Tir de missile nord-coréen : Le Conseil de sécurité doit prendre et prendra ses responsabilités, estime la France

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François Delattre, Représentant permanent de la France aurprès des Nations Unies (Crédit: ONU/Photo/Rick Bajornas)

On trouvera ci-dessous le texte de l’intervention faite le 5 juillet 2017 par M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies devant le Conseil de sécurité concernant la question de la République populaire démocratique de Corée (RPDC)

Monsieur le Président,

Permettez-moi de vous remercier, ainsi que les Etats-Unis et le Japon, pour la convocation de cette réunion très importante. Je remercie également le Sous-secrétaire général aux affaires politiques, Mr Jenca, pour le point de situation très éclairant qu'il vient d'effectuer.

Monsieur le Président,

Une fois de plus, le Conseil de sécurité se réunit à la suite d'une violation grave et injustifiable par la Corée du Nord de ses obligations internationales, qui menace la paix et la sécurité internationale. Avec le tir de missile balistique survenu il y a deux jours, la Corée du Nord persiste et signe dans sa fuite en avant inexcusable. Elle confirme son obstination résolue et revendiquée à braver l'autorité du Conseil de sécurité. Elle s'obstine à rester sourde aux innombrables appels à la raison que nous n'avons cessé collectivement de lui adresser. Elle s'enferme enfin dans une attitude irresponsable de provocation, qui risque de nous mener droit vers l'escalade.

Monsieur le Président,

La France a condamné le tir de missile effectué, comme elle a condamné les nombreux tirs balistiques effectués par Pyongyang ces derniers mois. L'ensemble des agissements nord-coréens alimente une spirale dangereuse et provocatrice pour la stabilité régionale et, au-delà, pour la paix et la sécurité internationale. Aujourd'hui, les pays de la région sont directement menacés et je renouvelle toute la solidarité de la France à leur égard. Mais, soyons-en pleinement conscients, chacun est à présent concerné par cette menace. La menace est mondiale.

L'effort méthodique et déterminé, initié au plus haut niveau du régime, mené par la Corée du Nord pour développer ses programmes parle de lui-même. Ce nouveau tir de missile balistique, dans la continuité des tirs précédents et des essais nucléaires déjà réalisés, représente pour la Corée du Nord un jalon de plus vers l'acquisition d'une capacité nucléaire opérationnelle. Il s'agit donc d'un assaut réfléchi, méthodique, pleinement assumé, contre le régime de non-prolifération, qui est au cœur de notre sécurité, et que nous ne pouvons pas nous permettre de tolérer. Ne nous y trompons pas : le programme nucléaire nord-coréen constitue une des principales menaces au régime de non-prolifération que nous avons collectivement construit au cours des dernières décennies, pierre après pierre. Et le régime de non-prolifération est lui-même la colonne vertébrale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, que nous avons la responsabilité collective de protéger.

Monsieur le Président,

Cette dangereuse fuite en avant doit cesser, sans précondition et sans délai. Les sanctions ne sont jamais un réflexe, ni une fin en soi. Mais lorsque nos messages, nos appels, nos avertissements enfin, sont délibérément ignorés, de manière répétée et systématique, alors une réponse déterminée est nécessaire. La négociation est toujours l'option de choix, mais la situation actuelle forme l'exact opposé des conditions d'une négociation. La violation délibérée, répétée et revendiquée, par quiconque, de nos décisions ne peut faire l’objet d’un marchandage. C'est à la Corée du Nord de montrer sincèrement, par des gestes concrets, qu'elle est prête à s'investir dans une solution négociée, faute de quoi nous n'avons pas d'autre choix que d'exprimer notre fermeté.

Monsieur le Président,

Parce qu'avec la menace de prolifération nucléaire, c'est bien l'essentiel qui est en jeu, la faiblesse et l'inaction ne sont pas des options. Je constate que nous sommes unis par un sentiment d'urgence partagé, et par une détermination commune à faire respecter l'autorité du Conseil de sécurité. Nous devons donc prendre collectivement nos responsabilités. Toute la communauté internationale doit poursuivre ses efforts en vue d'une mise en œuvre efficace des mesures déjà adoptées. Mais nous devons aussi confirmer notre engagement résolu à mettre un coup d'arrêt à la spirale irresponsable dans laquelle la Corée du Nord s'est engagée. Notre objectif doit rester la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne, et le temps nous est compté. Le message ferme et dénué d'ambiguïté qu'exprime notre réunion aujourd'hui est une étape significative en ce sens.

Monsieur le Président,

La France a été à la pointe dans l'édification du régime de non-prolifération. Et elle entend le rester. Au Conseil de sécurité comme au sein de l'Union européenne, la France a toujours réagi avec détermination et fermeté contre toutes les tentatives de mise à mal de ce régime. Mon pays a contribué à forger un consensus avec ses partenaires pour qu'une réponse ferme soit apportée. Je veux vous assurer aujourd'hui qu'il continuera de le faire de manière résolue. C'est pour cela que nous travaillerons, avec tous nos partenaires, à l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité en vue de l'adoption de nouvelles mesures robustes et opérationnelles. Nous poursuivrons également les efforts correspondants au sein de l'Union européenne.

Monsieur le Président,

Lorsque les fondamentaux de notre sécurité collective sont ainsi menacés, il n'y a pas lieu de tergiverser. Face au risque de voir la situation continuer de se détériorer, ce Conseil doit prendre et prendra ses responsabilités.

Je vous remercie.

LE DERNIER JOURNAL
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22/11/2017
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