Cameroun : le HCR s'inquiète des retours de réfugiés nigérians à Banki

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Des réfugiées nigérianes de retour depuis le Cameroun attendent pour leur enregistrement au camp de Banki, nord du Nigéria (photo: HCR/Romain Desclous).

L'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) s'est inquiétée mercredi du retour de réfugiés depuis le Cameroun vers le nord-est du Nigeria, à Banki où l'accès aux services essentiels est limité. « Je suis extrêmement préoccupé par le fait qu'un grand nombre de réfugiés nigérians hébergés au Cameroun retournent dans le nord-est du Nigeria », une région « mal préparée » pour les recevoir, a déclaré le Haut-Commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, dans une déclaration écrite.

Le 1er juin, le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) avait indiqué que plus de 12.000 réfugiés étaient rentrés pendant le mois de mai à Banki, évoquant les conditions de vie difficiles dans le camp de Minawao au Cameroun ou encore la nécessité de rentrer pour la saison agricole. Les retours de réfugiés ont considérablement chuté ces dernières semaines. Depuis début juin, 889 réfugiés supplémentaires, essentiellement des enfants, sont arrivés à Banki. Malgré cette baisse, le HCR reste inquiet, car la ville accueille déjà une population importante de presque 45.000 déplacés internes et elle n'est pas préparée pour l'accueil d'un grand nombre de nouveaux arrivants.

Selon le HCR, les réfugiés qui reviennent à Banki mettent à rude épreuve les quelques services mis en place. Selon le Chef de l'Agence des réfugiés, une nouvelle situation d'urgence alors que la saison des pluies – qui entraîne un risque important de maladies transmises par l'eau -vient à peine de commencer, doit être évitée à tout prix. « Je suis fermement convaincu que les retours ne sont pas viables actuellement », a fait remarquer M. Grandi.

Les réfugiés prennent seuls la décision de rentrer, les personnes rencontrées évoquant les conditions de vie difficiles dans le camp de Minawao au Cameroun ou encore la nécessité de rentrer pour la saison agricole. Les réfugiés organisent également leurs propres moyens de transport.  À Banki, ainsi que dans les villes voisines où ces personnes espèrent se rendre, l'accès aux convois humanitaires est très limité et est largement tributaire de la disponibilité d'escortes militaires. La majorité des rapatriés ne peuvent par ailleurs toujours pas poursuivre leur route et rentrer dans leurs villages parce que la sécurité reste incertaine, selon le HCR.

Compte tenu de ces circonstances difficiles à Banki, le HCR et ses partenaires œuvrent pour améliorer les conditions de vie dans la ville en leur fournissant une assistance humanitaire. A cet égard, la Commission tripartite, établie le 3 mars par le HCR et les gouvernements du Nigeria et du Cameroun et chargée de veiller à ce que ces rapatriements se déroulent selon les normes internationales, « doit tenir sa première réunion dès que possible ».

La situation au Nigéria et au Cameroun s'inscrit dans le contexte d'une crise de déplacements de plus grande ampleur dans le bassin du Lac Tchad qui a déplacé plus de 2,7 millions de personnes, dont 210 000 réfugiés nigérians, vers les pays voisins.

(Extrait sonore : Vannina Maestracci, porte-parole du HCR à Genève ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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