Darfour: 10 ans après sa création, le Conseil de sécurité se voit proposer une reconfiguration de la MINUAD

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Le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, El Ghassim Wane, devant le Conseil de sécurité. (Photo: ONU/Eskinder Debebe)

Près de 10 ans après la mise en place de l’Opération de l’Union africaine et des Nations Unies au Darfour (MINUAD) et à la suite d’un examen stratégique mené en mars, le Conseil de sécurité s’est vu proposer mercredi une reconfiguration de cette mission pour tenir compte de l’évolution sur le terrain.

Les effectifs militaires et de police seraient fortement réduits et la MINUAD serait appelée à mener des activités de consolidation de la paix en collaboration avec l’équipe de pays et le gouvernement du Soudan, sauf dans le Djebel Marra où elle poursuivrait des activités plus classiques de maintien de la paix.

Le représentant du Soudan a salué ces recommandations et a souhaité leur adoption en l’état, afin de commencer à mettre en œuvre la stratégie de sortie de la MINUAD. Ce processus nécessitera toutefois la pleine coopération du gouvernement du Soudan, a indiqué le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, El-Ghassim Wane, en expliquant qu’il fallait éviter tout vide dans les régions d’où la MINUAD est appelée à se retirer.

M. Wane présentait au Conseil les conclusions et recommandations du Secrétaire général de l’ONU et de la Présidente de la Commission de l’Union africaine (UA), qui sont le résultat de l’examen stratégique de la MINUAD.

Il a relevé que d’importants changements étaient survenus au Soudan depuis que le Conseil de sécurité avait proposé, il y a 10 ans, le mandat de la MINUAD.

Sur le terrain, les succès militaires du gouvernement ont réduit la rébellion à une petite présence de l’Armée de libération du Soudan-faction Abdul Wahid (ALS/AW) dans l’ouest du Djebel Marra, a expliqué M. Wane. Le nombre des incidents intercommunautaires a également diminué, du fait des efforts du Gouvernement et des dirigeants communautaires. Parallèlement, la conclusion du dialogue national et l’inclusion du Document de Doha dans la Constitution ont permis de réaliser des progrès sur le plan politique.

Il reste néanmoins quelque 2,7 millions de déplacés internes, a-t-il indiqué, en soulignant qu’il fallait encore répondre aux nombreuses causes du mécontentement à l’origine du conflit et aux problèmes qui en ont résulté. Il a pointé du doigt les activités des milices, les différends intercommunautaires non résolus relatifs notamment au partage des ressources en eau ou en terres, ainsi que la prévalence d’armes et de groupes criminels. À cela s’ajoutent les insuffisances et l’inefficacité des institutions chargées de faire respecter l’état de droit.

De cette situation, le rapport conjoint conclut que la MINUAD connaît actuellement deux types de problèmes liés aux causes profondes du conflit. Le premier découle de l’instabilité persistante dans la région du Djebel Marra et des déplacements qu’elle entraîne; le second touche à la violence intercommunautaire.

C’est pourquoi le rapport conjoint propose un nouveau concept d’opérations à deux volets selon les régions. Dans la plus grande partie du Darfour, l’approche devrait être axée sur la consolidation de la paix, tandis que dans le Djebel Marra et ses environs immédiats, la mission devrait conserver les attributions plus traditionnelles de maintien de la paix, en traitant les problèmes qui empêchent le retour des populations déplacées.

L’adoption de ce nouveau concept d’opérations permettrait de réduire de 36 à 18 le nombre des bases d’opérations et de réduire la présence de Casques bleus en passant de 16 à 8 bataillons. M. Wane a cité les nouveaux plafonds envisagés qui seraient de 8.735 militaires et 2.360 policiers, soit des réductions de 44% du plafond actuel autorisé pour le personnel militaire et de 30% pour la composante de police.

Si les priorités actuelles de la MINUAD, qui traite des questions en suspens, représentent une bonne base pour les tâches que la mission devrait continuer d’accomplir, le rapport recommande un « ajustement » des priorités. Ainsi, dans le domaine du processus politique, la MINUAD devrait se concentrer sur la mise en œuvre effective du Document de Doha pour la paix au Darfour, désormais intégrée dans la Constitution soudanaise. Pour leur part, les activités de protection des populations civiles devraient se poursuivre dans la région du Djebel Marra élargie, alors que la mission se concentrerait dans les autres États du Darfour sur les conditions de vie et l’état de droit dans le cadre d’un fort partenariat avec l’équipe de pays.

 

(Extrait sonore : El-Ghassim Wane, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix)

Classé sous L'info, Le Journal.
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13/12/2017
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