Le nombre d'enfants réfugiés et migrants voyageant seuls multiplié par cinq depuis 2010

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Trois enfants regardent à travers la fenêtre d'un train, près d'un centre de réception pour réfugiés et migrants à Gevgelija, en ex-République yougoslave de Macédoine (photo d'archives : UNICEF/Gilbertson)

À l'approche du G7 prévu en Italie la semaine prochaine, l'UNICEF exhorte les dirigeants mondiaux à adopter un plan d'action en six points pour garantir la sécurité des enfants réfugiés et migrants. Le nombre d'enfants réfugiés et migrants voyageant seuls multiplié par cinq depuis 2010.

 

Le nombre d'enfants réfugiés et migrants se déplaçant seuls a atteint un niveau historique dans le monde. D'après un nouveau rapport, le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (Unicef), publié jeudi 18 mai, ce nombre a presque quintuplé depuis 2010. Au moins 300 000 enfants non accompagnés et séparés ont été enregistrés dans environ 80 pays en 2015 et 2016, contre 66 000 en 2010 et 2011.

Selon l'Agence onusienne, de plus en plus d'enfants empruntent seuls des chemins extrêmement dangereux pour fuir la violence, les conflits, la pauvreté et les désastres, en l'absence de voies migratoires légales. Ils se retrouvent alors souvent à la merci des passeurs et des trafiquants. D'après le rapport de l'Unicef, 200.000 mineurs non accompagnés (Mena) ont demandé l'asile dans 80 pays en 2015 et 2016 (dont 170.000 en Europe), tandis que 100.000 autres ont été appréhendés à la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. En 2016 et durant les premiers mois de 2017, les enfants non accompagnés représentaient 92% du total des enfants arrivés en Italie par la mer.

Le rapport de l'UNICEF montre également l'Afrique subsaharienne et l'Amérique centrale et les Caraïbes présentent les proportions les plus élevées d'enfants parmi les victimes de traite identifiées, avec 64 % et 62 %, respectivement.  Selon l'Agence onusienne, jusqu'à 20 % des passeurs sont liés à des réseaux de traite des personnes.

« Un enfant qui se déplace seul, c'est déjà un enfant de trop. Un nombre alarmant d'enfants est pourtant dans ce cas aujourd'hui et nous, en tant qu'adultes, ne parvenons pas à les protéger », affirme le Directeur général adjoint de l'UNICEF, Justin Forsyth. « Des passeurs et trafiquants sans pitié exploitent leur vulnérabilité à des fins personnelles et les aident à passer les frontières pour finalement les vendre comme esclaves ou les obliger à se prostituer. Il est inadmissible que nous ne protégions pas convenablement les enfants contre ces prédateurs ».

A cet égard, le rapport présente l'histoire de Mary, une mineure non accompagnée de 17 ans originaire du Nigéria, qui a personnellement vécu l'expérience traumatisante de la traite lors de son terrifiant voyage vers l'Italie via la Libye. Elle décrit le passeur devenu trafiquant qui lui a proposé son aide : « Il m'a dit que je serais bien traitée et en sécurité, mais tout n'était que mensonge ». Mary est restée bloquée en Libye pendant plus de trois mois où elle a été victime de maltraitance. « Il m'a dit que si je ne couchais pas avec lui, il ne m'emmènerait pas en Europe. Il m'a violée. »

Avec la publication de ce rapport, l'Unicef appelle les gouvernements à adopter un plan d'action lors du sommet du G7 en Italie qui se tiendra la semaine prochaine à Taormina en Italie. Le but de ce plan serait d'assurer la protection et le bien-être des enfants réfugiés et migrants, en particulier protéger les enfants non accompagnés, de l'exploitation et de la violence. Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance recommande notamment de mettre fin à la détention des enfants migrants ou demandant le statut de réfugié en proposant d'autres solutions pratiques. L'Agence onusienne demande de préserver l'intégrité des familles, « le meilleur moyen de protéger les enfants et de leur donner un statut juridique ». Elle revendique pour tous les enfants réfugiés et migrants de leur donner les moyens d'apprendre et de se faire soigner. L'UNICEF insiste pour que des mesures soient prises afin de combattre les causes sous-jacentes des mouvements massifs de réfugiés et de migrants. Enfin « promouvoir des mesures de lutte contre la xénophobie, la discrimination et la marginalisation dans les pays de transit et de destination », conclut l''UNICEF qui appelle également « les citoyens à manifester leur solidarité envers les enfants déracinés par la guerre ».

(Interview : Afshan Khan, Directrice régionale de l'UNICEF et coordonnatrice spéciale pour la crise des réfugiés et des migrants en Europe ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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