Centrafrique : le chef des droits de l'homme de l'ONU dénonce la recrudescence de la violence et des tueries

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Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme a exprimé ce mardi à Genève sa vive inquiétude face au nombre croissant d'attaques des groupes armés contre des civils dans plusieurs localités centrafricaines ces derniers mois. Des attaques qui n'ont pas épargné les casques bleus de l'ONU dans le sud-est de la République Centrafricaine (RCA) et qui sont soldées par la mort de six soldats de la paix.

UN Photo/Rick Bajornas

Le Haut-Commissaire Zeid Ra'ad Al Hussein s'est préoccupé de l'augmentation des exécutions ciblées de civils suite aux combats entre groupes armés rivaux depuis novembre dernier. Dans un communiqué rendu public aujourd'hui, le Chef des droits de l'homme de l'ONU a fermement condamné les actes de violence en Centrafrique et les atteintes aux droits humains, y compris les tueries des soldats internationaux de la paix. Il a appelé les autorités gouvernementales de Bangui à traduire en justice les combattants impliqués dans des violations et abus des droits de l'homme. « Je rappelle à ceux qui commettent, donnent l'ordre, dirigent ou omettent d'empêcher ces attaques contre les civils, les travailleurs humanitaires et les casques bleus de l'ONU, qu'ils peuvent être poursuivis pour crimes de guerre » a-t-il mentionné.

Cette sortie du Haut-Commissaire Zeid Ra'ad Al Hussein intervient après les violences du weekend dernier à Bangassou. Dans  cette localité du sud de la RCA, des hommes armés (présumés anti-Balaka) ont utilisé des armes lourdes pour attaquer la base de la Mission des Nations Unies dans ce pays (MINUSCA). Ils ont également attaqué le quartier musulman de Tokoyo où de nombreux civils ont été tués et blessés. Selon l'ONU, le nombre exact de victimes est pour l'instant indéterminé, mais concède qu'un soldat de la MINUSCA a été abattu lors de  cette attaque et un autre a été blessé.  Egalement dans le sud, à Alindao et dans les villages aux alentours, des informations non confirmées suggèreraient que du 7 au 9 mai, des affrontements entre des éléments des anti-Balaka et le groupe "Unité pour la Paix en Centrafrique" (UPC) – une faction des Ex-Séléka – ont entraîné la mort d'environ 56 civils. Il est rapporté que les anti-Balaka seraient responsables du décès de 19 personnes dont 13 provenant de l'ethnie des Foulani et un Imam. Les éléments UPC, en réponse, auraient tué 37 civils et plus de 3 000 civils se seraient déplacés. La MINUSCA n'a pas encore été en mesure de vérifier ces allégations.

Entre mars et mai 2017, l'ONU a pu vérifier la mort de plus de 121 civils. Toutefois ce bilan ne tient pas compte des derniers incidents à Bangassou et notamment la mort de 6 casques bleus. Parmi « les incidents les plus graves », les services du Haut-Commissaire Zeid ont répertorié ceux du 7 mars quand des éléments de l'UPC ont attaqué la ville de Goubali 2 (centre du pays), tuant huit civils, pillant et incendiant des maisons. Du 13 au 31 mars, de nouvelles attaques menées par les anti-Balaka et l'UPC, ont entraîné la mort de 40 civils dont cinq enfants et quatre hommes de l'ethnie Foulani. Selon l'ONU, plusieurs enfants auraient été jetés dans la rivière à proximité de Ngoubrou par des éléments de l'UPC.

A l'Est de la RCA, entre le 7 et le 15 mars, des éléments anti-Balaka auraient attaqué et tué 10 civils Foulani dans le village du Site Chinois et trois autres civils dans le village de Bimbe, proche de la ville de Bria. Du 6 au 20 mars, des éléments UPC auraient également attaqué des civils dans les villages de Rou et Ndjolina, où ils auraient tué neuf civils dont deux enfants, blessé plusieurs autres et incendié des maisons. Dans le sud, le 30 mars, dans la ville de Kolo, 13 civils auraient été tués et 14 autres blessés à la suite d'affrontements entre les éléments de l'UPC et du Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC), une autre faction des ex-Séléka. De même dans le sud à Yongofongo, des éléments présumés anti-Balaka ont tendu le 8 mai une embuscade contre un convoi de casques bleus de la MINUSCA, en tuant cinq et blessant 10 autres. Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière contre la MINUSCA depuis son déploiement en 2014.

Ces violences n'ont pas épargné l'Ouest du pays, notamment la ville de Niem, entre Bouar et la frontière camerounaise. Le 2 mai, neuf hommes auraient succombé de tirs les visant à la tête par des membres du groupe rebelle, Retour, Réclamation et Réhabilitation (3R), à côté d'une église.

Face à « toutes ces violences et ces tensions croissantes qui  se répandent dans les régions de la RCA, le Chef des droits de l'homme de l'ONU a souligné que la préparation au démarrage des activités de la Cour pénale spéciale représente un signal fort des autorités et de la communauté internationale que le climat continu d'impunité est désormais inacceptable.

(Interview : Rosalie Billault, Experte des droits de l'homme au Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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