Conseil des droits de l'homme : un Expert de l'ONU préoccupé par les restrictions à la liberté d'expression en Turquie

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Le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la liberté d'expression, David Kaye. Photo : ONU / Jean-Marc Ferré

Le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a poursuivi, ce lundi à Genève, les travaux de sa 35e session en examinant le rapport du Rapporteur spécial sur la promotion et protection de la liberté d'expression et d'opinion. David Kaye s'est ainsi inquiété de la baisse du niveau de la liberté d'expression notée dans plusieurs régions du monde. Des restrictions marquées par une tolérance de la censure, qui si elle se poursuit selon l'Expert, aura des conséquences négatives sur les flux d'information, nécessaire à la gouvernance démocratique. A cet égard, il s'est préoccupé de la situation en Turquie.

D'emblée, le Rapporteur spécial a rappelé les défis sécuritaires auxquels fait face Ankara. « La Turquie est confrontée à de sérieuses menaces pour sa sécurité. Ankara a été victime d'une tentative de coup d'État qui a fait près de 250 morts et plus de 180 blessés. C'était brutal et extrêmement antidémocratique, et je me suis joint à d'autres pour condamner catégoriquement cet acte », a déclaré David Kaye devant le Conseil des droits de l'homme. Il a rappelé que la Turquie est confrontée à des menaces de terrorisme et doit faire face à un afflux sans précédent de réfugiés syriens. « Dans l'ensemble, je respecte pleinement et reconnais les difficultés rencontrées par la Turquie », a-t-il fait remarquer.

Toutefois, il s'est inquiété des mesures prises ces dernières années surtout depuis le coup d'Etat – pour réprimer la liberté d'expression. Selon l'Expert indépendant onusien, les lois et les politiques de censure et de criminalisation visent à réprimer la liberté d'opinion et d'expression dans tous les lieux fondamentaux de la vie démocratique de ce pays, notamment dans les médias, les établissements d'enseignement, le pouvoir judiciaire et le barreau. Pour le Rapporteur spécial, cette politique n'épargne même pas l'administration, l'espace politique et les vastes étendues du secteur numérique.

Dans ce contexte, le Rapporteur spécial demande au gouvernement turc de libérer les journalistes, écrivains, juges et universitaires emprisonnés sous couvert de lois anti terroristes. Il invite aussi Ankara à revoir sa position sur la fermeture de journaux, y compris ceux en lignes. Il lui demande entre autres de mettre fin à l'état d'urgence, veiller à ce que sa loi antiterroriste soit conforme au droit international. L'Expert indépendant onusien demande aussi à Ankara d'abroger la loi qui criminalise la diffamation et l'offense aux représentants de l'Etat et au chef de l'Etat.

(Extrait sonore : David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et protection de la liberté d'expression et d'opinion)

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15/12/2017
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