Nigéria : le HCR s’inquiète des retours forcés de réfugiés

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Des réfugiés nigérians dans la ville de Mora au Cameroun, après avoir fui les attaques de Boko Haram (Photo d'archives : HCR/D.Mbaiorem).

Le HCR, l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés, se dit alarmée par un nouvel incident de retour forcé de réfugiés nigérians du Cameroun dans le nord-est du Nigéria. 887 réfugiés ont été rapatriés dans six camions fournis par l'armée nigériane et la police camerounaise. Cela fait suite à des incidents similaires au début de l'année, et plus récemment, des avertissements que les réfugiés retournaient dans le nord-est du Nigéria, une région mal préparée pour les recevoir.

Pour Antonio Canhandula, Représentant du HCR au Nigéria, ”le gouvernement camerounais prime leurs préoccupations sécuritaires sur la question d’asile et le maintien des gens qui veulent fuir les combats et se retrouver au Cameroun comme réfugiés” Pour lui ”on ne donne pas l’opportunité aux pauvres nigérians de chercher asile”.

"Le retour involontaire des réfugiés doit être évité à tout prix ", a déclaré le Haut Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés Filippo Grandi. "En outre, les retours au Nigéria pèsent lourdement sur les quelques services existants et ne sont pas tenables en ce moment, surtout avec la saison des pluies qui commence».

Le dernier incident fait suite aux préoccupations soulevées par le HCR en mars dernier sur des incidents de retour forcé dans les zones frontalières. Plus récemment, l'agence a averti qu'un grand nombre de réfugiés qui ont quitté le camp de Minawao se retrouvaient dans des conditions dangereuses pour lesquelles ils n'étaient pas preparés. Le dernier incident s'est produit après que le Cameroun ait donné aux réfugiés un préavis de sept jours le 19 juin pour revenir.

Au Nigeria, l'insécurité empêche les réfugiés de retourner dans leurs lieux d'origine. Beaucoup d'entre eux finissent à Banki où plus de 45 000 hommes, femmes et enfants déplacés à l'intérieur du pays sont déjà mal accueillis – beaucoup sans abri, dans des conditions de surpeuplement sévère et sans installations de base telles que l'eau potable, l'assainissement et les établissements de santé.

Le HCR a répété son appel aux autorités du Cameroun pour permettre aux réfugiés nigérians nouvellement arrivés de rejoindre le camp de Minawao, où quelque 58 000 sont actuellement hébergés, et 33 000 autres vivent dans des villages voisins.

Le HCR renouvelle son appel au Cameroun et au Nigéria de s'abstenir de nouveaux retours forcés et appelle les deux parties à prendre des mesures urgentes pour convoquer une réunion de la Commission tripartite, établie dans le cadre d'un accord récent avec le HCR pour assurer un processus de retour volontaire facilité conformément aux normes internationales.

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés rappelle l'importance de tous les États pour assurer la protection internationale de tous ceux qui fuient l'insécurité et la persécution dans le nord-est du Nigéria.

(Interview: Antonio Canhandula, Représentant du HCR au Nigéria; propos recueillis par Florence Westergard)

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17/10/2017
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