Iraq : la reprise de Mossoul ne signifie pas la fin de la crise humanitaire, selon l'ONU

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Une femme et deux enfants attendent à un point de contrôle à Qayyarah, au sud de Mossoul, en Iraq. Photo : UNICEF / UN040092 / Romenzi (archive).

Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a qualifié lundi la reprise de la ville de Mossoul, en Iraq, « d’étape importante dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent » mais tout reste à faire sur le plan humanitaire, ont prévenu les agences onusiennes.

Dimanche, le gouvernement iraquien a officiellement annoncé la reprise de Mossoul des mains de l’organisation terroriste Etat Islamique en Iraq et au Levant à l’issue d’une opération militaire qui aura duré près de neuf mois.

« Le Secrétaire général rend hommage au peuple et au gouvernement iraquiens pour leur courage, leur détermination et leur persévérance », a dit son porte-parole dans une déclaration à la presse. « Il exprime également ses sincères condoléances pour la perte de vies et souhaite un prompt rétablissement à ceux qui sont blessés ».

Le porte-parole a indiqué que les Nations Unies soutiendront le gouvernement iraquien dans les tâches qui l’attendent afin de créer « les conditions nécessaires au retour volontaire, sûr et digne des communautés déplacées, à la restauration de l’état de droit dans les zones libérées, à la prévention du retour à la violence et à la responsabilisation des toutes les violations commises ».

La crise humanitaire n’est pas terminée (OCHA)

Depuis le début de la campagne militaire visant à reprendre Mossoul, 920.000 civils ont fui leurs foyers, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) qui estime que près de 700.000 personnes sont toujours déplacées, dont près de la moitié vivent dans 19 camps d’urgence.

« C’est un soulagement de savoir que la campagne militaire à Mossoul se termine. Les combats peuvent être terminés, mais la crise humanitaire ne l’est pas », a déclaré dimanche la Coordonnatrice humanitaire pour l’Iraq, Lise Grande, dans un communiqué de presse.

OCHA souligne que les nombreuses personnes qui ont fui Mossoul ont tout perdu. « Ils ont besoin d’abris, de nourriture, de soins de santé, d’eau, d’assainissement et de kits d’urgence», a souligné Mme Grande. « Les niveaux de traumatismes que nous voyons sont parmi les plus élevés. Ce que les gens ont connu est presque inimaginable ».

Malgré les énormes efforts faits par le gouvernement et les partenaires en première ligne pour devancer sur la crise, la Coordinatrice humanitaire estime que beaucoup reste à faire dans les semaines et les mois à venir. Sur les 54 quartiers résidentiels que compte l’ouest de Mossoul, 15 sont fortement endommagés et au moins 23 sont modérément endommagés.

« Les civils qui sont piégés dans les zones où les combats sont susceptibles de se produire, dont Tel Afar, Hawija et Anbar Ouest, seront confrontés à des risques extrêmes. Nous devons nous assurer que nous sommes prêts à les aider », a déclaré Mme Grande.

Une reconstruction susceptible d’être lente et coûteuse (HCR)

« Il est probable que plusieurs milliers de personnes devront rester en déplacement pendant les mois à venir », a prévenu lundi le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), soulignant que beaucoup d’entre eux n’ont plus d’endroits où retourner en raison des dégâts causés pendant le conflit.

L’agence onusienne précise que les services essentiels de base, tels que l’eau, l’électricité et d’autres infrastructures clés, y compris les écoles et les hôpitaux, devront être reconstruits ou réparés. « La reconstruction est susceptible d’être lente et coûteuse, mais elle est essentielle à la stabilité et à la fin du cycle de conflit », a –t-elle souligné dans un communiqué.

Le HCR indique par ailleurs qu’il faudra probablement un certain temps pour éliminer les mines et les restes d’explosifs des quartiers avant de pouvoir les déclarer sûrs pour le retour des Iraquiens déplacés. « Les civils ne doivent pas être obligés de revenir dans des zones dangereuses. Tout retour devrait être volontaire, non discriminatoire, sûr et durable ».

Seulement 43% du coût du plan d’intervention humanitaire pour l’Iraq – estimé à 985 millions de dollars – a été reçu à ce jour, a précisé OCHA. Les partenaires humanitaires demandent d’urgence 562 millions de dollars pour répondre aux besoins de millions d’Iraquiens qui ont besoin d’aide.

(Mise en perspective : Laetitia Kouassi)

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23/10/2017
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