Migrants/Réfugiés : Louise Arbour demande de réaligner les discours sur l'impact positif

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La Représentante spéciale de l'ONU pour les migrations internationales, Louise Arbour

« Malgré l'existence d'un vaste ensemble de Lois internationales et d'engagements politiques clairs pour faire face aux migrations, il existe indéniablement des lacunes dans la mise en œuvre de la protection des droits de l'homme des migrants ».  A l'occasion d'une réunion ce lundi à Genève faisant le suivi du « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières », la Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU pour les migrations a insisté sur le fait que les migrants en situation irrégulière ont également des droits. Louise Arbour a regretté qu'une perception erronée d'un afflux croissants de migrants en situation irrégulière ait entraîné une intolérance accrue et le rejet des migrants.

 

Face aux vastes mouvements de populations, les Nations Unies avaient organisé en septembre dernier un sommet des dirigeants mondiaux dans le but de trouver des solutions durables à la crise des réfugiés et des migrants dans le monde. C'est dans ce contexte que les États se sont notamment engagés à mettre en place d'ici l'automne 2018 un pacte pour assurer des migrations « sûres, ordonnées et régulières ».  D'ici là, une série de consultations thématiques sont prévues pour faire avancer ce « Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières ».  Et la première session thématique informelle prévue ce lundi et demain mardi 9 mai à Genève porte sur « les droits de l'homme pour tous les migrants, l'inclusion sociale, la cohésion et toutes les formes de discrimination, incluant le racisme, la xénophobie et l'intolérance ».

Lors de cette session de Genève, la Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU pour les migrations a souligné que malgré l'existence d'un vaste ensemble robuste de Lois internationales et d'engagements politiques clairs pour faire face aux migrations, il existe indéniablement des lacunes dans la mise en œuvre  de la protection des droits de l'homme des migrants.  « Cet écart n'est pas une notion abstraite, ses conséquences sont très réelles pour un très grand nombre, fait remarquer Louise Arbour. Nous constatons quotidiennement ce fossé dans l'accès des migrants aux soins de santé, à un logement adéquat, à l'éducation et à la justice, en partie à cause du manque d'information et en raison d'obstacles culturels ou linguistiques ».

Selon l'ancienne Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, « le principe fondamental de l'universalité des droits de l'homme signifie que ces individus que l'on qualifie de migrants en situation irrégulière ont également des droits. L'entrée et le séjour irrégulier peuvent constituer des délits administratifs pour les migrants n'ayant pas le statut de réfugiés, mais ne constituent pas en eux-mêmes des crimes contre les personnes, les propriétés ou la sécurité nationale. Bien sûr les Etats continuent de pouvoir exercer leurs prérogatives régaliennes de l'expulsion, mais la présence de tels migrants sous leur juridiction fait peser un certain nombre d'obligations sur les autorités nationales. En effet, les migrants irréguliers ne font que renforcer la vulnérabilité des migrants, et ce, de façon multiple. Des préjugés et une xénophobie profondément enracinés auxquels les migrants sont souvent confrontés sont exacerbés dans le cas des migrations en situation irrégulière ».

Pour la Représentante spéciale, la première étape pour en faire en sorte que les politiques de migration reposent sur des règles et des normes en matière de droits de l'homme consiste à ratifier et mettre en œuvre tous les instruments internationaux et régionaux relatifs aux droits humains et les conventions relatives à la migration. « Nous devons réaffirmer à la fois sur les plans politiques et pratiques,  l'importance fondamentale du respect, de la protection et de l'application des droits de l'homme de tous les migrants », a-t-elle déclaré.

Une façon pour Louise Arbour de revenir sur le fait que la « perception erronée d'un afflux croissants de migrants en situation irrégulière, combinée à un manque de confiance dans les capacités de l'État pour faire face à de tels afflux » a entraîné une « intolérance accrue et le rejet des migrants ». La méfiance se développe entre les communautés d'accueil et les migrants en situation irrégulière lorsqu'une politique de migration efficace n'est pas en place, ce qui renforce une mentalité ou une approche « « nous contre eux »» entre les nationaux et les migrants.

Du coup, « l'accès trop restrictif aux voies légales, voire la simple inaction face aux principaux leviers de la migration, favorise inévitablement la migration irrégulière, alimentant ainsi les attitudes xénophobes et racistes contre tous les migrants. Cela conduit à une spirale fatale de la haine qui risque de devenir insurmontable ». Dans ces conditions, la Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU invite les États à passer au crible leurs politiques migratoires et se demander à leur niveau ce qui décourage efficacement la migration irrégulière et qui ont pour conséquence de favoriser le recours à des itinéraires irréguliers. « C'est seulement après  que les efforts visant à faciliter la mobilité et à élargir les voies légales seront les plus productifs », conclut-elle.

Il faut juste rappeler que cette session informelle de Genève fait partie des six réunions thématiques de ce genre qui vont traiter aussi du trafic d'êtres humains ou la question du marché du travail.

(Extrait sonore : Louise Arbour, du Canada, Représentante spéciale du Secrétaire général de l'ONU pour les migrations)

LE DERNIER JOURNAL
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23/10/2017
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