Somalie: plus d'un million d'enfants menacés de malnutrition aiguë

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De jeunes mères avec leurs enfants dans un centre thérapeutique soutenu par l’UNICEF à Garbaharey, en Somalie (Photo : UNICEF/Knowles-Coursin)

Plus d'un million d'enfants sont menacés de malnutrition aiguë cette année en Somalie, pays au bord de la famine, et courent des risques très élevés de mourir, a averti mardi le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef). Dans ses prévisions, l'agence onusienne prévoit une hausse de 50 % du nombre d'enfants somaliens souffrant de malnutrition grave. « Les enfants somaliens font face à la triple menace de la sécheresse, des maladies et des déplacements », avertit l'UNICEF dans un communiqué rendu public ce mardi à Genève.

 

La projection du nombre d'enfants qui souffrent ou souffriront de malnutrition aiguë a augmenté de 50% depuis le début de l'année, à 1,4 million. Lors d'un point de presse ce mardi à Genève, la porte-parole de l'Unicef a précisé que ce sont des projections pour 2017. « Plus de 275.000 d'entre eux souffrent ou souffriront de malnutrition aiguë sévère cette année », a déclaré Marixie Mercado. D'ailleurs, plus de 56.000 enfants souffrant de malnutrition sévère ont déjà été traités avec des aliments thérapeutiques dans des centaines de centres nutritionnels dans toute la Somalie depuis le début de l'année. « Ce qui représente une augmentation de 90 % par rapport à la même période en 2016 », a affirmé le Représentant de l'Unicef en Somalie, Steven Lauwerier, cité dans le communiqué de presse.

La malnutrition aiguë sévère est la forme la plus visible et la plus extrême de la dénutrition et les enfants ont dans ce contexte urgemment besoin d'un traitement pour survivre. A cet égard,  l'Unicef souligne que les enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère courent des risques neuf fois plus élevés de mourir que les enfants bien nourris. Des enfants qui sont surtout exposées à « des maladies mortelles comme le choléra ou de diarrhée aqueuse aiguë et la rougeole, qui sont en train de se propager en Somalie ».

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance rappelle qu'en 2011, la dernière famine en date en Somalie avait tué au moins 260.000 personnes, dont la moitié d'enfants de moins de 5 ans. « Les principales causes de décès chez les enfants étaient la diarrhée et la rougeole », fait remarquer l'UNICEF.

Alors que la famine menace et les cas de malnutrition augmentent, les maladies s'amplifient sensiblement aussi parmi les enfants en Somalie.  A la date du 23 avril, il y a eu plus de 500 morts sur 28.400 cas de choléra et de diarrhée aiguë recensés depuis le début de l'année, surpassant de loin les 15.600 cas rapportés pour toute l'année 2016. La majorité des cas sont chez les jeunes enfants. En outre, l'UNICEF indique avoir recensé jusqu'ici près de 5.600 cas suspects de rougeole, soit pratiquement le même nombre que durant toute l'année 2016 avec 5.657 cas de rougeole en Somalie.

Par ailleurs, les organismes humanitaires devront tenir compte  des pluies saisonnières de la campagne Gu qui tombent généralement de mi-avril à juin. Ces pluies qui se développent lentement et qui apportent une bouffée d'oxygène tant nécessaire à certaines parties du pays, pourraient aussi être une source de danger pour les enfants. Selon l'UNICEF, ces intempéries pourraient infliger d'autres souffrances aux enfants qui vivent dans des abris de fortune et les exposent à d'autres maladies comme le paludisme. « La combinaison sécheresse, maladies et déplacements est mortelle pour les enfants, et nous avons besoin de faire beaucoup plus, et plus rapidement, pour sauver des vies », a ajouté le Représentant de l'Unicef en Somalie, Steven Lauwerier.

Sur le terrain, les mouvements de population se poursuivent.  Dans toute la Somalie, environ 615.000 personnes, dont la majorité des enfants et des femmes, ont dû quitter leur foyer à cause de la sécheresse, depuis novembre dernier, alors que le pays comptait déjà quelque 1,1 million de déplacés, selon l'ONU. L'Unicef déplore également que « les femmes et enfants qui se déplacent, bien souvent à pied, vers des lieux où ils espèrent trouver de l'assistance, sont souvent victimes de vol ou pire, tant durant le trajet que dans les camps ».

En outre, la sécheresse a obligé quelque 40.000 enfants ne sont plus scolarisés, car les familles les plus vulnérables mobilisent les enfants pour chercher de l'eau ou lorsqu'elles migrent à la recherche de nourriture et d'eau. « Il existe des indications anecdotiques qui laissent à penser qu'il y a plus d'enfants vivant dans la rue et des enfants déplacés recrutés par les groupes armés », s'alarme l'UNICEF.

Face à cette situation, l'UNICEF a mis en place ou supporté l'installation de 64 centres de traitement du choléra, 330 nouveaux centres de nutrition, portant le total à 837 dans toute la Somalie. L'Agence onusienne a également permis à plus d'un million de personnes touchées par la sécheresse d'avoir un accès temporaire à l'eau potable, contre quelque 300.000 en janvier. Sur le plan de l'éducation, le Fonds de l'ONU a mis en place des espaces d'apprentissage temporaire qui ont pris en charge près de 43.000 enfants. L'UNICEF a aussi fourni des services essentiels à 840 enfants non accompagnés et séparés, et 1.184 survivants de violence sexuelle.

Il faut juste rappeler que l'appel de fonds d'urgence de l'ONU de 720 millions de dollars pour la Somalie est financé à hauteur de 58%, a indiqué le porte-parole du Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU, Jens Laerke. L'UNICEF indique de son côté avoir reçu presque la moitié (78,7 millions de dollars) de son appel de fonds de 148 millions de dollars.

(Interview : Christophe Boulierac, porte-parole de l'UNICEF à Genève ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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