Investissement étranger direct : les raisons d'un optimisme mesuré malgré une hausse de 5 % des IED en 2017

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Photo: ITU/A.Mhadhbi

L'investissement étranger direct (IED) mondial devrait progresser de 5 % pour atteindre 1 800 milliards de dollars américain en 2017, selon le Rapport sur l'investissement dans le monde 2017 publié ce mercredi 7 juin à Genève. Ce document qui se penche sur les investissements et l'économie numérique, note qu'après avoir enregistré un léger repli (2 %) en 2016, elle s'établit cette année à 1.750 milliards de dollars. Ces projections optimistes s'expliquent par des perspectives de croissance économique plus forte dans les principales régions, une reprise de la croissance des échanges commerciaux et un rétablissement des bénéfices des entreprises.

Les flux d'IED devraient augmenter encore légèrement en 2018 pour s'établir à 1 850 milliards de dollars, ce qui restera toutefois inférieur au niveau record de 1.900 milliards de dollars enregistré en 2007. Les États-Unis d'Amérique, la Chine et l'Inde devraient être les principales destinations des IED. Selon la CNUCED, les flux devraient être en légère hausse dans la plupart des autres régions − à l'exception de l'Amérique latine et des Caraïbes − et progresser d'environ 10 % dans les pays en développement considérés globalement. « Une reprise réelle de l'IED n'est pas encore véritablement acquise, mais nous sommes prudemment optimistes. Bien que le rapport prévoit un accroissement modeste pour 2017, d'autres facteurs, tels que des risques géopolitiques accrus et une plus grande incertitude politique, pourraient limiter l'ampleur de la reprise » a déclaré le Secrétaire général de la CNUCED, Mukhisa Kituyi.

Le rapport de la CNUCED montre qu'en 2016, les États-Unis sont restés le premier pays d'accueil des IED avec 391 milliards de dollars (soit une progression de 12 % sur un an), suivis par le Royaume-Uni qui est passé directement de la quatorzième à la deuxième place avec 254 milliards de dollars sous l'effet d'importantes opérations de fusions-acquisitions transfrontières. La Chine occupait la troisième place avec 134 milliards de dollars − une légère baisse de 1 % par rapport à 2015. A cet égard, le document montre que les flux d'IED à destination du Groupe des 20 (G20) ont dépassé la barre des 1.000 milliards de dollars pour la première fois.

Le rapport montre aussi que les flux vers les pays en développement en particulier ont été durement touchés : ils ont reculés de 14 % pour s'établir à 646 milliards de dollars. Malgré cette forte baisse, les pays en développement représentaient encore la moitié des 10 premiers pays de destination de l'IED en 2016. Les flux d'IED en provenance des pays développés sont restés peu soutenus. Ils ont baissé de 11 %, revenant à 1 000 milliards de dollars, principalement en raison d'une chute des investissements des entreprises multinationales européennes.

Par ailleurs, les États-Unis sont restés le premier pays d'origine des IED en 2016, bien que les flux ont très légèrement fléchi (-1 %), pour s'établir à 299 milliards de dollars (voir fig. 3). Les flux en provenance des pays en développement ont stagné, à 383 milliards de dollars, malgré une forte augmentation des IED chinois, la Chine, étant désormais le deuxième pays investisseur dans le monde.

L'autre volet du rapport montre la pleine croissance du numérique et comment la nouvelle économie a radicalement modifié le modèle mondial de l'investissement. Cette enquête de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) dresse ainsi la liste des 100 plus grandes multinationales du numérique. Un classement qui témoigne de leur poids au niveau mondial et montre que certaines d'entre elles sont devenues des géants en l'espace de quelques années à peine. Il ressort qu'entre 2010 et 2015, le nombre d'entreprises de technologie y figurant a plus que doublé. Les actifs de ces sociétés ont augmenté de 65 %, leur chiffre d'affaires et leurs effectifs d'environ 30 %, alors que les autres multinationales de ce palmarès ont marqué le pas.

Selon CNUCED, les multinationales du numérique réalisent environ 70 % de leurs ventes à l'étranger alors que 40 % seulement de leurs actifs sont situés hors de leur pays d'origine. Plus de 60 des 100 premières multinationales du numérique sont originaires des États Unis d'Amérique, suivis du Royaume Uni de Grande Bretagne et d'Irlande du Nord et de l'Allemagne. Cette concentration est encore plus prononcée s'agissant des plateformes Internet : 10 des 11 principales multinationales du numérique figurant dans le palmarès sont originaires des États Unis d'Amérique.

Par contre, la présence de grandes multinationales du numérique dans les pays en développement demeure marginale : seules quatre entreprises du palmarès ont leur siège social dans un pays en développement. En outre, seulement 13 % des filiales des 100 premières multinationales du numérique sont situées dans des pays en développement ou en transition, alors que cette proportion est d'environ 30 % pour l'ensemble des multinationales. « Les pays en développement ne doivent pas être laissés pour compte ; nous devons élaborer des politiques propices qui permettent de combler la fracture numérique mondiale en matière d'investissement », avertir d'ailleurs Mukhisa Kituyi, Secrétaire général de la CNUCED.

(Interview : Alexandre Dabbou, Economiste et Chef du Bureau du Directeur de la Division des investissements à la CNUCED ; propos recueillis par Alpha Diallo).

 

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23/10/2017
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