Genève : le Chef des droits de l'homme de l'ONU alarmé par les atrocités en RDC et au Soudan du Sud

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Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein (à droite) à côté de son porte-parole Rupert Colville lors d’un point de presse à Genève (Photo: Twitter UN Geneva).

Plusieurs gouvernements du monde entier réagissent à la violence en violant les normes internationales en matière de droits de l'homme, a déclaré ce lundi à Genève, le Haut-Commissaire aux droits de l'homme lors d'une conférence de presse. Zeid Ra'ad Al Hussein s'est préoccupé de ces tendances inquiétantes documentées dans différents pays.  Des actions qui se sont caractérisées, selon lui, par un mépris total du droit international. Il a ainsi mentionné expressément l'utilisation excessive de l'Etat d'urgence, l'augmentation des exécutions extrajudiciaires et des arrestations arbitraires, le déni de la liberté d'expression et des ravages au sein de la société civile. Il s'est enfin inquiété des problèmes d'accès de ces équipes, notamment quand il s'est agi de faire la lumière sur la situation des musulmans Rohingya au Myanmar, la situation dans le sud-est de la Turquie, en Syrie et au Burundi.

 

Le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU s'est dit profondément alarmé de la situation en République démocratique du Congo. Ses équipes continuent de suivre de près la situation sur le terrain en parlant aux victimes et aux témoins afin de documenter toutes les violations mais aussi pour faire pression sur la reddition des comptes face aux horribles informations faisant état d'atrocités dans ce pays. « Des centaines de personnes ont été tués et jusqu'à 40 fosses communes ont été découvertes » dans la région des Kassaï. Une occasion pour le Chef des droits de l'homme de l'ONU de plaider pour que justice soit rendue après les meurtres « affreux » de l'Américain Michael Sharp et de la Suédoise Zaida Catalan. « Nous appelons à des enquêtes indépendantes et à la justice, peu importe qui sont les auteurs et les instigateurs de ces meurtres », fait-il remarquer.

Autre pays, autre source de préoccupation pour le Chef des droits de l'homme qui s'est vivement inquiété par la poursuite des violences dans de nombreuses régions du Soudan du Sud. Selon lui, cette situation volatile est le résultat de l'impunité puisque l'absence de reddition des comptes « encourage les autres à commettre des crimes ou ceux qui pratiquent déjà de continuer leurs forfaits ». Il est temps pour la communauté internationale d'aller de l'avant pour concrétiser d'urgence le projet de tribunal hybride pour le Soudan du Sud.

D'ailleurs, il a souligné que ce sont les violations des droits de l'homme qui ont en partie entraîné des famines au Yémen et au Soudan du Sud. Selon le Chef des droits de l'homme de l'ONU, les déficits en matière de droits de l'homme ont exacerbé l'impact de la sécheresse dans la Corne de l'Afrique et au Nord du Nigeria. Pour le Haut-Commissaire Zeid, « ce ne sont pas des famines causées par des catastrophes naturelles seulement mais elles sont en grande partie, sinon entièrement provoquées par l'homme. Elles se sont produites lorsque ceux qui sont au pouvoir ont donné la priorité à l'idéologie, à la politique et aux intérêts de certains groupes et cela pèse sur la sécurité alimentaire pour l'ensemble de la population ou quand ces responsables utilisent les vivres comme moyen de contrôler la population ou refusent l'accès aux organisations humanitaires. A cet égard, il a rappelé qu'au Soudan du Sud, des travailleurs humanitaires qui sont attaqués continuent de payer un lourd tribut  avec 14 travailleurs déjà tués cette année.

Toujours sur le continent africain, le Haut-Commissaire s'est prononcé sur la situation en Côte d'Ivoire. S'il reconnait que des améliorations significatives et des lois progressistes ont été adoptées pour faire respecter les droits de l'homme, il s'est préoccupé tout de même de la question de l'impunité notamment sur la reddition des comptes de certains anciens commandants des rebelles qui ont été accusés de graves abus.

Toujours en Afrique de l'Ouest, il s'est félicité du leadership de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et son rôle dans la transition pacifique de la Gambie. Même satisfecit pour le verdict prononcé à l'encontre de l'ancien Président du Tchad, Hissène Habré, pour crimes contre l'humanité, exécutions sommaires, torture et viol, par une cour spéciale au Sénégal. Il y a vu un message clair aux personnes responsables de graves violations des droits de l'homme à travers le monde.

Concernant le Moyen-Orient, les Nations unies continuent de recevoir des informations laissant entrevoir une attaque du port yéménite d'Hodeïda et redoutent les conséquences d'une telle opération pour les organisations humanitaires et la population. « Les Nations unies redoutent les répercussions humanitaires d'une telle attaque, notamment l'aggravation de la crise humanitaire, sans compter les pertes civiles qu'impliquerait une attaque menée à grande échelle contre le port », a déclaré Zeid Ra'ad Al Hussein. Une partie de l'aide humanitaire pour les yéménites transite par ce lieu, tenu par les rebelles houthis.

Sur la Syrie, le patron des droits de l'homme de l'ONU a indiqué que le Groupe de travail de l'ONU chargé d'identifier les personnes coupables d'atrocités en Syrie devrait commencer ses activités prochainement. Un juge ou un juriste international de premier plan sera nommé bientôt à la tête de ce panel, après que son financement aura été assuré. Il faut juste rappeler que ce groupe a été créé après l'adoption le 22 décembre 2016 d'une résolution de l'Assemblée générale de l'ONU.

Au sujet de la Turquie, M. Zeid s'est dit également « très inquiet du renouvellement de l'état d'urgence » par un vote au parlement le 18 avril, affirmant que cette décision avait été prise « dans un climat de peur dans le pays ». Le Chef des droits de l'homme a également condamné la révocation samedi de près de 4.000 fonctionnaires, dont un millier d'employés du ministère de la Justice et un millier d'autres dépendant de l'armée. « Avec un tel nombre, il est hautement improbable que ces suspensions et détentions aient suivi les normes de la procédure légale », a-t-il souligné.

Sur le dossier de la lutte contre le racisme, il a évoqué l'incident de ce week-end en Italie qui a vu l'international ghanéen Sulley Muntari quitter le terrain suite à des cris racistes. En effet lors du match opposant Cagliari à Pescara hier dimanche dans le championnat d'élite du football italien (Série A), le joueur de Pescara a été victime de cris racistes de la part des supporters de Cagliari. Le Haut-Commissaire est également revenu sur cette vidéo montrant l'attitude de supporteurs ukrainiens lors d'un match le 21 avril dernier Dynamo Kiev au Chakhtar Donetsk. « Ce que nous avons vu à un match de football en Ukraine, de la part des fans de « Dynamo » (Kiev) dans l'habillement du Ku Klux Klan et avec une croix gammée, sont très inquiétantes », a dénoncé Zeid Ra'ad Al Hussein. Il a souligné que de telles manifestations « exigent plus profond d'attention de la part de la FIFA » et que « l'incitation à la haine ne doit pas être tolérée lors d'événements sportifs majeurs ».

Enfin, dernier point, mais pas le moindre, avec le problème du populisme. Le Chef des droits de l'homme de l'ONU a indiqué qu'il s'exprimera « chaque fois que des candidats utilisent des termes incendiaires » qui peuvent inciter à la haine. « Certaines remarques ne devraient pas être laissées sans commentaire », a-t-il estimé. A cet égard, il entend suivre avec attentions les différents scrutins prévus cette année, notamment en France et en Allemagne. Par ailleurs, il a jugé « encourageant » le regain d'énergie des mouvements antipopulistes dans plusieurs régions du monde. Il a par le passé mis en garde à plusieurs reprises contre les discours xénophobes.

Le Haut-Commissaire s'est enfin prononcé sur l'invitation du président américain à son homologue philippin Rodrigo Duterte à se rendre aux Etats-Unis, il a souhaité également que Washington fasse passer un message « clair » sur « le sentiment d'inquiétude » face à la situation aux Philippines. D'autant plus que les Etats-Unis ont indiqué récemment au Conseil de sécurité de l'ONU faire des droits de l'homme une priorité.

(Mise en perspective : Alpha Diallo, Nations/Genève).

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18/10/2017
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