RDC : l'ONU a dénombré 17 nouvelles fosses communes dans les Kasaï

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Une vue aérienne de la ville de Kananga au Kasaï-Central (Photo: Radio Okapi / Myriam Asmani)

Des enquêteurs des Nations Unies ont confirmé l'existence d'au moins 17 nouvelles fosses communes dans la province du Kasaï Central, en République démocratique du Congo. Cette région est le théâtre d'affrontements entre militaires gouvernementaux et combattants d'une milice locale connue sous le nom de Kamwina Nsapu. Selon le Bureau des droits de l'homme de l'ONU, cela porte pour le moment à 40 le nombre total de fosses communes documentées par l'ONU dans les provinces du Kasaï Central et du Kasaï Oriental depuis août 2016.

 

Selon le Haut-Commissaire aux droits de l'Homme, « la découverte de nouvelles fosses communes et les rapports faisant état de violations et d'atteintes continues aux droits de l'homme témoignent de l'horreur persistante dans les provinces de Kasaï au cours des neuf derniers mois ».  Dans un communiqué rendu public ce mercredi à Genève, Zeid Ra'ad Al Hussein souligne que la présence de nouvelles fosses communes a été confirmée lors d'une enquête menée dans la province du Kasaï Central entre les 5 et 7 avril 2017 par une équipe composée du personnel du Bureau Conjoint des Nations Unies aux Droits de l'Homme (BCNUDH) et de la Police des Nations Unies (UNPOL). Quinze de ces fosses communes se trouvaient dans un cimetière dans la ville de Tshimbulu et deux autres dans la localité de Tshienke. L'équipe des Nations Unies a ensuite reçu des informations selon lesquelles des militaires des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) auraient creusé ces tombes suite à des affrontements avec des miliciens présumés de Kamwina Nsapu entre les 26 et 28 mars. Au moins 74 personnes, dont 30 enfants, auraient été tuées par des militaires lors de ces affrontements.

Les enquêteurs de l'ONU notent également qu'entre les 28 et 30 mars, les militaires des FARDC auraient tué par balle au moins 40 personnes, dont 11 enfants et 12 femmes, dans la commune de Nganza de la ville de Kananga, et blessé au moins 21 autres. La plupart des victimes auraient été tuées dans leurs maisons, alors que des militaires faisaient du porte-à-porte pour traquer les miliciens. Deux des victimes sont décédées à l'hôpital tandis que les 38 autres auraient été enterrées par la population locale dans trois fosses communes.

Des militaires des FARDC auraient aussi enterré un nombre indéterminé de corps dans une quatrième fosse commune dans le cimetière de Nganza.

Outre des cas d'arrestation arbitraire ou de détention illégale dont des mineurs, le Haut-Commissariat a en outre reçu des informations faisant état du viol d'au moins deux femmes et trois filles par des militaires des FARDC pendant la même opération à Nganza.

Dans la commune de Katoka de la ville de Kananga, les services du Haut-Commissaire ont aussi reçu des rapports selon lesquels, pendant des opérations de ratissage conduites par des agents de la Police nationale congolaise (PNC) le 28 mars dernier, un homme de 23 ans, un garçon de 17 ans et un bébé d'un mois ont aussi été tués. « Ce bébé aurait été mortellement blessé après avoir été piétiné par des agents de police qui fouillaient leur maison ».

Quant à la milice Kamwina Nsapu, elle est accusée de recruter des centaines d'enfants dans ses rangs et de cibler des agents et symboles de l'Etat, y compris des bâtiments gouvernementaux, des écoles, des hôpitaux, des commissariats de police et des églises. Une telle violence est illustrée le 30 mars lorsque environ 30 présumés miliciens de Kamwina Nsapa attaquèrent l'église de Saint-Jean de Masuika sur le territoire de Luiza, où ils maltraitèrent au moins trois sœurs et un prêtre, les menaçant de les tuer.

Face à ces abus très alarmants répertoriés par ses équipes, le Haut-Commissaire Zeid juge qu'il est « absolument essentiel que le gouvernement de la RDC prenne les mesures nécessaires, et jusqu'ici manquantes, pour qu'une enquête immédiate, transparente et indépendante, qui établisse les faits et les circonstances des violations et atteintes aux droits de l'homme et à la justice, soit mise en place. Mon bureau a offert son assistance afin de conduire une enquête crédible de la sorte ».  Les services du Haut-Commissaire Zeid réitérent ainsi leur demande d'accéder à tous les sites où se trouvent les fosses communes. « Dans le cas où une enquête nationale n'aurait pas lieu », il n'hésiterait pas à demander à la communauté internationale « de soutenir une enquête menée par un mécanisme international, y compris par la Cour pénale internationale », afin « d'enquêter et de poursuivre en justice les actes de violence présumés, commis dans les provinces du Kasaï ».

(Interview : Ruth Marshall, Rédactrice de discours au Haut-Commissariat aux droits de l'homme ; propos recueillis par Alpha Diallo)

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23/10/2017
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