Soudan du Sud : plus d'un million d'enfants réfugiés dans les pays voisins

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Un bébé d'un mois du Soudan du Sud dort sur une natte dans le camp de réfugiés de Bidibidi, en Ouganda (photo: HCR/David Azia)

La guerre civile a forcé plus d'un million d'enfants à fuir le Soudan du Sud et en a déraciné 1,4 million d'autres à l'intérieur du pays, ont déclaré lundi à Genève le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) et l'Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).  Les enfants représentent actuellement presque 62 pour cent des 1,8 million de Soudanais du Sud qui ont fui leur pays pour gagner des camps de réfugiés en Ethiopie, au Kenya et en Ouganda voisins depuis le début du conflit fin 2013, selon un communiqué conjoint de ces deux agences onusiennes.

 

Parmi ce million d'enfants réfugiés ayant franchi les frontières sud-soudanaises, plus de 75.000 d'entre eux ont été non accompagnés ou séparés de leurs familles au moment de s'exiler en Ouganda, au Kenya et en Éthiopie. Le HCR et l'UNICEF rappellent que dans ce pays, près d'un enfant sur cinq a été finalement forcé de fuir son foyer, ce qui témoigne de l'horreur de ce conflit pour les plus vulnérables. « Si l'on ajoute cela au fait que plus de 1,4 million d'enfants sont également déplacés à l'intérieur du pays, c'est l'avenir de toute une génération qui est face à l'abîme », a déclaré Leila Pakkala, Directrice régionale de l'UNICEF, Afrique de l'Est et Afrique australe.

Deux ans et demi après son indépendance, le Soudan du Sud a plongé en décembre 2013 dans une guerre civile qui a fait des dizaines de milliers de morts dont plus d'un millier d'enfants tués ou blessés. Et la famine, l'une des conséquences directes du conflit, touche plus de 100.000 personnes dans certaines zones du pays et en menace un million d'autres. « Aucune autre crise ne me préoccupe davantage que celle frappant le Soudan du Sud, » s'inquiète d'ailleurs Valentin Tapsoba, Directeur du Bureau du HCR pour l'Afrique. « Il est vivement préoccupant que cette situation d'urgence prenne aujourd'hui le visage d'enfants réfugiés. Nous avons tous, la communauté humanitaire tout entière, un besoin urgent d'engagements résolus pour être en mesure de leur venir en aide. »

En attendant, près des trois quarts des enfants du pays ne vont plus à l'école. C'est la plus forte proportion d'enfants déscolarisés dans le monde. Ce qui fait que les enfants risquent sans cesse d'être recrutés par des militaires et des groupes armés. « Vu l'effondrement des structures sociales traditionnelles, ils sont aussi de plus en plus vulnérables à la violence, aux abus sexuels et à l'exploitation », avertissent les deux agences onusiennes qui notent que les « traumatismes, les bouleversements physiques, la peur et le stress vécus par tant d'enfants ne sont qu'une partie du lourd tribut prélevé par cette crise ».

Face à cette situation, le personnel du HCR apporte dans les pays voisins du Soudan du Sud, de l'aide à des femmes, des enfants, des personnes âgées, des handicapés, tous désespérés. Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, ces exilés ont cruellement besoin d'une assistance humanitaire immédiate, notamment de nourriture, d'abris, d'eau et de soins médicaux.

Les organismes humanitaires doivent en plus tenir compte de la météo dans la région. Car les familles réfugiées fuyant vers les pays voisins en quête d'abri et de sécurité sont confrontés à une double catastrophe durant l'actuelle saison des pluies. La santé des enfants est menacée et les risques en matière de protection sont accrus du fait des abris de fortune. Dans ces conditions, le HCR et l'UNICEF entendent s'assurer que chaque famille ait un abri sûr, ainsi qu'une aide humanitaire d'urgence y compris des vivres, de l'eau ainsi que des services de protection, d'éducation et de santé.

Mais la poursuite de ces efforts pourrait être remis en cause par un manque de financement plus important des pays donateurs.  En effet, l'appel de fonds lancé par exemple par l'UNICEF pour un montant de 181 millions de dollars n'est actuellement financé qu'à hauteur de 52 pour cent. Du côté du HCR, l'appel de fonds de 781,8 millions de dollars n'est financé qu'à hauteur de 11 pour cent.

(Interview : Vannina Maestracci, porte-parole du HCR ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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24/11/2017
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