Yémen : l'ONU dénonce une situation humanitaire consternante

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Mai 2017: les patients souffrant de diarrhée aigüe ou de choléra reçoivent des soins à l'hôpital Sab'een de Sanaa, au Yémen. Photo: UNICEF / Alzekr

Plusieurs hauts responsables des Nations Unies ont dénoncé mercredi une situation humanitaire consternante au Yémen et ont demandé au Conseil de sécurité de peser de tout son poids sur les parties prenantes pour mettre fin au conflit.

Les quinze ont notamment entendu Stephen O'Brien, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, qui a réitéré les trois recommandations formulées il y a déjà six semaines, rappelant que le sort de 20 millions de Yéménites dépend d'une action concrète de la communauté internationale pour mettre fin au conflit. Stephen O'Brien a parlé des sept millions de personnes qui souffrent de malnutrition, du manque de médecins et la fermeture de 55% des hôpitaux et centres de santé. Il a aussi évoqué le problème du choléra : 320 000 cas suspects enregistrés alors que 1 740 personnes sont mortes. 

Stephen O'Brien a donc réitéré trois recommandations qui selon lui sont encore plus pertinente aujourd'hui. D'abord, nonobstant l’engagement par la Banque mondiale de 866 millions de dollars pour aider le Yémen, et celui des États-Unis de lever le gel de l’accès aux réserves de changes du Yémen,  selon lui, il importe de payer immédiatement les fonctionnaires et les établissements de santé doivent être rouverts et redémarrer. Ne pas faire cela risque sûrement d'entraîner d’autres décès évitables. « En fin de compte, les Nations Unies et leurs partenaires ne peuvent pas remplacer les fonctions de l’État. Il n’y a pas de temps à perdre pour s’assurer que ces paiements sont effectués », a-t-il déclaré.

Pour le Coordonnateurs des secours d'urgence de l'ONU il convient ensuite, d'assurer la protection du peuple yéménite et des infrastructures essentielles. Tant que les actions militaires continuent, toutes les parties doivent se conformer à leurs responsabilités en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme, et tous les États doivent exercer leur influence pour s’assurer que les parties le font.

Enfin,  pour Stephen O'Brien, il importe de veiller à ce que tous les ports et les accès  terrestres restent ouverts à la fois pour les importations  humanitaires et commerciales, de manière prévisible et stable.

Auparavant, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen, Ould Cheikh Ahmed, qui s’exprimait par visioconférence depuis Amman, avait décrit un Yémen affecté par « une série d’urgences complexes » qui touchent plus de 20 millions de personnes et dont les effets se feront sentir longtemps après la fin de la guerre.

Il s’est dit très préoccupé par le fait que l’on continue de cibler les civils et les infrastructures civiles. Il a averti que plus le conflit s’éternisera plus les groupes terroristes implantés dans le pays s’épanouiront et en menaceront l’avenir.

S’il a vu quelques motifs d’optimisme dans le fait que le groupe rebelle Ansar Allah a repris contact avec lui, l’Envoyé spécial a insisté sur la nécessité pour les rebelles de travailler de manière constructive avec lui, en particulier sur deux propositions : l’opérationnalisation du port d’Hodeïda et la mise en place d’un programme visant à payer les salaires des fonctionnaires dans les zones contrôlées par les rebelles.

Comme l’ont souligné plusieurs intervenants, le non-paiement des salaires depuis près d’un an contribue à la pauvreté générale et à la raréfaction du personnel médical et de santé.

Mais c’est sur la situation humanitaire qu’ont surtout insisté les orateurs. « Le Yémen est confronté à la plus grande crise alimentaire au monde », a déclaré le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), José Graziano da Silva, qui a fait état de 17 millions de personnes touchées par l’insécurité alimentaire, soit les deux tiers de la population nationale, dont 7 millions sont menacées de famine.

Il s’est montré d’autant plus pessimiste que les récoltes s’annoncent faibles, du fait à la fois du manque de pluie et de la dégradation des équipements causée par les combats ou encore la pénurie générale des produits nécessaires aux cultures.

Même constat catastrophique en matière de santé. Le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Ghebreyesus, a rappelé que l’épidémie de choléra, qu’il a imputée « au conflit, à la destruction des services de santé et à la faim », touchait les 21 gouvernorats du pays et qu’on comptait plus de 300.000 cas suspects et déjà 1.700 morts.

Le Directeur général de l’OMS a demandé au Conseil de sécurité d’agir dans quatre domaines : une accélération du processus politique pour mettre un terme au conflit immédiatement ; la protection des infrastructures sanitaires et médicales, conformément au droit international humanitaire ; le respect par les États de leurs engagements en manière d’aide ; et enfin un appui financier au Yémen pour le relèvement à long terme du pays.

(Extrait sonore : Stephen O'Brien, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires)

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20/10/2017
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