Centrafrique : un rapport de l'ONU dresse un bilan accablant de plus d'une décennie de violences et de crimes

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Lancement ce mardi à Bangui du rapport de la cartographie des violations graves des droits de l'homme en RCA (Photo: MINUSCA).

Des massacres de grande ampleur et d'autres violations graves des droits de l'homme ont été documentés dans un vaste inventaire (« rapport Mapping ») couvrant les multiples conflits en République centrafricaine entre janvier 2003 et décembre 2015. Selon les Nations Unies, beaucoup de ces violations pourraient constituer des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité.  Ce rapport « Mapping des violations graves du droit international des droits de l'homme et du droit international, humanitaires commises sur le territoire de la RCA » a été rendu public ce mardi à Bangui, la capitale centrafricaine.

Ce document de 386 pages demandé par le Conseil de sécurité de l'ONU résulte d'une enquête menée entre le 11 mai 2016 et le 31 mars de l'année suivante. Ce rapport accablant des violences qui ravagent la Centrafrique détaille aussi une stratégie visant à lutter contre l'impunité omniprésente dans le pays.

C'est un recensement d'une suite quasiment ininterrompue de crimes commis dans ce vaste pays dont l'histoire est marquée « par une pauvreté chronique, des tensions ethniques, une instabilité politique généralisée, la corruption et le népotisme – facteurs qui ont favorisé une succession de conflits armés », rappellent les auteurs du rapport. « Après son indépendance, la République centrafricaine a été marquée par une succession de régimes autoritaires qui ont commis, toléré et n'ont pu empêcher d'importantes violations et abus ». « L'instabilité régionale et les conflits internes dans les pays voisins ont alimenté les conditions précaires du pays, en particulier par la circulation d'armes et de groupes rebelles à travers ses frontières poreuses », note ce document coédité par la Mission des Nations Unies en RCA (MINUSCA) et le Haut-Commissariat aux droits de l'homme de l'homme de l'ONU.

Les conclusions de cette enquête sont alarmantes. Et la compilation de quelque 620 incidents graves – liste non exhaustive – montre qu'aucune partie, à chaque époque, n'a eu le monopole de la violence. Tous les camps – aussi bien les forces armées régulières que les innombrables mouvements rebelles qui continuent de prospérer dans ce pays voire divers groupes armés locaux et étrangers, ainsi que par des forces de défense internationales et étrangères – se sont rendus coupables de ce que le rapport décrit comme pouvant relever de crimes de guerres et de crimes contre l'humanité. Le rapport décrit ainsi les récits effroyables de villages entiers brûlés dans le cadre de campagnes de  représailles; des récits de viols collectifs de femmes et de filles parfois âgées d'à peine  cinq ans; des exécutions extrajudiciaires; des décès suite à des cas de torture ou de mauvais traitements dans des centres de détention.  Le document répertorie également des violences graves contre les personnes en raison de leur religion, leur appartenance ethnique ou leur supposée affiliation à des groupes armés; le recrutement de milliers d'enfants par des groupes armés; et des attaques contre des acteurs humanitaires et des casques bleus.

« Le rapport Mapping de la République centrafricaine révèle les souffrances considérables de la population de ce pays riche en minéraux qui est parmi les plus pauvres au monde », a déclaré le Haut-Commissaire aux droits de l'homme de l'ONU, Zeid Ra'ad Al Hussein.

« Nous savons que la publication de ce rapport inquiète certaines personnes. Naturellement, elles craignent que la justice les rattrape. C'est cette justice qui constitue la demande incessante de la population centrafricaine et le principal motif de ce rapport » a ajouté pour sa part M. Andrew Gilmour, Sous-Secrétaire général aux droits de l'homme, actuellement en visite officielle en République centrafricaine. « En documentant les violations et les abus du passé, nous espérons dynamiser les efforts nationaux et internationaux pour protéger et rendre justice aux victimes de ces crimes», a fait remarquer le Représentant Spécial des Nations Unies en RCA et chef de la MINUSCA, Parfait Onanga-Anyanga.

Bien que le rapport reconnaisse que le contexte de sécurité soit difficile en République centrafricaine, il recommande que certaines mesures soient adoptées immédiatement pour initier les processus de justice transitionnelle. A cet égard, le rapport insiste sur l'importance pour la Cour pénale spéciale d'identifier des axes prioritaires d'enquête afin de refléter les crimes les plus graves, mais aussi la nécessité de créer une commission vérité et réconciliation.

(Interview : Musa Yero Gassama, Chef de la Division des droits de l'homme de la MINUSCA ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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20/10/2017
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