A Vienne, des experts réunis pour discuter des avancées dans la vérification de l'interdiction des essais nucléaires

Écouter /

Explosion d’une bombe à hydrogène par les Etats-Unis sur l’atoll de Enewetak le 1er novembre 1952 (Crédit photo : OTICE)

Des scientifiques et des experts techniques du monde entier participent cette semaine à Vienne à la Conférence 2017 sur la science et la technologie organisée par la Commission préparatoire de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (OTICE).

La Conférence qui se déroule jusqu’au 30 juin dans la capitale autrichienne, est la sixième d’une série de réunions visant à renforcer les relations entre la communauté scientifique et les autorités chargés de faire respecter le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE). La réunion cherche à élargir l’engagement de la communauté scientifique et technologique dans le contrôle de l’interdiction des tests nucléaires.

« La conférence a été mise en place pour éviter que nos experts en technologies de détection nucléaire continuent de travailler dans leur confort », a déclaré le Secrétaire exécutif de l’OTICE, Lassina Zerbo, dans un entretien à ONU Info. « (Il faut) qu’ils quittent leur zones de confort pour échanger avec la communauté scientifique beaucoup plus élargie en vue d’affiner nos technologies et d’amener des innovations qui peuvent nous être utiles dans la perfection de la détection (des essais nucléaires) et pour que nous soyons plus efficaces ».

En plus de surveiller ces tests, les scientifiques appliquent les données de l’OTICE à d’autres fins utiles, telles que l’observation des volcans et des icebergs. Ces données sont également utilisées pour étudier les mammifères marins et prévoir la météo des mois à l’avance, pour améliorer l’atténuation des catastrophes.

Les progrès de ces technologies contribuent également à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de ses 17 Objectifs de développement durable (ODD), qui visent à éliminer la pauvreté et la faim, et à mettre en pratique des mesures de lutte contre le changement climatique.

Inclure les jeunes sur la question de l’interdiction des essais nucléaires 

Pour la première fois, l’édition 2017 de la conférence mettra l’accent sur les jeunes et les jeunes scientifiques.

Près de 100 membres du ‘Groupe jeunesse de l’OTICE’ originaires de plus de 50 pays contribueront activement aux questions de fond et à la couverture de la conférence et y apporteront leurs voix et leurs impressions.

« Ces jeunes viennent de la science, de la politique, des sciences politiques et qui vont essayer de faire le lien entre la science et la politique », a expliqué M. Zerbo, soulignant que le but est qu’ils essayent de projeter le TICE dans le futur pour son entrée en vigueur et sa contribution à « un monde juste, de paix et stable ».

Le chef de l’OTICE a indiqué que la conférence de cette année présente des innovations sur tous les plans, notamment en matière de réseaux sociaux, et pour amener les jeunes à comprendre un sujet qui est des plus sensibles et faire ressortir sa dimension mondiale en ne se limitant pas seulement aux pays occidentaux, « mais aussi aller vers l’Afrique, vers l’Asie, vers l’Amérique latine pour que les jeunes de toutes ces régions du monde se sentent concernés, car sans paix, il n’y a pas de développement ».

Précisant que la plus jeune participante a 15 ans et que le plus âgé a près de 84 ans, M. Zerbo voit la conférence comme un forum pour connecter « tant sur le plan politique que scientifique, ceux qui ont connu la guerre et ceux qui ne l’ont pas connu ».

Traité d’interdiction complète des essais nucléaires et rôle de l’OTICE 

Adopté par l’Assemblée générale des Nations Unies en 1996, le TICE est un traité multilatéral qui interdit toutes les explosions nucléaires, par tous, partout: sur la surface de la terre, dans l’atmosphère, sous l’eau et sous terre.

Il est très difficile pour les pays de développer des bombes nucléaires pour la première fois, ou pour les pays qui les ont déjà, de fabriquer des bombes plus puissantes.

Plus de 2.000 essais nucléaires ont été effectués dans le monde entier entre 1945 et 1996 lorsque le traité a été ouvert à la signature. Les États-Unis ont dirigé la majorité des essais – 1.032 au total – suivis par l’Union soviétique, la France, le Royaume-Uni et la Chine. Depuis 1996, trois pays ont rompu le moratoire de facto sur les essais nucléaires: l’Inde et le Pakistan en 1998 et la République populaires démocratique de Corée en 2006, 2009, 2013 et 2016.

A ce jour, le TICE n’est pas encore entré en vigueur. Au total, 183 Etats l’ont signé et 166 d’entre eux l’ont ratifié, dont trois États disposant de l’arme nucléaire: la France, la Russie et le Royaume-Uni. Le dernier pays à avoir ratifié ce traité était l’Indonésie, le 6 février 2012.

« Pourquoi aurait-on 183 pays qui ont signé un traité et 166 qui l’ont ratifié – donc plus de 90% de la communauté internationale qui dit « non et plus jamais aux essais nucléaires » et l’entrée en vigueur du traité est encore d’actualité ? Est-ce normal », a demandé M. Zerbo.

44 autres Etats en possession de ces technologies spécifiques, doivent encore signer et ratifier le Traité afin qu’il entre en vigueur. Si 36 d’entre eux ont déjà ratifier le Traité, huit autres manquent encore à l’appel selon l’OTICE: la Chine, les Etats-Unis, l’Egypte et l’Iran, Israël ont déjà signé le traité mais la ratification se fait attendre et la République populaire démocratique de Corée, l’Inde et le Pakistan qui ne l’ont pas encore signé.

« Nous travaillons avec tous ces pays. Nous avons des jeunes de tous ces pays qui travaillent avec nous aujourd’hui, qui vont sensibiliser justement la société civile, dans leurs pays respectifs et sensibiliser leurs dirigeants de leurs pays pour faire comprendre que nous sommes dans un monde qui a évolué », a dit le chef de l’OTICE. « La période de négociations de ce traité est passé. Nous sommes dans une période où nous devons l’implémenter ».

Étant donné que le Traité n’est pas encore en vigueur, l’OTICE est officiellement appelé la Commission préparatoire de l’Organisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires. Conformément à sa tâche principale consistant à préparer la mise en œuvre effective du Traité, l’OTICE établit et exploite provisoirement les 337 installations du système de surveillance international (IMS) pour détecter à travers le monde les signes d’explosions nucléaires.

(Mise en perspective : Jérôme Longué)

LE DERNIER JOURNAL
LE DERNIER JOURNAL
19/10/2017
Loading the player ...