Mali : accélérer la mise en œuvre de l'Accord de paix

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Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix informe le Conseil de sécurité sur la situation au Mali (Crédit photo ONU/Eskinder Debebe)

Le Conseil de sécurité a procédé, ce matin, à l'examen trimestriel de la situation au Mali. Les membres du Conseil ont notamment entendu un exposé du nouveau Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Mr. Jean-Pierre Lacroix, qui a insisté sur la nécessaire accélération de la mise en œuvre de l’Accord de paix, la lutte contre l'insécurité et le fléau croissant de la criminalité transnationale organisée, et partant sur l'ajustement du mandat de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) afin de fournir le meilleur soutien aux autorités et aux populations maliennes.

Tout en reconnaissant les progrès positifs enregistrés ces derniers mois dans la mise en œuvre de l'Accord de paix, le nouveau patron des Casques bleus a souligné les retards importants enregistrés et la fragilité des gains réalisés.

« Dans l'ensemble, la mise en œuvre de l'Accord demeure lente. La stratégie nationale sur la réforme du secteur de la sécurité n'est pas finalisée. Les critères d'intégration des combattants issus des groupes signataires n'ont pas été encore déterminés et les huit sites de cantonnement construit par la MINUSMA demeurent vides, » a déclaré le Secrétaire général adjoint.

Jean-Pierre Lacroix a préconisé l'adoption de réformes à plus long terme sur le plan institutionnel et sécuritaire, notamment concernant le futur de l'armée nationale reconstituée. Il a fait valoir que l'absence de clarté sur le cadre institutionnel entrave les efforts sur le terrain et ne contribue pas à instaurer un climat de confiance entre les parties.

Rappelant qu'il avait eu l'opportunité, il y a environ deux semaines, de se rendre au Mali, avec son prédécesseur, Hervé Ladsous, le Secrétaire général adjoint a indiqué qu'après Gao, Kidal et Ménaka, le Comité de suivi de l'Accord a annoncé mercredi l'installation des autorités intérimaires à Taoudenni et à Tombouctou avant le 13 avril. Selon lui, ces avancées illustrent le retour graduel de l'autorité de l'Etat dans le nord du Mali dans le cadre des arrangements intérimaires et la MINUSMA, notamment à travers l'usage actif de ses bons offices, met tout en œuvre pour aider les parties à obtenir des résultats concrets sur le terrain.

En ce sens, Jean-Pierre Lacroix a fait valoir que la Conférence d'entente nationale (CEN) qui s'est conclue ce dimanche 2 avril a été une occasion unique de rassembler les différents segments de la population malienne ainsi que les parties signataires. Aussi, faut-il espérer que « les avancées réalisées durant ces cinq jours serviront de socle à l'élaboration d'une Charte pour la paix, l’unité et la réconciliation nationale et enrichiront le processus de révision constitutionnelle, conformément aux dispositions fixés dans l'Accord de paix, » a-t-il souligné.

Par ailleurs, le Secrétaire général adjoint s'est dit préoccupé par la situation sécuritaire, précisant que les attaques des groupes terroristes continuent et sont de plus en plus sophistiquées. Il a confirmé qu'une nouvelle alliance, regroupant les groupes terroristes les plus actifs au Mali s'est créée sous la bannière d'Al Qaeda et la direction de Iyad ag Ghali (chef d'Ansar Edine). Le groupe Daesh, quant à lui, fait lentement son apparition dans la bande sahélienne.

Une convergence de menaces particulièrement préoccupante selon le patron des Casques bleu car elle survient dans un contexte où souvent la présence de l'Etat est faible ou parfois inexistante, et où la mise en œuvre de l'Accord de paix doit encore se traduire en des résultats tangibles sur le terrain.

Jean-Pierre Lacroix s'est aussi inquiété du fait que le centre du pays demeure le théâtre de vives tensions intercommunautaires, elles-mêmes attisées par des groupes extrémistes qui, défiant l'autorité de l'Etat, procèdent à des assassinats ciblés et forcent à la fermeture des écoles dans certaines localités, privant les enfants d'une éducation.

Enfin, le Secrétaire général adjoint a aussi regretté que «les revenus générés de ces trafics illicites soient une aubaine financière pour les groupes terroristes sévissant dans le nord du Mali. Une situation qui, selon lui est intenable et doit cesser. Aussi, a-t-il prôné, compte tenu de la nature transfrontalière de ces réseaux, une approche régionale.

(Extrait sonore : Jean-Pierre Lacroix, Secrétaire général adjoint des Nations Unies aux opérations de maintien de la paix)

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15/12/2017
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