Violences sexuelles liées aux conflits : les auteurs doivent être stigmatisés, pas les victimes, souligne l'ONU

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Une femme du camp de Kassab pour personnes déplacées, à Kutum, dans le nord du Darfour, montre sa détresse en raison de l'augmentation des viols dans la région. Photo MINUAD/Albert González Farran

Dans un rapport transmis au Conseil de sécurité, l’ONU appelle à reconnaître les victimes de violences sexuelles liées aux conflits comme des victimes légitimes de conflits et de terrorisme et à ne pas les culpabiliser ou stigmatiser.

« La honte et la stigmatisation font partie intégrante de la logique du recours à la violence sexuelle en tant que tactique de guerre ou de terrorisme », souligne le rapport du Secrétaire général préparé par le Bureau de sa Représentante spéciale sur les violences dans les conflits armés.

Le rapport appelle également les dirigeants traditionnels, religieux et communautaires à s’attaquer aux normes sociales sous-jacentes néfastes qui imposent ou interdisent certains comportements et perpétuent la pratique consistant à culpabiliser les victimes.

« Les agresseurs savent que ce type d’actes peut transformer les victimes en parias, et ainsi briser les liens familiaux et communautaires », souligne le rapport. « Il est donc nécessaire que les agents de l’État et les chefs coutumiers établissent clairement, par leurs prises de position publiques et leur comportement, que toute violence sexuelle est strictement interdite, que l’auteur de l’acte est le seul à porter la culpabilité et que personne d’autre ne saurait être stigmatisé comme coupable ».

Les auteurs du rapport sont particulièrement préoccupés par le sort des enfants nés d’un viol « qui peuvent eux aussi être marginalisés pendant toute leur vie en raison de la stigmatisation qu’ils subissent et de l’incertitude liée à leur statut juridique ».

« Si ceux qui ont subi des violences sexuelles et les enfants nés d’un viol ne sont pas réintégrés dans la société et dans le système économique dont ils sont issus, ils resteront vulnérables à l’exploitation et à l’enrôlement », préviennent les auteurs du rapport.

Conformément aux engagements pris lors du Sommet humanitaire mondial de 2016 en mai dernier, le rapport appelle également à faire en sorte que les survivants de violences sexuelles liées aux conflits puissent accéder aux soins de santé sexuelle et génésique, « y compris des mesures sûres d’interruption de grossesse non désirées », dans le cas de viols et bénéficier de réparations.

« Pour que la consolidation de la paix et la réconciliation se concrétisent, il faut que les personnes ayant subi des violences sexuelles obtiennent justice et que cela se sache », ajoutent les auteurs du rapport.

Le rapport annuel examine les violences sexuelles liées aux conflits commises en 2016 dans19 pays pour lesquels l’ONU dispose d’informations fiables. Les Etats concernés comprennent 13 pays en situation de conflit (Afghanistan, République centrafricaine, Colombie, République démocratique du Congo, Iraq, Libye, Mali, Myanmar, Somalie, Soudan du Sud, Soudan, Syrie et Yémen), quatre pays dans des situations post-conflictuelles (Bosnie-Herzégovine, Côte d’Ivoire, Népal et Sri Lanka) et deux autres pays ou la situation demeure préoccupante (Burundi et Nigéria).

Le rapport comprend une liste de 46 parties qui, selon des informations crédibles, se seraient systématiquement livrées à des viols et à d’autres formes de violence sexuelle dans des situations de conflit armé. Ces parties comptent une majorité d’acteurs non étatiques, parmi lesquels sept ont été désignés comme groupes terroristes et inscrits sur la Liste relative aux sanctions contre l’Etat islamique d’Iraq et du Levant (EIIL/Daech) et Al-Qaïda.

Pour la première fois depuis la création par le Conseil de sécurité du poste de Représentant spécial sur la violence sexuelle dans les conflits, une partie a été radiée de cette liste.

« Grâce aux mesures prises par le gouvernement de la Côte d’Ivoire, les Forces armées de Côte d’Ivoire (FACI) sont la première entité à avoir été radiée de la liste des parties établie au titre du mandat relatif aux violences sexuelles liées aux conflits », indique le rapport, tout en précisant qu’un suivi et une assistance technique continus seront nécessaires pour asseoir ces progrès.

Le rapport précise qu’il sera interdit à tous les États parties qui ont été inscrits à maintes reprises sur la liste pour des faits de maltraitance concernant des enfants et pour des violences sexuelles liées à un conflit de participer aux opérations de paix des Nations Unies.

Le rapport doit être présenté au Conseil de sécurité le 15 mai.

(Mise en perspective : Pascal Sim)

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15/12/2017
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