi que le souligne le rapport du Secrétaire général sur la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la Stabilisation de la République démocratique du Congo (MONUSCO) daté du 30 juin, la mise en œuvre de cet Accord demeure largement insuffisante.

Deuxièmement, j'évoquerai la situation sécuritaire marquée dans certaines régions de l'Est et de l'Ouest par la multiplication des affrontements entre groupes armés et forces de sécurité nationales. Cette situation est en partie responsable de la hausse des préoccupantes des violations des droits de l'homme. Cette situation sécuritaire est également la cause de la détérioration de la situation humanitaire. Entre mai et juin le nombre de personnes déplacées en RDC a augmenté de 26 pour cent pour atteindre 1,3 millions de personnes.

Dans ce contexte, et ceci constituera mon troisième point, la MONUSCO travaille à répondre aux défis auxquels la RDC fait face tout en poursuivant ses efforts d'ajustements. J'ai pu le constater lors de ma visite dans le pays il y a quelques semaines.

Monsieur le Président,

Il y a six mois, alors que le second mandat du Président Kabila arrivait à son terme, la signature de l'accord du 31 décembre 2016 par tous les acteurs politique a permis d'éviter une crise grave. Cet accord a marqué le dénouement de longs mois de tensions et de négociations. Il a également tracé les contours de la transition en cours en vue de la tenue des élections à la fin de l'année 2017.

A moins de six mois de l'échéance des élections, cependant, toutes les institutions de la transition ne sont toujours pas en place. De même, le consensus qui a marqué les avancées d'il y a quelques mois s'est progressivement effrité.

Le Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, une plateforme réunissant des partis de l'opposition, s'est désolidarisé des développements récents. Le 27 avril, il ne comptait pas parmi les signataires de l'arrangement particulier relatif à la mise en œuvre de l'accord. Le 16 mai, ses membres étaient absents du gouvernement de transition investi par le Parlement. Il est à craindre que la mise en place annoncée du Conseil national du suivi de l'Accord (CNSA) souffre elle aussi de cet effritement du consensus politique. Ce cas de figure pourrait nous éloigner davantage de l'esprit de collaboration et de l'approche consensuelle dont le paysage politique en RDC a besoin.

C'est pourquoi, le Représentant Spécial du Secrétaire général, Monsieur Maman Sidikou, et l'Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands lacs, Monsieur Saïd Djinnit, poursuivent inlassablement leurs bons offices afin de convaincre tous les acteurs politiques de la nécessité de la mise en œuvre complète et rapide de l'accord.

Et c'est en vue de soutenir ces efforts que je me suis rendu en République démocratique du Congo à la mi-juin. Lors de mes entretiens j'ai insisté sur l'impérieuse nécessité de mettre en œuvre les engagements pris il y a six mois. J'ai eu l'occasion de réitérer cet appel au Président Kabila.

Je tiens toutefois à noter qu'en dépit du sentiment d'impasse qui prévaut, l'avancement de l'enregistrement des électeurs dans 24 des 26 provinces de la République démocratique du Congo représente un motif d'encouragement. Sous la conduite de la Commission nationale électorale indépendante (CENI) et avec le soutien actif de la MONUSCO, à la date du 10 juillet, au moins 33 millions d'électeurs ont été enregistrés, sur un total estimé à près de 41 millions d'électeurs.

Cependant, les défis sécuritaires dans les provinces du Kasaï et du Kasaï central rendent l'enregistrement problématique. Il convient également de s'inquiéter du retard de la CENI à publier le calendrier des élections, de même que de l'incertitude qui continue de planer sur le financement de ces scrutins, en dépit des efforts du gouvernement en vue de décaisser le budget convenu au cours des derniers mois. Enfin, les récentes déclarations du Président de la CENI relatives à l'impossibilité de tenir les élections d'ici la fin de l'année constituent un motif supplémentaire de préoccupation.

Au moment où la RDC est à mi-parcours de sa transition, il est plus que jamais nécessaires que les acteurs politiques nationaux et les partenaires internationaux, y compris les membres de ce Conseil, se remobilisent pour remettre l'accord politique du 31 décembre 2016 sur les rails.

 

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23/11/2017
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