Syrie: la Commission d'enquête de l'ONU « préoccupée » par le sort des civils avec l'offensive sur Raqqa

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Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie (photo: ONU/J. M. Ferré)

La Commission d'enquête de l'ONU sur la Syrie a appelé mercredi les parties en conflit à protéger davantage la population, se disant « gravement préoccupée » par le nombre croissant de civils tués, notamment dans l'offensive pour reprendre Raqqa au groupe Etat islamique. Mais lors de son discours mercredi devant le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, le président de la Commission a appelé les parties au conflit à ne pas laisser passer une nouvelle occasion de faire la paix.  Paulo Pinheiro a ainsi demandé que les responsabilités soient établies du «catalogue d'horreurs» documentées par les membres de la Commission, telles que génocide, crimes contre l'humanité, crimes de guerre et violations flagrantes des droits de l'homme et du droit humanitaire et international.

 

Son intervention de ce mercredi à Genève a été la douzième du Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la République arabe syrienne devant le Conseil des droits de l'homme. Et pour cette nouvelle allocution devant l'enceinte genevoise, Paulo Sergio Pinheiro a une nouvelle fois décrit des violences indescriptibles infligées au peuple syrien, cible de toutes les parties au conflit.

Il a toutefois souligné que les zones de désescalade agréées par la Russie, l'Iran et la Turquie, garants du dernier tour des pourparlers d'Astana, ont permis une réduction des niveaux de violence dans les zones autour d'Idlib et à l'ouest d'Alep, tandis que les hostilités se sont poursuivies dans les zones autour d'Homs, Damas et Dara'a.

En gros, la violence continue d'être dirigée contre les civils sans le moindre égard: frappes aériennes sur des zones résidentielles, attaques contre les médecins et les hôpitaux, attentats-suicide ciblant délibérément des civils – autant de moyens et de méthodes répréhensibles au détriment d'un nombre incalculable de Syriens ayant désespérément besoin d'une assistance.  M. Pinheiro a noté à cet égard que les zones de désescalade n'avaient pas apporté de progrès tangible dans la livraison de l'assistance humanitaire.

Par ailleurs, il est revenu sur la situation à Raqqa et notamment ces opérations appuyées par la coalition internationale pour expulser le groupe terroriste de sa capitale de facto.  Cette offensive pourrait libérer la population civile, notamment de nombreuses femmes et filles yézidies réduites à l'esclavage sexuel depuis près de trois ans.

Mais M. Pinheiro a recommandé que la lutte nécessaire contre le terrorisme ne se fasse pas en détriment des civils qui se trouvent, malgré eux, dans les zones sous contrôle de l'EILL.  Les membres de la Commission d'enquête sont très préoccupés par le nombre croissant de victimes dues aux frappes aériennes sur les zones contrôlées par les factions extrémistes.  M. Pinheiro a rappelé aux belligérants leurs obligations au regard du droit international humanitaire, en particulier les principes de distinction, de proportionnalité et de prudence.

Par ailleurs, le Président de la Commission d'enquête  a constaté que, depuis l'évacuation d'Alep en décembre dernier, et suite aux accords conclus entre le gouvernement et les groupes armés, des milliers de civils ont été déplacés vers Idlib et d'autres régions à l'ouest et au nord d'Alep.  Ces personnes sont particulièrement vulnérables à la violence, notamment aux attentats.  Pour la Commission d'enquête, les accords d'évacuation pourraient être assimilés, dans certains cas, à des crimes de guerre dans la mesure où ils semblent motivés surtout par des considérations stratégiques d'où l'intérêt des civils est exclu.

Face à cette situation, M. Pinheiro a enfin indiqué que le Conseil était la voix de la conscience face à de telles atrocités, et rappelé aux États Membres jouissant d'une influence sur les parties au conflit que «seule une solution politique y mettra fin».  Il a jugé critique que les principes des communiqués de Genève et de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité soient pleinement appuyés par les États en vue d'un règlement politique inclusif.

(Interview : Paulo Sergio Pinheiro, Président de la Commission d'enquête internationale indépendante sur la Syrie ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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15/12/2017
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